La mort de Staline

Staline est mort prématurément. Il eut un AVC. Seulement, il faisait une telle peur à son entourage qu’il a fallu un temps interminable pour que l’on prenne une initiative : on avait peur de le déranger, elle devait être collective, et il avait procédé à une purge de la profession médicale, et une purge de ses proches s’annonçait. Sa mort arrangeait tout le monde.

L’histoire de Staline ressemble à beaucoup d’autres. Il doit son succès à ce qu’il paraissait médiocre à ses collègues. On croyait le manipuler aisément. Et, il avait un talent utile, rarement présent chez le révolutionnaire intellectuel : il était travailleur et ce qu’il entreprenait réussissait.

Etait-il un monstre ? N’est-ce pas, plutôt, un exemple de servitude volontaire selon La Boétie ? Dans certaines conditions, les cultures créent des totalitarismes ? Comme le pensait de Gaulle, qui, d’ailleurs, décrit fort bien Staline, c’était un Tsar ?

Fait surprenant : même ceux qu’il avait condamnés au Goulag et que sa mort a sauvés ont cru que la terre s’écroulait. Il est remarquable, alors comme aujourd’hui, à quel point le libre arbitre est une illusion ?

Devenir Staline, remarquable série de France culture !

Jean Allemane

J’ai vécu dans une banlieue communiste. Jean Allemane y était le nom d’un boulevard. Mais qui était Jean Allemane ? Un autre compagnon de route du parti, comme toutes les célébrités de la ville ? Je pensais le découvrir grâce à France culture. De trois longues heures je n’ai pas appris grand chose.

Jean Allemane a eu, pour l’époque, une très longue vie. Né en 1843, il fut un militant de la cause ouvrière. Lui même était un typographe, un membre de l’élite ouvrière. Il s’est distingué pendant la commune, dans le 5ème arrondissement. Il a procédé à quelques exécutions sommaires. Et a été condamné aux travaux forcés. Non seulement, il a bien résisté à l’épreuve mais a été à l’origine d’une grève victorieuse ! Gracié quelques années après, il est devenu le dirigeant d’un courant socialiste. Et un petit patron. Un de ses succès aura été de faire adopter la « commandite » par l’imprimerie. C’est une organisation du travail particulière : les ouvriers élisent un représentant, qui discute des travaux à faire avec le patron. Après quoi, ils s’organisent comme ils le jugent bon, et se répartissent également le salaire.

Les autorités intellectuelles interviewées par France Culture disaient que sa longue vie lui avait fait perdre la tête et qu’il n’avait pas compris, contrairement à Jaurès, le tour que prenait l’histoire du monde. Comment expliquer, sinon, ses sympathies à la fois nationalistes et communistes ?

Pour ma part, je rapproche son parcours de celui d’un autre ouvrier, Hyacinthe Dubreuil, et peut-être aussi de Proudhon, un autre typographe. Tous étaient nationalistes, républicains, avec ce que cela signifie de désir de liberté individuelle et donc d’anarchisme, amoureux de l’instruction et combattants du progrès social de la classe ouvrière. Liberté, égalité, fraternité ?

Pasteur et la sélection artificielle

Dans une lettre à Victor Duruy, Pasteur explique que, du fait de son action, il a quasiment quadruplé le nombre de candidats au concours de Normale sup sciences, qui auparavant (à l’époque où il l’a réussi ?) était de 15 places pour 50 à 70 candidats.

Ces nombres, même quadruplés, sont ridicules par rapport à ceux que j’ai connus.

Ce qui me ramène à une question que je me pose régulièrement. Des écoles comme polytechnique, centrale ou supélec doivent, me semble-t-il, leur gloire à leurs origines, une époque où elles procédaient à une faible sélection. En revanche, elles apportaient à leurs élèves une science révolutionnaire. Celle-ci assurait le succès de ceux qui voulaient entreprendre. En outre, ce qui caractérisait lesdits élèves était l’enthousiasme. L’esprit du pionnier.

Comme le dit le psychologue Martin Seligman, la sélection ne sélectionne que ceux qui sont stimulés par la compétition ?

Les loups

Mes amis les loups. Géniale série de France culture ! On y parle de la vie des loups, et, plus généralement, de celle des animaux et des insectes.

Chaque émission commence par un extrait d’un livre écrit par un universitaire canadien parti étudier les loups dans le grand nord. Il est aidé par deux Esquimaux. L’histoire est lue par Michel Galabru. Savoureux !

Notre chercheur a été envoyé en mission, parce que les chasseurs se plaignent des loups, qui font disparaître les caribous. Il découvre que, en fait, ce sont les chasseurs (notamment ses deux esquimaux) qui les tuent. Et ce en particulier pour nourrir leurs propres chiens… Quant aux loups, ils ont les vertus que l’humanité rêve de posséder.

Rémy Chauvin étend l’analyse au monde animal. Il en ressort une fascinante complexité. En particulier, les mécanismes d’adaptation des populations à leurs conditions de vie sont beaucoup plus variées que ce que l’on croit. Ce qui nous paraît des rites stupides a en fait une utilité vitale.

Ce qui m’a le plus séduit ? Un Inuit qui interprète le « langage » des loups. Grâce à lui, il sait où sont les caribous, mais aussi ses amis.

Ere de la mode

Drôle de temps. Les experts cyber, IA, de coaching (dernièrement « coaching en IA »)… courent les rues, et nous submergent, sur les réseaux sociaux, de billets à leur gloire. Pourquoi ne comprennent-ils pas que l’offre excède massivement la demande ? Qu’ils sont d’autant plus ridicules que leur savoir-faire est né de la dernière pluie alors que d’autres travaillent le sujet depuis des décennies ?

