Mauvais temps pour l’Europe

L’UE est dans une curieuse situation. C’est un « machin » informe, qui n’a rien de démocratique, et dont l’électeur utilise ce qui lui reste de mécanisme démocratique pour manifester son mécontentement contre son gouvernement.

Mécanisme, d’ailleurs, bloqué par un parasite, pro Poutine, la Hongrie. Un Poutine, peut-être famélique, mais finalement très efficace dans sa lutte suicidaire contre l’Occident, puisqu’il pourrait infiltrer au capitole un autre de ses alliés : Un Trump rendu fou-furieux par ses aléas judiciaires.

A cela s’ajoute un moyen-orient en ébullition.

Si bien que la cigale, qui s’est bercée des illusions des miracles de l’économie de marché et de la globalisation, et a donné pour un plat de lentilles tout son savoir-faire à ceux qui veulent sa peau, va se retrouver seule, et sans armes, pour défendre l’idéal de la démocratie.

Ce qui ne tue pas renforce ?

Dessine moi un train

L’université d’Oxford a demandé à l’intelligence artificielle de concevoir le réseau ferroviaire idéal, en particulier qui ne présente aucune chance d’accident.

Réponse de la machine : un réseau sans trains. (Nouvelles de la BBC, hier matin.)

On en doutait, mais, au fond, l’IA a beaucoup plus de bon sens qu’on ne le pense ?

(Les chercheurs, eux, en ont conclu que l’IA n’était pas prête de prendre la place de l’homme.)

Elections en Grande Bretagne

Depuis quelques temps, on entend que M.Sunak va déclencher des élections cette année. Il va évidemment les perdre. Mais cela devrait être un grand soulagement, pour lui, car sa situation est intenable. Le parti travailliste est extrêmement divisé entre des extrêmes exceptionnellement extrêmes, et le pays est mal en point. Economie en panne, et grèves permanentes. Dans ces conditions, il est bien mieux d’être dans l’opposition. Décidément, M.Sunak est un sage ?

L’opposition actuelle semble appartenir à la tendance Blair. Vu de loin, il est difficile de distinguer MM.Starmer et Sunak. Comme un gouvernement de gauche devrait, de toute manière, être plus généreux pour le peuple que les conservateurs, et que le problème du pays est son économie, on ne voit pas comment la situation ne pourrait pas empirer.

Au fond, on a beaucoup critiqué Mme Truss, mais, dans ces conditions, seul le geste d’un désespéré est rationnel ?

(Ou faire ce que fit Roosevelt : je ne sais pas où je vais, mais ce que je sais est que ce que l’on a fait jusque-là ne marche pas, il faut expérimenter ?)

Brave new world

J’ai lu Le meilleur des mondes alors que j’étais adolescent. Depuis, j’étais convaincu qu’il était aux USA ce que 1984 était à l’URSS. Il y a quelques temps, on m’a dit que je me trompais. Effectivement, un personnage s’appelle Lenina, un autre Marx. Pas très américain, même si l’on compte les ans à partir de « Ford ».

Seulement, le livre a été écrit en 1931. On ne connaissait pas encore Staline en Occident. L’URSS d’alors ne devait pas sembler à ses contemporains très différente de la France révolutionnaire à l’aristocrate anglais de la fin du 18ème : un régime aux idées dangereuses par leur sulfureuse séduction, mais pas le Goulag et le règne de la terreur.

En me re penchant sur le livre, j’en suis arrivé à faire l’hypothèse qu’Aldous Huxley envisageait une convergence des modèles américains et soviétiques. Un communisme de la grande consommation. Automatisation et société du loisir. Les deux modèles ayant, au fond, un objectif semblable. En cela, il semble retrouver le cauchemar de Tocqueville, la peur d’une dictature de la masse. (La dictature du consommateur ?) Une humanité inculte et décérébrée. Du pain et des jeux. L’anti-thèse de l’aristocratie.

Ce qui est frappant est le parallélisme des histoires russes et américaines. Après guerre ce sont deux technocraties. Aujourd’hui, elles sont dominées par l’inculture crasse de l’oligarque russe ou du patron du GAFA. Ce modèle a gagné le monde. La massification de l’enseignement supérieur en a abaissé terriblement le niveau. Il n’y a que les universités d’élite anglo-saxonnes qui semblent avoir résisté.

Il y aurait, donc, effectivement, une tendance à l’égalité des conditions (car ce qui les séparait était la formation initiale, qui est un conditionnement). Mais pas, nécessairement, à l’abrutissement. Avons-nous reculé pour mieux sauter ? Peut-être avons nous à inventer l’aristocratie de masse ?

Homo mercator

Jean-Jacques Hublin « L’image que l’on a des Néandertaliens, et d’autres formes archaïques, est celle d’espèces qui sont très bien adaptées à leur environnement, et qui ont des technologies parfois assez complexes. Mais, en même temps, on ne discerne pas ces échanges à grande distance que l’on va avoir tout de suite à l’arrivée en Europe. Pratiquement immédiatement, on voit que l’on a affaire à des groupes qui, même s’ils sont en petit nombre, appartiennent à des réseaux géographiques assez étendus. Je pense que l’on sous estime peut-être le côté complexité sociale. »

Carbone 14 de France culture

Et si le propre d’homo sapiens, son avantage concurrentiel, était la société, le « réseau social » ?

