Vague mathématique

Qu’est-ce qui peut troubler un train de vagues ?

Apparemment, la vague peut-être décrite par une équation mathématique. (Avec beaucoup d’approximations.) De ce fait, ces mêmes mathématiques peuvent être appliquées pour comprendre son extinction. Il en ressort une conclusion curieuse : le phénomène est, en quelque-sorte, périodique, de zéro à l’infini.

Application pratique ? En tous cas, ce qui m’intéresse ici est l’évolution du mathématicien. J’ai le sentiment qu’il se rebiffe. Il défend une vision des mathématiques qui eut un grand succès : les mathématiques qui expliquent la nature.

Mais, il est méconnaissable. Hier, il était Euler ou Gauss : son esprit semblait dominer le monde. Aujourd’hui, il est artisan isolé. Seul dans son coin, il se prend de passion pour une question bizarre pour laquelle il développe des outils complexes, et obtient des résultats curieux.

Les mathématiques sont devenues arts de l’ingénieur. On bricole. Quand on bute sur un problème, on se demande si quelqu’artisan isolé, incompréhensible par ailleurs, n’aurait pas quelque-chose à lui apporter. Et, de proche en proche, on finit par résoudre la question.

Impérialisme russe

La particularité de la culture russe serait que l’impérialisme en est un constituant fondateur. (Concordance des temps.)

Toute la population russe est d’accord sur ce point.

Impérialisme original ? Non seulement il est sans complexe, mais il ne semble pas prendre en compte le colonisé, sinon comme une sorte de sous-homme. Le colonialisme des occidentaux et probablement des Romains prétendait apporter la civilisation ou le progrès, celui des Mongols et des Francs ou des Vikings s’adaptait aux civilisations conquises. Le colonialisme russe, c’est la transformation de l’or en plomb ?

(Le livre de Cseslaw Milosz, dont je parlais il y a peu, n’est pas loin de cette idée : l’intellectuel polonais, alors sous la botte soviétique, se réjouit de ce que son sort va être partagé par la terre entière…)

Réseaux nationaux

India boosts homegrown WhatsApp rival in tech nationalism drive

Financial Times du 13 novembre

Aux temps glorieux du « world wide web », les auteurs américains pensaient que ce serait un moyen de diffuser leur culture, et leur type de démocratie.

Cette idée gagnerait-elle du terrain ? Les cultures puissantes vont-elles toutes développer leurs propres réseaux sociaux ? Conséquences ?

Top officials promote domestic messaging platform as Narendra Modi pushes self-reliance in face of US tariffs

Corruption

A nouveau, il est question de corruption en Ukraine.

Ukraine’s state anti-corruption watchdogs this week revealed an alleged plot to skim some $100 million from the country’s energy sector, involving current and former energy officials, a prominent businessman, several ministers and a former deputy PM. Investigators say the network rigged contracts at Energoatom, the state nuclear operator, skimming 10–15 percent in kickbacks.

Politico.eu du 13 novembre

La corruption est une question culturelle. Il semblerait judicieux que l’on profite de ce que l’Ukraine a besoin de l’aide de l’Europe, pour l’encourager à ramener la sienne à un niveau compatible avec les usages européens.

Marche arrière

Exemple d’énantiodromie ?

E.Macron a appelé son mouvement « la république en marche ». Or, non seulement la république semble arrêtée, mais elle paraît être revenue avant guerre, à l’heure de la 3ème République, alors même que le général de Gaulle pensait nous avoir définitivement guéri de ce mal.

On obtient le contraire de ce que l’on veut, lorsque l’on a cru pouvoir imposer sa volonté à la nature. C’est le mal de l’aveuglement.

BBC

Donald Trump ou l’inflation ? Lors d’un précédent différend avec un média, il ne demandait qu’un milliard de dommages et intérêts. A quand les mille milliards ?

Donald Trump says he will sue BBC next week for up to $5bn

Financial Times du 15 novembre

Voilà qui pose beaucoup de questions.

D’abord, celle de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion.

