Alphonse Allais ? Un humour bien lourd, me semble-t-il.
Il y a des gens qui sont de leur temps ?
Alphonse Allais ? Un humour bien lourd, me semble-t-il.
Il y a des gens qui sont de leur temps ?
Monique Lévi-Strauss est une charmante dame de 99 ans, qui s’exprime avec le mot juste, ce qui est rare, actuellement.
Elle fut l’épouse de Claude Lévi-Strauss. Elle est fille d’un ingénieur belge, ayant commencé à travailler à 6 ans, et devant son ascension sociale à la guerre de 14, qui lui valu, en échange d’en avoir réchappé, de faire des études qui l’ont amené à Harvard, et d’une mère juive de nationalité américaine. Elle a commencé sa vie dans la « judéo Passy » de la bourgeoisie juive progressiste, avant que son père n’emmène sa famille en Allemagne, en 1940, pour qu’elle apprenne l’Allemand !
Cela lui a peut-être sauvé la vie. Car, là-bas, personne ne savait qu’elle était juive. Elle a connu la faim, les bombardements quotidiens, mais y a fait toutes ses études. Elle en rapporte une « contre histoire » de l’Allemagne, une histoire de solidarité et d’entraide, entre personnes qui réprouvaient le régime, mais craignaient pour leur vie.
De retour en France, après un passage aux USA, elle a côtoyé les existentialistes, qui semblent avoir été d’horribles machos, pour qui la femme était un objet. Puis elle a dû à ses talents de traductrice de rencontrer Jacques Lacan, puis Claude Lévi-Strauss, qui traversait une mauvaise passe, et qu’elle a guéri d’une hypoglycémie, qui le rendait irritable, et lui avait peut-être coûté ces deux premiers mariages.
Elle est surtout un témoin d’une époque oubliée.
(Origine : France culture.)
Chalamov, grand poète russe, dont la vie n’a été que bagne et qui s’est achevée chez les aliénés.
N’avons nous pas oublié que c’est une chance de vivre dans un pays où l’homme a des droits ? Qu’il n’y a aucune compatibilité entre le régime de M.Poutine et le nôtre ?
En écoutant une émission traitant de sorcellerie et de possédés, j’ai pensé qu’ils ne paraissaient étranges que parce que nous les jugions du haut de siècles d’accumulation de connaissances.
Il est peut être bien plus étrange de penser que l’on puisse mettre la nature en équations.
Bien sûr, ces équations ne disent pas tout. Lorsqu’on veut les pousser un peu loin, elles débouchent sur l’absurde. Mais, tout de même, elles ont permis de construire un monde rassurant.
La raison semble le propre de l’homme. J’entendais une autre émission remarquer que dès que l’enfant jouait, il créait des règles. Nous semblons naturellement chercher à modéliser ce qui nous entoure, à en expliquer le comportement.
Cette raison donne-t-elle un sens, une direction et un but, à l’histoire, comme le pensait Hegel ? Finirons-nous dans un monde rationnel ? Un monde « artificiel » au sens d’Herbert Simon, que l’homme a créé à son image ? L’utilité des Trump, et de leur agitation folle, serait-elle de nous rappeler, de temps à autre, de ne pas nous endormir sur nos lauriers, et de reprendre conscience de la raison de règles qui sont devenues une seconde nature ? Mais serions-nous, tout de même, déterminés, par cette étrange faculté ?
Comment peut-on se nommer « Edmond Pognon » ? me suis-je demandé.
J’ai trouvé ce nom au bas de préfaces. Par la même occasion, j’ai découvert le « club des bibliophiles de France ». Ce club semblait chercher des livres rares, dans mon cas, d’un corsaire de Napoléon, et d’un auteur japonais de la fin du 19ème siècle. Apparemment, d’après Wikipedia, ce fut un conservateur de musée important, qui eut le tort de s’enflammer un peu trop bruyamment pour le génie français pendant la collaboration. Mais le savant est-il de ce monde ?
Toujours est-il que j’ai préféré l’introduction aux livres. Elle m’a rappelé des corrigés de dissertation d’après guerre trouvés dans de vieux manuels. Je me suis dit qu’en ces temps, on atteignait à une subtilité intellectuelle que l’on a perdue. Sentir les limites de son cerveau est toujours inquiétant. Mais à quoi cela sert-il d’atteindre de tels sommets ? Plaisir d’esthète, seulement ?
La micro histoire serait l’étude de faits historiques isolés. Par exemple tel ou tel procès. Elle est associée aux travaux de Carlo Ginzburg.
Ces « sondages » révèlent souvent les erreurs de l’histoire officielle. Les gens ne pensaient pas comme nous le croyions. La société était plus complexe qu’on ne le disait. De ces faits isolés peut émerger une nouvelle compréhension de notre passé.
Peut-être cela révèle-t-il surtout que l’historien obéit à des préjugés ? Tout groupe social semble tendre à former des « consensus », incompatibles avec la démarche scientifique ?
Alain Finkielkraut s’interrogeait : quelle était la cause de la disparition de la poésie ? Il semblait penser, comme d’habitude, que cela tenait à la disparition de l’école traditionnelle. L’enfant n’apprend plus par coeur.
