Connerie artificielle

Je n’en reviens toujours pas de la bêtise de l’intelligence artificielle, et du culte que, de toutes parts, on lui rend. Surtout lorsqu’il s’agit des institutions de recherche dites « d’élite ». Mais arriver à ce niveau de connerie, c’est vraiment inconcevable !

J’ai l’habitude, lorsque je donne un conseil, de citer un ouvrage de référence.

Mes interlocuteurs utilisent chatGPT pour savoir ce qu’il dit, sans le lire. Résultat : un contre-sens total. Il en sort une sorte de texte mielleux, qui passe complètement à côté de l’enseignement fondamental de l’ouvrage. Celui qui est utile à la vie.

Pourquoi ? Me demandé-je ? Parce que chatGPT n’est pas plus intelligent que les textes qu’il lit et que ceux-ci sont écrits par des beaux esprits pour réseaux sociaux ?

Kierkegaard

Difficile de comprendre une oeuvre en une émission. Jadis France culture en a consacré une à Kierkegaard.

Qu’en penser ? Cela commence comme un existentialisme, nous sommes des marionnettes sociales, nous devons retrouver notre unicité, mais ça se termine par une sorte de pari de Pascal. Notre seul espoir est Dieu, mais il est inaccessible.

Ce qui est surprenant est que Kierkegaard s’exprime comme moi. Il me semble que contrairement à ce que je pensais l’angoisse existentielle ne soit pas un instant particulier de l’existence où l’on prend conscience de son absurdité. Elle en serait un trait permanent. Cela ressemble à mon « in quiétude », condition de succès du changement.

Plus surprenant, lui aussi aurait dit « j’ai toujours tort ». Ce qui serait une bonne chose. L’homme se dirigerait vers Dieu, par des successions de remises en causes radicales, sans fin. Serait-ce ce que j’appelle « l’erreur est humaine » ? L’histoire de l’humanité serait faite, selon moi, d’erreurs utiles. C’est parce que nous avons été convaincus de leur véracité que nous avons trouvé la force de progresser.

Ai-je compris ou biais de confirmation ?

(Ce que j’ai écrit sur ce sujet, il y a longtemps.)

Retour aux fondamentaux

Débat du club industrie de l’association des interpreneurs. Quelle ligne allons-nous suivre ?

« Retour au fondamentaux ». En cela, il faut entendre que l’on a oublié les techniques conçues par nos pères.

Le raisonnement qui justifie cette idée est intéressant : nous passons de la délocalisation globale, qui demande des procédures simples pour personnels non qualifiés étrangers, autrement dit des prolétaires, à la réindustrialisation locale dont la cheville ouvrière est un égal, autrement dit un être humain. Et cela exige ce que l’intelligence a de mieux à proposer.

Politique agricole

Qu’est-il arrivé aux agriculteurs anglais après le Brexit ? (The landscape revolution.)

Si je comprends bien, la Politique Agricole Commune fournirait 50% de leurs revenus aux agriculteurs. Après le Brexit, il était attendu que l’agriculteur anglais soit rémunéré par le marché, mais reçoive aussi des subventions pour son action écologique. Apparemment, la pratique n’a pas été à la hauteur de la théorie, et il est en difficulté.

Deux réflexions : 1) mais quand parviendrons-nous à ne plus être victime des idéologies simplistes ? 2) Faillite de l’Union Européenne, qui a imposé la PAC, sans débat. Mais quand, donc, aurons-nous des gouvernements réellement démocratiques ?

Changement paradoxal

Après guerre, la systémique disait que le changement est « paradoxal » : faites le contraire de ce que vous faites ! (Cela tient probablement à ce que que nous sommes pris dans un système, et que ce système est devenu un cercle vicieux.)

Trump est-il paradoxal ? Il avait un « ennemi de classe », le Bobo. Et il procède à un « nettoyage ethnique » : il élimine tout ce à quoi il était attaché : ses valeurs, ses combats, la transition climatique, mais aussi ce sur quoi il appuyait sa domination : la science, la justice, etc.

