La tentation de Jankélévitch

De la tentation, cours de Vladimir Jankélévitch.

Feu d’artifice. Mais, à la longue, difficile à suivre. Et ce en dépit des pauses musicales et d’explications érudites. Comment ses étudiants parvenaient-ils à tenir ?

Où veut-il en venir ? Nous montrer ce que devrait être l’hygiène de l’intellect ? Prendre un concept et l’examiner sous tous ses aspects, faire intervenir toutes les pensées qui l’ont examiné, et voir ce que l’on peut en tirer ? Faites ce que je fais, pas ce que je dis ?

Exercice gratuit ? La tentation est un concept chrétien, qu’a-t-il à faire dans notre société ? La tentation n’existait pas chez les Grecs. Sa condition nécessaire n’est-elle pas totalitaire : pêcher c’est s’écarter de la ligne du parti, dont les voies sont impénétrables ? Heureux les simples d’esprit, ou, plutôt, les légumes ?

Mais l’analyse n’est pas sans aspects curieux et piquants. En revenant au texte en version originale, Jankélévitch montre que les exégètes bien-pensants détournent l’esprit des lois. La mission de Dieu est de nous induire en tentation ! Le diable est le suppôt de Dieu ! Et la tentation n’est pas une question de choix entre options comparables, mais de volonté. D’un côté la vertu, le devoir, austère, lointain et quasi incompréhensible, de l’autre, le « farniente », la paresse intellectuelle. Dieu nous soumet à la tentation pour que nous soyons des hommes dignes de ce nom ? L’homme digne de ce nom se livre, sans cesse, au spectacle que donne Jankélévitch ? Il maintient son cerveau en état de marche par un exercice désespéré, façon Sisyphe ? Bref, vivre c’est résister à la tentation de la retraite ? La tentation est celle de ne pas penser ?

Etrangement, cela évoque une question récurrente en anthropologie : la signification des mythes. Derrière les mythes il semble qu’il y ait une raison « existentielle ». Le mythe ressemblerait-il à l’enrobage du médicament : il permet au principe actif de circuler dans l’organisme jusqu’à atteindre ce à quoi il était destiné ?

Amérique éternelle

Il y a quelques billets, je parlais de Roosevelt et de son émission. Celle-ci me pose, à la réflexion, deux questions.

La crise de 29 fut effroyable aux USA. En outre, je la crois la cause de la guerre de 40. Roosevelt l’attribuait à des financiers irresponsables. Avait-il raison ? Ou y avait-il un mécanisme, tout aussi pernicieux, et propre à la culture américaine à l’oeuvre ? Les mêmes causes pourraient-elles produire les mêmes effets ?

Qu’est-ce qui a remis l’Amérique d’aplomb ? Mes livres de cours disaient : la guerre. Mais ne serait-ce pas plutôt le Plan Marshall ? La reconstruction de l’Occident qui a créé un marché pour les USA ?

Roosevelt a mené une politique contre-culturelle : il a sorti les USA de leur isolationnisme et il a remplacé leur libertarisme natif par la planification étatique, qu’il a étendue au monde.

Il n’est pas certain que cela ait été par grandeur d’âme. Puisque ce dont on avait l’habitude ne marchait pas, il fallait faire le contraire ? L’Américain est pragmatique ?

Staline et Poutine

Il y eut un différend entre Staline et Lenine, disait une émission de France Culture.

Lenine pensait attirer les nations dans une union, certainement mondiale. N’était-ce pas le destin que lui avait fixé Marx ? Staline, voulait les acquérir, faire une grande Russie et non le paradis sur Terre. D’où la question de l’Ukraine.

Aussi, Staline était géorgien. Pour être un dirigeant russe légitime, il lui fallait que la Géorgie fasse partie de la Russie. La Géorgie a donc fait les frais de sa volonté de puissance. En revanche, il semble avoir imposé à la Russie la cuisine géorgienne. Paradoxalement, les Caucasiens seraient perçus comme des « culs terreux » par les Russes.

Poutine serait du côté de Staline. Qu’en déduire ?

Ridicule Europe

On disait que Trump était un pitre. Il a ridiculisé l’Europe. Sans que nos médias en fassent le moindre cas, il semble avoir mené des négociations séparées avec chaque pays. Et joué sur la lâcheté de nos gouvernants.

Rather than engage in a classical negotiation, Trump, “who hates the European Union,” Gardner said, set out to “fragment” what he sees as a “divided, weak, slow, cumbersome organization.” And the president “did succeed” in doing that, he added.

