La fin de Thatcher ?

Ecouter la BBC, c’est entendre parler de l’obsession de son gouvernement : la réforme de l’Etat. On veut en réduire la taille et le coût, tout en le remettant en fonctionnement.

Voilà qui pourrait sembler Thatchérien. Ce serait oublier que le dit Etat résulte de sa politique. Il avait deux principes contradictoires : le laisser-faire et l’imposition en force des lois du marché. Ce qui exigeait des organes de destruction du lien social, qui s’y oppose. On a donc multiplié les structures incontrôlées, mais financées (généreusement) par l’argent public, et qui faisaient un large appel aux cabinets de conseil.

La mode Thatchérienne ayant contaminé l’Europe, serions-nous à l’aube d’une inversion de tendance ?

L’invention de l’ESA

L’agence européenne de l’espace devrait son existence à un physicien italien, Edoardo Amaldi, en 1958.

Il a utilisé une technique qui m’est familière. Il avait un modèle qui était le CERN. Il a rassemblé un petit nombre de scientifiques des puissances européennes majeures et ensemble ils ont écrit une sorte de business plan détaillé, qu’ils ont soumis aux autorités.

Le temps de cette idée était arrivée. Mais le succès n’a pas été immédiat. Les militaires et les scientifiques ont commencé par créer leurs propres agences. Puis elles se sont réunies.

(Witness history, de la BBC.)

Black Trump

Trump me fait penser aux théories de Nassim Taleb. Le propre de la nature est des crises violentes, mais rares. C’est l’idée du « cygne noir ».

Autrement dit Trump, Poutine et Fukushima n’auraient rien d’exceptionnel.

Mais est-ce juste ? J’ai eu l’impression que l’après guerre avait été tranquille. En fait, j’ai probablement tort. Il y a eu la crise des missiles de Cuba. Mais aussi la crise des années 70 qui a sérieusement secoué l’Occident. Après la chute du mur de Berlin, il y a eu aussi d’énormes crises régionales. Mais elles ont épargné l’Occident.

A quoi cela tient-il ? Est-ce, vraiment, le propre de la nature, ou celui de la société humaine ? Constat bien connu de systémique : notre obsession de la protection suscite des crises artificielles ? Cela pourrait s’expliquer simplement : le monde est secoué sans cesse par de petites crises, en les étouffant nous ne nous entrainons pas à y faire face. Si bien qu’il arrive un jour où nous sommes totalement désarmés ? On en verrait l’illustration aujourd’hui : ce que fait Trump, par sa bêtise, nous prend totalement par surprise ? Nous ne sommes plus capables d’une réaction intelligente ?

Techno Facho

On parle d’Elon Musk et on évoque, dans le monde anglo-saxon, le « techno fascisme ». Un mot que je viens de découvrir.

Elon Musk et les siens auraient donné une nouvelle vie à une doctrine d’avant guerre, dont le grand père d’Elon Musk, d’ailleurs, était un fervent. En ces temps on rêvait d’un monde dirigé par la science et la machine.

Le terme fait trembler, mais que signifie-t-il ? L’avant guerre a été ébranlée par la crise (américaine, déjà) alors que la science émerveillait les foules. Il était normal que les ingénieurs aient cru qu’ils devaient prendre la direction du monde. En particulier, ce fut le cas de nos polytechniciens. Ce mouvement était associé au fascisme, conséquence de la crise, effectivement. D’ailleurs un de nos collaborateurs en chef fut le major des majors de polytechnique. Mais, après guerre, le mouvement s’est étendu au monde entier. A tel point qu’Hayek, le père spirituel de Mme Thatcher, était persuadé que nous avions emprunté le « chemin de la servitude ».

Pourquoi faire revivre le « techno fascisme » ? Dire que Musk est un faible d’esprit ? Ou chercher une association de mots susceptible d’effrayer le bon peuple ?

Drôle de Musk ?

Qui est Elon Musk ? Son grand père a fuit la misère canadienne pour l’eldorado de l’Afrique du sud. Lui-même est revenu au Canada, afin de ne pas avoir à faire de service militaire. De là, il est passé aux USA pour y poursuivre ses études. Et ensuite, il a pris le vent de la bulle Internet. D’ailleurs, il a un talent certain pour plaire au spéculateur : Tesla vaut 20 fois plus qu’un constructeur automobile équivalent. Peut-être cela explique-t-il pourquoi il semble avoir toujours couru les plateaux télé, et même fait le pitre : ce que l’on attend du dirigeant moderne, c’est qu’il raconte des bobards ?

Apparemment, sa culture se limiterait à Batman et à la science fiction. Depuis toujours, il rêve de conquérir l’espace.

Veut-il détruire l’Etat ? Jusque-là, il votait démocrate. Lui et ses collègues auraient été révoltés par les tentatives du président Biden de contrôler leurs affaires. Les bons sentiments, oui, les contraintes, non ? Drôle de libertaire, d’ailleurs. Ses fusées sont payées par la NASA.

Le monde selon Trump

L’émission de Christine Ockrent, chez France culture, samedi dernier, s’intéressait à l’opinion qu’avaient les peuples de Trump. Intéressant.

Il en ressortait que le projet de Trump est celui du « Pacte de Varsovie » : vassaliser le monde. Originellement isolationniste, il devrait cette doctrine au GAFA, dont le marché est mondial. (Ce qui confirme ce qu’on lit à droite à gauche : le multimilliardaire voit rouge lorsqu’on lui parle de loi, il est prêt au pire.)