Question de gloriole ? Le sujet est à la mode, donc j’en suis un expert ?

(Dans ces conditions, l’art de la start-up devient celui de la mode, une fois qu’elle a trouvé une idée qui enflamme les esprits, la terre se couvre spontanément de prosélytes du sujet ?)

Grand froid

J’ai lu, il y a longtemps ! que le dernier réchauffement climatique avait provoqué une glaciation. Le gulf stream apporte à l’hémisphère nord la chaleur équatoriale. Le réchauffement fait fondre le pôle nord, dont les glaces refroidissent le gulf stream, qui s’arrête. D’où, entre autres, une Europe glacée.

Des expériences sont en cours pour mesurer la vigueur dudit courant, ce que l’on fait, en partie, grâce à des satellites. La glaciation serait-elle pour le siècle prochain ? se demande-t-on.

Il est curieux que l’on n’en parle pas plus ? Considèrerait-on que la montée des eaux est plus frappante pour l’esprit du peuple qu’une glaciation ?

The European Space Agency plans to use satellite gravity data to track weakening ocean circulation systems. Rory Bingham of the University of Bristol explains how these satellites can ‘weigh’ the Earth’s water and might help resolve whether we’re approaching the climate tipping point of a shutdown of ocean circulation in the Atlantic Ocean, something we’ve been following for a while.

Science in action, de la BBC.

F35

Un temps, on entendait beaucoup parler du F35 américain. Ce devait être un avion révolutionnaire, mais il sombrait dans le ridicule. Puis, plus rien. Dernièrement, même, on lisait qu’il avait fait des exploits.

Un article de linkedin semble dire que les rumeurs étaient justes, cet avion est ridicule. Sa conception a été bâclée. Ses succès militaires tiendraient à ce que les Israéliens auraient fait, comme pour les téléphones, un reconditionnement. Ils auraient gardé la carcasse et changé le logiciel. Et ses succès commerciaux, à l’art du parrain Trump de la « proposition que l’on ne peut refuser ».

Cet avantage concurrentiel est-il durable ?

UK F-35 jet fleet dogged by delays and staff shortages, watchdog says
Aircraft programme ‘shortcomings’ are undermining the effectiveness of Britain’s armed forces, NAO says

Financial Times 10 juillet.

Ile de Sein

Les habitants de l’Ile de Sein entendent l’appel de De Gaulle. Alors, tous, à l’exception des vieux et des enfants, ils s’embarquent pour l’Angleterre.

Tout ce qui reste de la population va devoir trouver les moyens de survivre, sans pêche, avec les ressources de l’île, qui n’en a pas.

La guerre est finie. La radio nationale lui rend visite. Les hommes reviennent. Certains sont rentrés depuis seulement deux jours. Qu’espèrent-ils de la vie ? Reprendre la pêche. Qu’ont-ils fait pendant ces 5 ans ? On n’en saura rien, sinon qu’ils ont beaucoup voyagé…

On ne peut rêver contraste plus frappant avec nos, auto proclamés, héros modernes ?

Boeing Boeing

Vendredi dernier je lisais deux nouvelles concernant Boeing. La première disait que le dernier accident d’un Boeing semblait tenir à une alimentation en pétrole qui s’était coupée d’elle-même, l’autre que les affaires de Boeing allaient mieux que celles d’Airbus.

Avec mon mauvais esprit usuel, j’ai pensé que cela devait tenir à l’appétit du lucre des compagnies aériennes et au pouvoir de nuisance américain, dont Trump n’est qu’un pâle représentant.

Mimoun

Mimoun, c’est une certaine idée de la France ?

Peut-être aurait-il pu appeler son histoire « le rêve de ma mère ». Il est curieux, en ces temps de féminisme exacerbé, qu’on ne parle pas du rôle central que joue la femme dans les civilisations dites patriarcales. Le père de Mimoun semble s’être épuisé à la tâche, mais ne lui a pas laissé beaucoup de souvenirs. Sa mère, quant à elle, a voulu un destin pour son fils.

Il a commencé par être un excellent élève. Il aurait dû devenir instituteur, mais on lui a préféré un fils de colon. En cela, il a connu la même mésaventure que d’autres sportifs, de la métropole. (On oublie parfois que les premiers colonisés furent français ?) Il a eu la même réaction qu’eux : il a pensé que cela ne lui serait pas arrivé s’il avait été en France (à Paris, pour les provinciaux). Il s’est engagé dans l’armée. Il s’en est suivi 7 ans de guerre. Il a été gravement blessé, et a évité l’amputation par miracle (il a été opéré par un Français et pas un Américain).

A la libération, il s’est demandé quoi faire. Il s’est rappelé qu’il avait des dons sportifs. Et il a commencé à gagner des courses. Mais, par rapport à aujourd’hui, quelle différence ! Ses victoires ne lui valaient aucune considération. Il vivait dans la précarité et travaillait pour nourrir sa famille. Et il mangeait les restes d’un restaurant !

Et si l’on n’avait pas besoin de se droguer pour être un champion ? Toujours est-il qu’il a eu une longévité exceptionnelle.

Finalement, il a voulu laisser quelque-chose à la France. Créer un centre d’entraînement, en Corrèze, pays de sa femme. Mais aucun homme politique n’y avait intérêt. Il a fallu l’intervention d’un Jacques Chirac de 32 ans, pour que le rêve devienne réalité.

Alain Mimoun, la France au coeur.