Je ne le crois pas. Comme mes camarades, à l’école, je fuyais la poésie comme la peste. Elle était à la mode avant guerre et dans l’immédiat après-guerre, mais les vents de 68 me semblent lui avoir été fatals.
En fait, la poésie est partout. C’est celle de Bob Dylan. Comme lui, le petit jeune a découvert qu’avec quelques accords de guitare et quelques mots arrangés bizarrement, on faisait de l’art à bon compte. La poésie est devenue « pop ». Et comme elle se vendait bien, le business s’en est emparé et a mis a son service son marketing laveur de cerveaux.
Pour parler comme un anthropologue, la poésie me semble un composant de la culture d’une société, un de ses moyens d’expression. Elle est à l’image de la société.
François Jullien m’a amené à Jean-François Billeter. A l’époque, je m’intéressais à la civilisation chinoise. J’avais lu un livre de François Jullien, que l’on présentait comme un expert du sujet. Il m’avait indigné : délire de « philosophe ». (Il en était d’ailleurs de même des oeuvres d’un disciple de Durkheim.) C’est ainsi que le titre « Contre François Jullien » a attiré mon attention. Et que j’ai acheté cet ouvrage de Jean-François Billeter. C’était le travail sérieux d’un anthropologue. Et c’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter l’émission que lui consacrait récemment France Culture.
J’ai découvert un Suisse à l’esprit très germanique. Modestie et méthode. Il a consacré la première partie de sa vie à enseigner la langue et la culture chinoise. Epuisé, il a pris sa retraite à 60 ans. Et, petit-à-petit, il s’est mis à publier.
Il me paraît s’être intéressé à une de mes préoccupations : ce que Montesquieu aurait appelé « l’esprit des lois », c’est à dire les caractéristiques d’une culture humaine, les forces qui expliquent son histoire, et avec lesquelles il faut jouer pour lui donner le destin qu’elle mérite. Ses travaux ne portent pas uniquement sur la Chine. Il s’est penché aussi sur notre société, et sur des thèmes qui reviennent dans ce blog. En particulier, le « nihilisme », mal de notre temps, auquel il oppose une sorte de culture de soi, un travail de développement de son potentiel, qui donnerait la liberté. Il oppose aussi fini et infini : le capitalisme, en particulier, est fondé sur l’hypothèse absurde d’un empilage infini de biens matériels. La vie est une oeuvre, finie.
Plus curieusement, peut-être, il penserait que le salut pour l’Europe est d’être une nation de régions.
A étudier.
Les poètes me donnent des complexes. Ils me dominent de leur pensée incompréhensible. Entrer dans leur intimité donne l’espoir de dissiper un peu de cette inquiétante étrangeté. Il se trouve que France Culture la nuit rediffusait une série d’émissions consacrées à Jacques Roubaud, apparemment un poète célèbre.
Il avait la particularité d’être mathématicien professionnel et d’avoir aimé le sonnet et cherché l’inspiration dans des formes exotiques de poésie, en particulier au Japon et chez les troubadours, ainsi que chez Wittgenstein.
Ce qui m’a donné un espoir : peut-être qu’en bricolant ainsi, entre amis, sans avoir à vivre de son art, il est possible de faire émerger une poésie qui ait à nouveau du sens ? En fait, c’est certainement ce qu’ont cru les écoles de poésie qui se succèdent depuis la fin du dix-neuvième siècle.
Quant à l’intimité du grand homme, elle est réconfortante. Elle m’a amené à plusieurs constatations curieuses :
Denis Podalydès, qui s’entretenait avec lui, semblait se poser les mêmes questions que moi. Ce qui est rassurant.
Jacques Roubaud lisait un poème, qui m’a plongé dans une noire déprime. Ce même poème, repris par Denis Podalydès, n’avait plus aucun intérêt. De l’importance, et de la difficulté, de revenir aux intentions initiales ? Voire aux usages du temps ? Des dangers d’un art mécanique ?
Pour autant, Jacques Roubaud critiquait la diction de Jean Vilar, alors que, pour mon compte, je la trouvais fort belle, en elle-même, quoi que, probablement, elle n’était pas en rapport avec notre compréhension du texte. De l’importance d’une large culture ? C’est une source de bonheurs ?
Des philosophes se posent la question de l’urgence. Ils traitent des exemples de l’urgence climatique et de l’urgence du président Trump. Urgence n’a pas de sens sans action immédiate, disent-ils.
En situation d’urgence, il n’y a plus de place pour la démocratie et ses débats. C’est ce qu’a compris le président Trump : il prétend que son pays est en crise, de façon à n’avoir de compte à rendre à personne, surtout pas au parlement.
(En France, l’article 16 de la constitution permet au président de prendre les « pleins pouvoirs », dans une telle situation. Seulement, sa liberté semble bien plus encadrée qu’aux USA.)
Les champions de la transition climatique n’ont pas les moyens de Trump et de Poutine. Pour eux, il n’est pas possible d’imposer quoi que ce soit, sans discussion. Ils ont eu le tort de vouloir faire l’économie du débat démocratique ?
Solar power producer Pine Gate files for bankruptcy
Analysts say the removal of clean energy tax credits have collapsed the value of renewable projects
Financial Times du 6 novembre