(Il se croit un lion alors qu’il est un mouton ? Mais peut-être que pour être un bon mouton, il faut se croire un lion ?)

Domination du langage

Le langage est un outil de domination. Application pratique.

Très ancien thème. Les Anglo-saxons parlent de « moment thucydidien ». Lorsque l’individualisme gagne une société, le vocabulaire est détourné de son sens. Thucydide l’avait remarqué, il y a 2500 ans.

Non seulement, les mots disent le contraire de leur sens originel, mais ceux qui les utilisent font aussi le contraire de leurs intentions affichées : ils veulent asservir, en accusant les autres d’asservissement.

Ce que ce phénomène a de regrettable n’est pas tellement lui-même que la réaction qu’il provoque. Rien de mieux pour vous amener une dictature bornée. Malheureusement, en 2500 ans, les sociétés ne sont pas parvenues à se guérir de ce mal.

Passions

Les passions comme maladie de l’homme sont un des grands thèmes de la philosophie. (Voir Les passions de l’âme, de Descartes, par exemple.) Que l’homme soit pris de coup de folie n’étonne personne.

Or, parallèlement, une autre grande thèse est la démocratie. Le règne de l’individu totalement libre. Comme si l’individu était une merveille de sagesse.

A moins que la vertu de la démocratie ne soit justement là : elle ne donne jamais de pouvoir absolu ? La bonne démocratie n’est pas conçue pour la raison, mais pour la folie ?

La police et la manifestation

Centralisé, spécialisé et hautement technologique, le maintien de l’ordre à la française vit, selon Sebastian Roché et François Rabaté, dans la conviction qu’il repose sur un modèle supérieur à celui des autres États démocratiques pour affronter les nouveaux types de manifestations sur l’espace public.

Article de Télos

Une recension d’un livre discutant du traitement de la manifestation par la police.

J’entends beaucoup critiquer la police, et je me demandais ce qu’il en était. Il ressort de l’ouvrage que, contrairement aux pratiques étrangères, la police française est spécialisée, très bien équipée, et tend à répondre à la violence avec plus de violence. Ce qui est fâcheux, car, aux cours des ans, les manifestations sont de moins en moins violentes.

Ce serait apparemment mieux ailleurs. Ce dont je doute, en écoutant ce que l’on dit de la police anglaise.

Il ressort aussi de l’article que les conditions des manifestations ont changé. Elles ne sont plus encadrées par des « organisations », syndicats ou autres (qui avaient leurs propres services de maintien de l’ordre).

Et si, me suis-je demandé, la police n’était ni le problème ni la solution ? Et s’il y avait ici une question de responsabilité collective ? Notre société ne laisse-t-elle pas à la police le soin de régler des questions qu’elle est trop lâche pour regarder en face ? En plus en se permettant de la critiquer ?

Pas étonnant, dans ses conditions, que la police s’isole du reste de la société, avec le sentiment d’être incomprise, et de ne pouvoir compter que sur elle-même ?

Changement et raison

Nous sommes dirigés par des économistes. Or, l’économie n’est qu’un tissu de sottises.

Pourquoi ? Parce que ce sont des théories sorties de la tête d’individus qui ne les ont jamais testées. Et que ce qu’il y a dans notre tête n’a rien à voir avec la réalité.

Si le scientifique n’arrête pas de faire des découvertes, cela en est la cause. A chaque fois qu’il améliore un télescope ou un autre outil, il se rend compte qu’il y a des choses qu’il ne pouvait imaginer. Par exemple, j’ai lu récemment, qu’il n’y avait pas que des « systèmes solaires » dans l’univers. Des planètes se promèneraient sans étoile.

En fait, non seulement il faut vouloir tester, mais il faut vouloir « changer ». C’est ainsi que se révèlent les propriétés de ce qui nous entoure, à commencer par celles du groupe humain.

(Bien sûr, nous finissons toujours par tester les théories des économistes. Comme le disait un oncle, ancien militaire : « une balle perdue est si vite retrouvée »…)

Yin et Yang français

Depuis la Révolution, au moins, l’histoire de France semble obéir au Yin et au Yang chinois. Réflexion sur quelques billets précédents :

Elle connaît, alternativement, des phases d’exubérance idéalistes, qui se terminent par le chaos, voire la terreur, suivies de remises en ordre autoritaires, et matérialistes, qui finissent dans un ennui qui provoque, dans un grand bâillement, le réveil de l’élan vital révolutionnaire. Dans les premières, les intellectuels sont aux avant-postes. De ce fait, ils écrivent l’histoire, et vouent aux gémonies les secondes, dirigées par des « bonnets de nuit ».

Les révolutions, elles-mêmes, ne sont pas ce que l’on lit. Leurs causes paraissent la plupart du temps matérialistes. On se révolte pour avoir du pain. Quant à l’injustice, qui est leur raison officielle, comme le disait déjà Tocqueville, elle semble plus souvent fantasmée que réelle.

Au fond, l’intellectuel sert la fiction nationale : le Français préfère dire qu’il se révolte pour un idéal, alors qu’il le fait pour ses intérêts matériels ?