Face à cela deux réponses. Les alliés des USA, Europe, Japon, Corée… sont effrayés. Les autres se réjouissent : les USA sont un pays qui leur ressemble. Sa domination planétaire, et celle du modèle de société qu’il représentait, est terminée.

Quant à l’Europe, il y aurait un schisme entre ses personnels politiques et son peuple. Celui-ci plutôt modéré, voudrait, probablement depuis longtemps, une reprise en main de son sort par l’Europe. La réindustrialisation est plébiscitée. Mais ses gouvernants n’entendant rien, l’ont laissé entre les mains des extrêmes, qui, eux-mêmes pensent, à tort, qu’il adhère à leurs valeurs.

Ces extrêmes seraient dans une situation malaisée. Ils ont de la sympathie pour Trump, mais ne veulent pas contredire leur électorat. En particulier Mme Meloni avait fait le pari que M.Trump ferait la politique, fondée sur la négociation, de son premier mandat et qu’elle pourrait tirer les marrons du feu en jouant les intermédiaires entre lui et l’Europe. Paradoxalement, Poutine aurait plus d’attraits que Trump.

Une faille de l’Europe : ses politiques, lâches par nature. Un atout des anciens alliés des USA : sans ce marché, il n’y a plus de GAFA.

(Trump illustre un aspect de l’individualisme souvent observé : celui qui cherche son intérêt à court terme s’en prend à ses amis : ils sont sans défense. C’est ainsi que le commercial tend à exploiter son entreprise au profit de ses clients. Trump exploite ses alliés, faibles, au profit de Poutine, fort.)

Aimons nos ennemis ?

Trump et les siens paraissent une insulte à la raison. Peut-être ne sont-ils motivés que par la haine du genre humain ?

Mais ils ont aussi de grandes qualités. Ils sont notre seul espoir de susciter chez-nous un désir d’unité.

Au fond, il n’y a rien de mieux qu’un ennemi bien bête. Le véritable danger pour une société est la « perversion narcissique », son autodestruction par l’intérêt à courte vue ?

Ténèbres

Un des livres cités par ce blog parle des USA comme « reluctant crusaders ».

Les USA se voient comme des « croisés ». Mais dès que la croisade tourne mal, ils se replient sur leurs terres.

C’est cet instinct que Trump semble avoir libéré. Vance, par exemple, c’est le retour des sorcières de Salem. C’est un rappel que le puritanisme anglo-saxon est plus effrayant, car plus froid, systématique et intellectuellement consternant, que l’inquisition catholique, qui conserve toujours quelque-chose de l’irrationalité latine.

On ne s’en rend pas compte, mais la France est en première ligne de l’affrontement. C’est l’expression même de sa culture à laquelle les USA s’en prennent. Celle dont le maître mot est « laïcité ». Car ce qui l’a caractérisée jusqu’à récemment a été la pensée des Lumières et de la raison, et, en conséquence, son combat contre l’obscurantisme dont les USA demeurent probablement le meilleur représentant, loin devant les Jihadistes. Paradoxalement, la Chine communiste et l’URSS ont été bâties sur le modèle français.

Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là. Ce qu’attaque Trump est le résultat d’une autre idéologie, qui, elle, est parvenue à conquérir le pays, du moins ses élites.

US tells French companies to comply with Donald Trump’s anti-diversity order
Move signals push by the American president to widen his ideological campaign abroad

Financial Times, 28 mars

Femme dirigeante

Pourquoi les femmes n’occupent-elles pas les postes de direction ? Suite.

Nouvelle réflexion tirée des travaux de l’association des interpreneurs. Sujet d’étude : la transmission. Il est fréquent que le dirigeant de PME veuille transmettre son entreprise à ses salariés. Or, ceux-ci ne veulent pas la reprendre. Pourquoi ?

Parce que ce qu’ils voient de ce que fait le dirigeant ne leur plaît pas. Il passe son temps au travail et est écrasé sous l’administratif alors qu’eux sont responsables de la partie noble du métier.

Solution ? Réorganiser l’activité du dirigeant afin qu’il y prenne à nouveau du plaisir !

Je crois qu’il en est de même dans la grande entreprise moderne : être un manager de haut niveau est un sacerdoce. Il est compréhensible qu’une personne intelligente préfère privilégier sa vie de famille et une occupation professionnelle qui ait du sens.

Mon conseil. Si l’on veut avoir plus de gens intelligents à la tête des entreprises, il faut que les postes de responsabilité soient des postes dans lesquels de telles personnes s’épanouissent.

Fin de bulle

Comment se finit une bulle spéculative ?

Je me souviens d’une illustration de The Economist : on y voyait quelqu’un mal interpréter un mot vaguement perçu dans le brouhaha d’une réunion mondaine, une rumeur qui enflait, qui gagnait la société, jusqu’à ce qu’une nouvelle interprétation fautive la dégonfle.

Je me demande s’il n’y a pas du vrai ici. Une idée est récupérée par la foule, parce qu’elle a intérêt à y croire, peut-être même parce qu’elle a l’intuition que la foule va y croire ! s’ensuit une phase de consensus, puis le doute s’insinue, ceux dont les intérêts sont les plus engagés luttent en produisant vigoureusement des démentis, mais, ils finissent par être submergés, panique.

Sujet d’étude :

CoreWeave raises $1.5bn in scaled- back IPO as investors’ AI enthusiasm cools
Cloud computing provider had initially targeted as much as $4bn

Financial Times, 28 mars