Edmond Locard

Edmond Locard fut un policier scientifique du siècle dernier. Une sommité. Une émission lui est consacrée en 1955, il a 78 ans. (Entretiens avec Edmond Locard, France culture.)

On apprend que l’homme et la femme ne tuent pas de la même façon. La femme empoisonne, elle écrit des lettres anonymes, et elle n’avoue jamais. D’ailleurs, au moins dans ce domaine, la femme est bien plus intelligente que l’homme.

Il raconte aussi un monde qui a disparu. Celui du milieu, créé par une pauvreté abjecte. On y vit dans la promiscuité. On y meurt de tuberculose ou d’alcoolisme. Et on est en 1955 ! Peut-être serait-il bien de prendre conscience de ce que nous a apporté une société que nous tendons à critiquer ? Et des effets dévastateurs des réformes qui ont voulu l’améliorer ? Avant qu’elles ne nous aient ramenés d’où nous venons ?

Toujours est-il que, étrangement, le célèbre docteur Locard ne voulait revivre aucun des jours de son passé.

Philosophe comblé

Quel est le comble pour… dans mon enfance beaucoup d’histoires commençaient comme cela.

J’y ai pensé en écoutant le procès de Socrate. Il a l’occasion de faire une synthèse de ses travaux à toute une cité et il achève sa vie en faisant ce qu’il aime le mieux faire : parler. Le comble pour un philosophe ?

Julien Benda

Julien Benda se disait « rationaliste ». Apparemment, cela signifiait qu’il n’y avait que les faits qui comptaient pour lui. Ce qui valait à Kant d’être disqualifié pour avoir voulu parler de morale. (Qui êtes-vous ? – Julien Benda – 1949, une rediffusion de France culture.)

Ce qui m’a fait me demander si la morale n’était pas rationnelle. Comme la religion d’ailleurs. Car elles permettent à la société de tenir. Et que serions-nous sans la société ?

Le coeur (et la société) a des raisons que la raison ne comprend pas ?

Protéger les primitifs

La grande différence entre Anglo-saxons et Français est que les uns mettent les peuples vaincus dans des réserves, et les autres les assimilent.

Le Lévi-Strauss de Triste Tropique semble se ranger dans le premier camp. Il est vrai que toute culture est mémoire et immense richesse. Sa disparition est une perte pour l’humanité. Mais a-t-elle encore un sens lorsqu’elle ne se croit plus dominante et qu’elle ne tient que par « l’aide des pays riches » ? Triste société ?

Andersen

Andersen, homme de contes. Je constate à nouveau qu’il est difficile de connaître une personnalité en quelques émissions. (La première est ici.)

Enfance pauvre, mais succès immédiat. Andersen était quelqu’un qui inspirait de la sympathie et que tout le monde désirait aider. Il aurait rêvé d’être connu pour autre chose que ses contes. Il a beaucoup voyagé et a fini son existence célébrité nationale, fêté par ses souverains.

Il semble avoir été un original, un innocent ? qui a survolé la vie.

Roger Vailland

Roger Vailland semble avoir été une gloire littéraire d’après guerre. (France culture, Les écrits intimes de Roger Vailland.) D’ailleurs, j’ai découvert qu’un de ses livres était dans la bibliothèque familiale.

Mais qu’il est difficile de se faire une idée d’un homme en une émission ! surtout lorsque celle-ci finit en explication psychanalytique.

J’ai eu l’impression d’un roman à la Borgès : l’histoire d’un écrivain fictif.

Sens de la justice

A quoi sert la justice ? On entend dire qu’elle corrigerait les êtres mauvais.

Mis je doute que qui que ce soit se considère comme mauvais.

Et je doute beaucoup de ce que la justice soit juste. Ecouter un procès prouve l’impossibilité de reconstituer les faits par le raisonnement. A ce sujet, il y a quelque temps, une émission des années 60 ou 70 évoquait la question de l’arrivée des Vikings en Amérique. On y entendait dire par les meilleurs experts que c’était une fable. Or, on a retrouvé des traces de Vikings en Amérique…

Pour ma part, je soupçonne que la justice est un fait social. Elle nous dit deux choses. Nous ne devons pas imiter Donald Trump ou Clint Eastwood. Ce n’est pas à l’individu de faire justice. Et elle ne cherche pas à corriger l’individu, mais la société.

Si l’on veut faire évoluer la justice, on doit utiliser les moyens légaux et lancer un débat de société. C’est à la société, bien informée, de juger la justic.

Algérie

Germaine Tillion, qui a passé une partie de sa vie à étudier l’Algérie, donnait une explication systémique de la guerre d’Algérie.

La médecine moderne élimine la mortalité infantile. Les populations autochtones se retrouvent en surnombre par rapport aux colons. Peut être, surtout, cela a produit, en 15 ans seulement, un effondrement du niveau de vie. L’économie traditionnelle ne peut plus nourrir la plupart des membres d’une famille, ils doivent partir en ville, où ils sont « clochards ».

Si la guerre a été si longue, cela tiendrait à la constitution de la 4ème République, qui n’était pas adaptée à la situation. Elle ne permettait pas aux belligérants de négocier. Et si elle a été si sanglante, c’est parce que, d’une certaine façon, elle a libéré les instincts animaux des deux camps, qui étaient devenus incontrôlables.

La situation difficile de l’Algérie moderne tiendrait à la durée excessive du conflit. Mais, peut-être aussi, aux tensions qui existent, culturellement, au sein de la société algérienne. Jadis, personne ne sortait de sa tribu sans être armé.

(A voix nue, de France culture, 1995.)

Qu’est-ce que la philosophie ?

J’ai découvert la philosophie sur le tard. J’ai l’impression que la population se divise en trois. Il y a le gros de la population qui vit très bien sans, les experts, qui existent dans des sortes de monades, qui n’ont pas de place pour deux, et ceux que l’on nomme désormais « suiveurs », comme moi, qui admirent sans comprendre.

Je me demande si l’histoire des philosophes n’est pas celle des aveugles et de l’éléphant. Ils érigent en absolu un pan de la réalité. Seulement, à partir de tous les pans, on ne la reconstruit pas.

Il est possible que la philosophie soit un exercice utile au cerveau, un combat contre la sénilité ou contre l’hybris, ou encore contre la paralysie de la décision. Mais à condition de ne pas en faire un « jeu sans fin » ? La maladie du philosophe ?