Ensuite celle de la BBC. Car, elle est en tort. Elle a manipulé de l’information, et ce n’est pas la première fois. L’impeccable BBC n’est plus ce qu’elle était. Non seulement elle a perdu son éthique professionnelle, mais elle semble victime de curieux scandales internes. Elle ne paraît pas faire ce qu’elle prêche aux autres. Est-elle la seule dans ce cas ? Laisser-aller général ? N’aurions-nous pas besoin de retrouver un rien de rigueur intellectuelle ?

Et finalement celle de la justice. Car M.Trump utilise une tactique qui lui a servi toute sa vie : je peux vous ruiner en frais de justice. Une telle justice n’est plus une justice.

Association de malfaiteurs

Affaire Sarkozy : il n’y a pas de preuves, c’est un coup monté, me dit-on. Ce qui m’ennuie dans ce genre de propos est que c’est une attaque contre la justice. Or, que sommes-nous sans justice ? Ce qui est en train d’arriver aux USA ?

En fait, ce que j’avais entraperçu était probablement erroné : il était dit qu’il avait été condamné sans preuves. Or, il a été condamné pour « association de malfaiteurs ». Dans ce cas, il ne faut que des présomptions. C’est une loi « de droite » (selon wikipedia, elle remonte à Napoléon, mais a été révoquée par le gouvernement Mitterrand, et rétablie par le gouvernement Chirac). Sa justification tient au terrorisme. Dans ce cas, il est souvent impossible de prouver quoi que ce soit. Et il faut, dans la mesure du possible, agir avant le crime. Ce que nous rappelle l’anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 – qui auraient peut-être pu être évités, d’après ce que je lis.

Ce qui demeure est la personnalité de la présidente de la Cour qui a condamné le président de la République : elle avait manifesté contre lui, il y a des années. Dans le cas de présumés terroristes cette question ne semble pas se poser. Le peuple est unanimement d’accord pour les condamner. Justification de ce type de loi : « voix du peuple, voix de Dieu » ?

On en arrive à un dilemme : l’obsession de la justice est d’éviter quasiment à tout prix de condamner un innocent. Ce principe profite au coupable, en particulier lorsqu’il est riche, et que le coup qu’il a fait ou qu’il compte faire est grave, car il a les moyens de supprimer toutes les preuves. Ce qui peut conduire certains à vouloir se faire justice eux-mêmes. La bonne justice n’est pas une question de règles, mais de discernement ?

Monique Lévi-Strauss

Monique Lévi-Strauss est une charmante dame de 99 ans, qui s’exprime avec le mot juste, ce qui est rare, actuellement.

Elle fut l’épouse de Claude Lévi-Strauss. Elle est fille d’un ingénieur belge, ayant commencé à travailler à 6 ans, et devant son ascension sociale à la guerre de 14, qui lui valu, en échange d’en avoir réchappé, de faire des études qui l’ont amené à Harvard, et d’une mère juive de nationalité américaine. Elle a commencé sa vie dans la « judéo Passy » de la bourgeoisie juive progressiste, avant que son père n’emmène sa famille en Allemagne, en 1940, pour qu’elle apprenne l’Allemand !

Cela lui a peut-être sauvé la vie. Car, là-bas, personne ne savait qu’elle était juive. Elle a connu la faim, les bombardements quotidiens, mais y a fait toutes ses études. Elle en rapporte une « contre histoire » de l’Allemagne, une histoire de solidarité et d’entraide, entre personnes qui réprouvaient le régime, mais craignaient pour leur vie.

De retour en France, après un passage aux USA, elle a côtoyé les existentialistes, qui semblent avoir été d’horribles machos, pour qui la femme était un objet. Puis elle a dû à ses talents de traductrice de rencontrer Jacques Lacan, puis Claude Lévi-Strauss, qui traversait une mauvaise passe, et qu’elle a guéri d’une hypoglycémie, qui le rendait irritable, et lui avait peut-être coûté ces deux premiers mariages.

Elle est surtout un témoin d’une époque oubliée.

(Origine : France culture.)