J’ai vécu dans une banlieue communiste. Jean Allemane y était le nom d’un boulevard. Mais qui était Jean Allemane ? Un autre compagnon de route du parti, comme toutes les célébrités de la ville ? Je pensais le découvrir grâce à France culture. De trois longues heures je n’ai pas appris grand chose.
Jean Allemane a eu, pour l’époque, une très longue vie. Né en 1843, il fut un militant de la cause ouvrière. Lui même était un typographe, un membre de l’élite ouvrière. Il s’est distingué pendant la commune, dans le 5ème arrondissement. Il a procédé à quelques exécutions sommaires. Et a été condamné aux travaux forcés. Non seulement, il a bien résisté à l’épreuve mais a été à l’origine d’une grève victorieuse ! Gracié quelques années après, il est devenu le dirigeant d’un courant socialiste. Et un petit patron. Un de ses succès aura été de faire adopter la « commandite » par l’imprimerie. C’est une organisation du travail particulière : les ouvriers élisent un représentant, qui discute des travaux à faire avec le patron. Après quoi, ils s’organisent comme ils le jugent bon, et se répartissent également le salaire.
Les autorités intellectuelles interviewées par France Culture disaient que sa longue vie lui avait fait perdre la tête et qu’il n’avait pas compris, contrairement à Jaurès, le tour que prenait l’histoire du monde. Comment expliquer, sinon, ses sympathies à la fois nationalistes et communistes ?
Pour ma part, je rapproche son parcours de celui d’un autre ouvrier, Hyacinthe Dubreuil, et peut-être aussi de Proudhon, un autre typographe. Tous étaient nationalistes, républicains, avec ce que cela signifie de désir de liberté individuelle et donc d’anarchisme, amoureux de l’instruction et combattants du progrès social de la classe ouvrière. Liberté, égalité, fraternité ?