Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?

Turquie

Le président turc ressemble de plus en plus à un dictateur. Dernièrement, il a enfermé celui qui menaçait de prendre sa place lors des prochaines élections. En dehors des élections, la Turquie n’a plus rien de démocratique.

Le monde que nous pensions « aller de soi » n’est plus. Face à la force, la raison est impuissante.

Au fond, il n’y a que lui-même qui puisse renverser le dictateur. Si sa gestion appauvrit le peuple, ses jours sont comptés. Il n’y a que la force pour arrêter la force.

D’ailleurs, la situation d’Erdogan serait plus fragile que celle des dictateurs coréens du nord, vénézuéliens ou russes : la Turquie a peu de richesses naturelles et dépend des échanges internationaux.

(Une leçon pour l’élite intellectuelle qui nous a gouvernés jusque-là ? Ne pas avoir de sympathie pour le peuple amène l’humanité à plonger dans l’irrationalité, qui elle-même ne peut s’achever que par la crise ?)

Qui peut arrêter Trump ?

Depuis le début, je pense que Trump et sa clique de simples d’esprit vont être arrêtés par la complexité du monde.

Déjà, il se rend compte que mettre un terme à une guerre n’est pas aussi facile qu’il le pensait. Maintenant, il semble avoir torpillé la bourse.

Il est possible que ce qui l’arrête soit le mécontentement de son électorat. Celui-ci l’a élu pour améliorer ses conditions de vie. Or, nous dit-on, l’inflation pourrait être violente. Et les retraites sont assurées par des fonds de pension qui investissent en bourse…

J’entendais un interviewé de la BBC parler de Tesla. Il se demandait si l’action d’Elon Musk n’avait pas déjà provoqué des dommages irréparables à la marque. Peut-il en être de même de Trump, pour le monde ? Est-il suffisamment résilient pour absorber un tel choc ?

Chaos

Curieuse situation. Trump, c’est la déraison au pouvoir. Ce n’est même pas un fou. C’est un homme ordinaire, comme on en rencontre dans la rue. Avec tout ce que cela veut dire de pensée navrante. Seulement on lui a donné les clés de la plus grande puissance mondiale.

Personne ne peut prévoir comment cela va se terminer. Une crise mondiale ?

La science est impuissante. Le monde n’est pas conçu pour faire face à l’agression. Peut-être faudrait-il s’intéresser à la question ?

Jules Romains et les hommes de bonne volonté

L’autre jour, Jean-Noël Jeanneney (France Culture) cherchait à réhabiliter Jules Romains. Ce qu’il en a dit m’a amené à me renseigner. (Quoi que tout n’ait pas été glorieux dans sa vie : c’était un « embusqué » en 14…)

J’ai retrouvé dans la bibliothèque familiale le premier tome de ses Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre. Les hommes de bonne volonté ont 27 tomes. Il est donc hasardeux de les juger sur le premier d’entre-eux. Ce que je vais pourtant faire :

Chaque chapitre raconte un moment de la vie d’un personnage, le 6 octobre 1908, à Paris, un jour où pourrait se déclencher une guerre mondiale… Aucune difficulté de lecture, mais pas grand intérêt. Sinon une description du Paris de l’époque et de la vie de ses citoyens.

L’intention était probablement de dépeindre la société de l’époque, peut-être à la façon des impressionnistes. Mais n’est-il pas vain de croire percer l’âme de ses contemporains ?

En fait, Jules Romains ne faisait que suivre une mode. Les Thibault de Roger Martin du Gard, Les Pasquier de Georges Duhamel étaient aussi d’interminables histoires prétendant témoigner avec perspicacité de leur temps, des « fresques historiques ». Comme d’habitude le prix Nobel a suivi la mode, il a récompensé Roger Martin du Gard.

Curieusement, je les ai lus dans ma jeunesse, avec tout ce qui avait été à la mode dans celle de mes parents, Gide et autres. Et déjà, je ne leur trouvais aucun intérêt. Bien que leur lecture ait été à la portée d’un enfant, et que j’en sois parvenu au bout. (Drôle d’éducation, me dis-je maintenant.)

Ce qui survit de Jules Romains, à mon avis, c’est Knock. Je me demande si une des forces de notre culture n’est pas la caricature ironique, qui masque une révolte profonde, une sorte d’humour politesse du désespoir : Voltaire dans ses contes philosophiques, Molière, Anatole France, Rabelais…

Les fusées d’Elon

Faut-il admirer les fusées d’Elon Musk ?