() While it’s understandable that Europe sought to avoid short-term pain, it underestimated the costs of its approach. “The long-term message to China, among others, is that bullying works,” Gardner said. “It says that a far more effective way to get concessions [from the EU] than negotiating is to threaten, to ruthlessly use leverage to divide the EU.”

() Brussels misstepped by not using the powerful trade tools at its disposal. “We all know the EU isn’t a superpower, except on trade … But they underplayed their hand. Donald Trump never believed they would use the anti-coercion tool.”

() Gardner pointed to national leaders defending domestic industries as the main problem, arguing “that member states have shown a lack of solidarity at a critical moment. By doing so they have weakened the Commission.”

Politico.eu du 4 août

L’UE ayant montré sa faiblesse, d’autres vont s’y engouffrer. Il est désormais possible qu’elle n’ait pas d’avenir.

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.

Déficit critique

Que penser de mon précédent billet concernant le déficit américain ? J’ai toujours tort est ma devise.

La politique de Trump aurait sa logique. Le Républicain n’aime pas l’impôt, du coup il ne peut financer l’Etat. Alors Trump fait appel au droit de douane. Ensuite, il veut relancer son industrie, alors, il la protège. Ce que tout le monde fait depuis toujours. Finalement, il constate que les pays exportateurs suppriment leur demande intérieure. Il veut les faire acheter américain. Ce qui n’est qu’évidence : le marché est un échange. Si le vendeur tue son client, il meurt ! Or, cette politique mercantiliste est celle des Chinois et des Allemands. Elle est dénoncée depuis bien longtemps par les économistes les plus respectables et les moins proches de Trump.

Concernant l’industrie, les propos de l’économiste du podcast précédent me semblent paradoxaux. D’abord, il ne se pose aucune question sur le « choc chinois ». Ce serait une espèce de phénomène naturel. Mais pourquoi pas un contre-choc américain ? Ensuite, il considère que l’industrie ne créera plus d’emploi, pour cause de gain de productivité. Or, l’espèce humaine est en face de masses de questions à résoudre, et leurs solutions sont industrielles. Je soupçonne que nous sommes à la veille d’une révolution industrielle. Et la productivité est un faux problème, car les machines doivent elles-mêmes être fabriquées, faire l’objet de publicité, vendues, réparées… J’ai déjà rencontré cette opinion, qui m’a surpris, chez d’autres économistes, j’en arrive maintenant à soupçonner quelque biais idéologique…

Seulement, le problème n’est peut-être pas là. Il pourrait bien y avoir quelque-chose de pourri en Amérique.

Si je comprends bien (c’est un grand si) le podcast, le mal américain serait dû à la santé insolente de sa place financière, qui draine la finance mondiale. Or, elle même est le résultat d’une succession de bulles spéculatives. Bulles alimentées, peut-être créées, par les deux partis politiques qui croient aux mêmes théories économiques libertaires. Cela signifie que le pays pourrait bien avoir oublié la « valeur travail », nécessaire à la création de l’activité économique qui lui fait défaut.

Conclusion provisoire ? Il semble que la sortie de la crise mondiale demande un arrêt de la politique mercantiliste suicidaire de pays tels que la Chine et l’Allemagne. Ils doivent relancer leur demande intérieure. Pour cela, il faut qu’ils aient envie d’acheter des choses produites par leurs pays clients. Or, cette offre n’existe pas. Lesdits pays clients doivent donc renoncer aux mirages de la vertu miraculeuse du laisser-faire et de l’économie de marché, qui les ont transformés en nations de paresseux, et se mettre au travail. Ce qui est la partie réellement complexe du changement.

A suivre.

Déficit américain

Le déficit américain. M.Trump a un mérite (que les livres de management associent au grand leader !) : il a fait entrer dans notre tête une obsession.

J’ai cherché à me renseigner. Travail ni fait ni à faire, aurait dit ma mère. Voici, tout de même, les premiers résultats : l’unanimité parmi ce que j’ai lu est que M.Trump fait l’exact contraire de ce qu’il faudrait. Seulement, il ne me semble pas qu’il y ait accord sur une marche à suivre.

Voici, à titre d’exemple, un podcast de Brookings institution. Ce que je retiens (mais il faut se méfier de moi) :

La question du déficit est très ancienne. Après une phase excédentaire, après guerre, les comptes sont passés dans le rouge, au début des années 70. Pour les redresser Nixon est sorti des accords de Bretton Woods (NB. qui avaient été conçus pour assurer la paix mondiale…). Reagan serait la cause du grand plongeon. Les Républicains creuseraient systématiquement le déficit, car ils n’aiment pas l’impôt. (NB. Ils disent que l’impôt tue la croissance, apparemment, ce ne serait pas le cas, puisque celle-ci ne compense pas le manque à gagner.)

