Les poètes me donnent des complexes. Ils me dominent de leur pensée incompréhensible. Entrer dans leur intimité donne l’espoir de dissiper un peu de cette inquiétante étrangeté. Il se trouve que France Culture la nuit rediffusait une série d’émissions consacrées à Jacques Roubaud, apparemment un poète célèbre.
Il avait la particularité d’être mathématicien professionnel et d’avoir aimé le sonnet et cherché l’inspiration dans des formes exotiques de poésie, en particulier au Japon et chez les troubadours, ainsi que chez Wittgenstein.
Ce qui m’a donné un espoir : peut-être qu’en bricolant ainsi, entre amis, sans avoir à vivre de son art, il est possible de faire émerger une poésie qui ait à nouveau du sens ? En fait, c’est certainement ce qu’ont cru les écoles de poésie qui se succèdent depuis la fin du dix-neuvième siècle.
Quant à l’intimité du grand homme, elle est réconfortante. Elle m’a amené à plusieurs constatations curieuses :
Denis Podalydès, qui s’entretenait avec lui, semblait se poser les mêmes questions que moi. Ce qui est rassurant.
Jacques Roubaud lisait un poème, qui m’a plongé dans une noire déprime. Ce même poème, repris par Denis Podalydès, n’avait plus aucun intérêt. De l’importance, et de la difficulté, de revenir aux intentions initiales ? Voire aux usages du temps ? Des dangers d’un art mécanique ?
Pour autant, Jacques Roubaud critiquait la diction de Jean Vilar, alors que, pour mon compte, je la trouvais fort belle, en elle-même, quoi que, probablement, elle n’était pas en rapport avec notre compréhension du texte. De l’importance d’une large culture ? C’est une source de bonheurs ?