Il a inventé la fusée réutilisable. Il applique la technique de la start-up numérique : j’apprends de mes échecs. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ? Vieux monde décadent et peureux ?

Oui, mais pour perdre autant de fusées, il faut beaucoup d’argent, non ? En fait Elon Musk est porté à bouts de bras par la NASA, qui a décidé que la nouvelle bulle serait lunaire. Elle l’a même sauvé quand il était en difficultés. (Is SpaceX OK ?)

Trump n’a rien changé ? Les USA sont un Etat extraordinairement agressif, qui n’a de libéral que le nom ? Peut-être ressemble-t-il à la Russie, même ? Il est tellement peureux qu’il veut détruire tout ce qui est étranger ?

Le livre de poche

1965, le livre de poche est un phénomène de société. Débat entre éditeurs et journalistes, dont un jeune Bernard Pivot (qui propose d’inventer le « poche revolver »…).

Fort perspicaces ? Ils se demandaient si le livre de poche n’allait pas tuer la littérature : n’allait-on pas vouloir uniquement éditer des livres dont les tirages seraient de dizaines de milliers d’exemplaires ? Effectivement il n’y a plus de marché pour l’écrivain contemporain digne de ce nom. (Pour cela, il faudrait qu’il puisse vivre de sa plume, autrement dit que des éditeurs soient capables de le dénicher et qu’il y ait un petit nombre d’esprits supérieurs susceptibles de payer suffisamment cher ses livres…)

Moins perspicace ? Un critique ne voulait plus entendre parler du passé, de Platon et des autres, pensée désuète, mais du progrès qui transformait le monde et de ceux qui le faisaient. Seulement Platon a mieux tenu le coup que les vedettes des années 60.

La fin de Thatcher ?

Ecouter la BBC, c’est entendre parler de l’obsession de son gouvernement : la réforme de l’Etat. On veut en réduire la taille et le coût, tout en le remettant en fonctionnement.

Voilà qui pourrait sembler Thatchérien. Ce serait oublier que le dit Etat résulte de sa politique. Il avait deux principes contradictoires : le laisser-faire et l’imposition en force des lois du marché. Ce qui exigeait des organes de destruction du lien social, qui s’y oppose. On a donc multiplié les structures incontrôlées, mais financées (généreusement) par l’argent public, et qui faisaient un large appel aux cabinets de conseil.

La mode Thatchérienne ayant contaminé l’Europe, serions-nous à l’aube d’une inversion de tendance ?

L’invention de l’ESA

L’agence européenne de l’espace devrait son existence à un physicien italien, Edoardo Amaldi, en 1958.

Il a utilisé une technique qui m’est familière. Il avait un modèle qui était le CERN. Il a rassemblé un petit nombre de scientifiques des puissances européennes majeures et ensemble ils ont écrit une sorte de business plan détaillé, qu’ils ont soumis aux autorités.

Le temps de cette idée était arrivée. Mais le succès n’a pas été immédiat. Les militaires et les scientifiques ont commencé par créer leurs propres agences. Puis elles se sont réunies.

(Witness history, de la BBC.)

Black Trump

Trump me fait penser aux théories de Nassim Taleb. Le propre de la nature est des crises violentes, mais rares. C’est l’idée du « cygne noir ».

Autrement dit Trump, Poutine et Fukushima n’auraient rien d’exceptionnel.

Mais est-ce juste ? J’ai eu l’impression que l’après guerre avait été tranquille. En fait, j’ai probablement tort. Il y a eu la crise des missiles de Cuba. Mais aussi la crise des années 70 qui a sérieusement secoué l’Occident. Après la chute du mur de Berlin, il y a eu aussi d’énormes crises régionales. Mais elles ont épargné l’Occident.

A quoi cela tient-il ? Est-ce, vraiment, le propre de la nature, ou celui de la société humaine ? Constat bien connu de systémique : notre obsession de la protection suscite des crises artificielles ? Cela pourrait s’expliquer simplement : le monde est secoué sans cesse par de petites crises, en les étouffant nous ne nous entrainons pas à y faire face. Si bien qu’il arrive un jour où nous sommes totalement désarmés ? On en verrait l’illustration aujourd’hui : ce que fait Trump, par sa bêtise, nous prend totalement par surprise ? Nous ne sommes plus capables d’une réaction intelligente ?