Une première cause des difficultés des USA serait l’attractivité de leurs marchés financiers, qui drainent les investissements mondiaux. La bulle immobilière, qui a éclaté en 2008, avait déjà cet effet. Elle aurait été créée par la suppression, par Bill Clinton, des législations décidées après la crise de 29. Apparemment, les séquelles de cette crise se feraient toujours sentir.

Un autre sujet est l’industrie. M.Trump veut créer de l’emploi industriel. Or, d’après l’interviewé, si l’industrie américaine a été victime du « choc chinois » du début des années 2000, qui l’a quasiment liquidée, pour des raisons structurelles, de gain de productivité, on ne peut plus en attendre de l’emploi.

Selon lui, le véritable mal serait le déficit de l’Etat. Ce n’est pas la tronçonneuse d’Elon Musk qui peut le réformer. Il lui faut être financé. Mais le droit de douane n’est pas efficace, car il est mauvais pour l’économie. J’en déduis qu’il faudrait jouer sur la fiscalité.

Roosevelt

Après Staline, le père de Poutine, France culture s’intéresse à Roosevelt, l’anti-Trump.

Roosevelt était dans un état de santé difficilement imaginable. Il devait être porté pour faire le moindre acte de la vie courante. Et, dans les derniers temps, il n’avait apparemment plus sa tête à lui. Même Staline l’a pris en pitié.

Pourtant, il est parvenu à transmettre à sa nation et au monde une image de force et de détermination. C’était un optimiste, il pensait que rien ne pourrait lui résister, y compris la polio. En outre, il est arrivé au pouvoir à un moment où les USA étaient dans une misère difficilement imaginable. Son peuple était prêt à aimer n’importe qui, pour peu qu’il lui promette de le tirer de sa détresse.

D’ailleurs, ce n’est pas tant sa politique que la guerre, qui a fait des USA une nation puissante et prospère. Peu avant de mourir, il craignait que la paix amène avec elle le chômage. (Serait-ce l’après guerre et le soutien à la reconstruction de l’Ouest, qui aurait fait le succès américain ?)

Quant à la guerre, ce sont les Russes qui l’ont gagnée, en dépit de toute leur faiblesse. En débarquant en Normandie, les USA leur ont donné l’aide juste nécessaire pour qu’ils aient le dessus. Décidément, l’armée allemande était devenue sacrément forte !

J’ai appris, en parti grâce à wikipedia, qu’il avait eu un grand amour, qui ne fut pas sa femme. Cette dernière et lui ont vécu des vies et des carrières séparées. Ce qui a permis aux USA d’avoir deux dirigeants ayant chacun leur spécialité ? (Bill et Hillary Clinton, avant l’heure ?)

Interprétation

J’avais à peine écrit l’article précédent que je lis :

In recent days, Ahmed Fouad Alkhatib has spoken with many Gazans who are furious about the starvation unfolding around them and hold Hamas responsible for their suffering. “The best way to undermine Hamas’s position is to instead flood Gaza with food,” he argues

The Atlantic

Une loi dit que la parole du témoin indirect n’a pas de poids. Si l’on ne parvient pas au coeur de la mêlée, on ne peut pas savoir réellement ce qui se passe. Non seulement les médias interprètent l’information selon leur biais culturel, mais ils dépendent d’informateurs.

Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas agir. Mais, pour cela, il faut user d’autres principes que ceux qui ont cours. Par exemple ceux de la paix, plutôt que ceux du bien et du mal ?

Reconnaissance

Complexité palestinienne. Le conflit est sous le feu des projecteurs.

Notre président a décidé de reconnaître la Palestine. Bonne idée ? Peut-être. Peut-être pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la vertu. Le risque pour nous aurait été d’être seuls, il semble être suivi. Ensuite, c’est peut-être la seule menace que puisse entendre Israël, et qui puisse, peut-être encore, donner un espoir d’envisager sérieusement d’ôter aux belligérants l’idée que la seule issue à leur guerre est l’élimination de l’autre. Ce qui est aussi bon pour l’Occident : il disparaît et a tout intérêt à laisser à ses successeurs un monde dans lequel on n’a pas de comptes à régler… Et, enfin, c’est probablement aussi bon pour nos négociations avec Trump : plus nous avons de conflits avec lui, plus il y a de place pour des concessions de sa part.

Beaucoup de si. Beaucoup de hasards. Aucune certitude. Sinon, peut-être une dernière fois, que « le cave se rebiffe ». Celui qui n’est pas respecté est faible. Pour se faire respecter, il faut prendre des risques.