Seulement, faire le contraire n’est pas paradoxal. C’est appartenir au même système. Le paradoxe serait de sortir de l’idéologie pour en revenir à la raison, et à la véritable définition de la science, de la justice, des droits de l’homme et de bien d’autres sujets que nous avons oubliés.

Stress test

En écoutant parler de Roosevelt, je me demande s’il est aussi différent de Trump qu’on le dit.

En 40, quel était son plan ? Imposer au monde la culture américaine ? Une culture de boutiquier. La culture de Trump. Pensait-il que les Européens, avec leurs idées tordues, incompréhensibles, n’étaient que des fauteurs de guerre, des dangers publics ? Il fallait les rayer de la carte, les empêcher de nuire ? Et une planète américaine serait bonne pour le business.

L’Américain ou le degré zéro de la pensée ? Il lance un défi existentiel à ce qui nous a fait et qui n’est pas mesurable : droits de l’homme, justice, rigueur intellectuelle, vérité, honneur…

Une question pour Darwin ?

Le salaire de la mort

Les Russes seraient très satisfaits de leur guerre en Ukraine. Un mort et c’est la fortune pour sa famille ! Et quelle aubaine lorsque c’était un poivrot, bon à rien. Et l’on se déchire l’héritage du héros.

Cela coûterait à l’Etat 2% de son PIB. Mais, quand on aime, on ne compte pas.

Avec le salaire de la guerre, Poutine voudrait créer une nouvelle classe moyenne, qui lui serait acquise. Seulement, la véritable classe moyenne, elle, se planque, mais n’a pas l’intention d’abandonner sa place.

En tous cas, il ne serait pas judicieux d’espérer qu’un mécontentement populaire mettra un terme à la guerre.

(Russia’s new war elite.)

France unie

Témoignages de résistants de la première heure. Les faits n’ont encore que 20 ans. (Une rediffusion de France culture.)

L’histoire qui se fait n’a rien à voir avec celle que l’on nous raconte. On découvre, par exemple, un de Gaulle désemparé, qui se plaint amèrement aux résistants de l’intérieur qui lui rendent visite. (Spectacle curieux, lorsque l’on pense à la faible espérance de vie de ces derniers.)

Ils découvrent, à leur immense surprise ! que si « en zone libre, la résistance se bat contre Vichy, et, en zone occupée, contre les Allemands, en Angleterre, elle se bat contre les Anglais ». Les Anglais font tout pour torpiller de Gaulle. Quant à Roosevelt, il coopère joyeusement avec Pétain !

Encore plus surprenant, peut-être : cette poignée de résistants venait de « tous les horizons », et pourtant elle est demeurée unie. Un espoir ?

Vie d’aventure

Une psychologue me disait qu’elle avait eu peur qu’un de ses patients se suicide. la vie dudit patient était un désastre. Il avait perdu énormément de poids et venait de divorcer. En s’entretenant avec lui, il est apparu que, cadre à haut potentiel, il venait de prendre l’emploi rêvé et que, pour la première fois de sa vie, il était en échec. Il allait certainement se faire licencier. Qu’allait-il dire à ses parents ? Une fois qu’il a eu exprimé sa pensée, il a pris conscience de sa stupidité. Et sa vie a radicalement changé.

Nous sommes la proie d’idées stupides. Prendre conscience que je suis peut-être malade, me fait, par exemple, comprendre pourquoi j’ai une humeur suicidaire.

Montaigne dit à peu près ceci dans un de ses célèbres passages. Cependant, je pense qu’il en tire une conclusion fausse. Car l’idée que nous avons de Montaigne est celle de quelqu’un de droit dans la tourmente, quelqu’un qui avait des principes intangibles. Ce sont eux qui sont à l’origine des Essais, étude de la nature humaine sans précédent.

Des bénéfices de notre humeur changeante ? En nous secouant, elle nous fait sortir du sillon trop bien tracé, et enrichit notre expérience ? C’est elle qui nous propulse en avant ? Les gens heureux n’ont pas d’histoire ?