Le bug démocratique

En lisant les Mémoires de De Gaulle, j’en viens à penser que, quoi qu’on en dise, il nous a rendu un fier service.

Car la 3ème République était une clownerie. La durée de vie des gouvernements se comptait en mois. Et la politique n’était que petite manigance minable, à l’image de ce que l’on voit aujourd’hui aux USA. La France était la risée du monde. De Gaulle a créé une dictature, mais, au moins, elle garde le cap. (Certes, mauvais.)

Je crois qu’il y a là le bug de nos démocraties. En effet, si l’on reprend les travaux qui sont à leur origine, ils disent que l’homme est enchaîné. (Ce qui est une hypothèse culturelle, pas un constat scientifique.) Il faut le protéger. Le seul but des démocraties est donc la liberté individuelle. Et l’élu est supposé être « représentatif ». Mais représentatif d’intérêts individuels. Et l’intérêt général, dans cette affaire ? dit de Gaulle.

La Russie et la Chine ont une vision gaullienne de la chose. Ce qui compte pour elles, ce n’est pas l’individu, mais la grandeur de la nation. Au fond, on parle des « nationalismes » de 1848 au sujet des démocraties, mais c’est une erreur. Seuls les Etats non démocratiques sont réellement « nationalistes ». Ils sont la propriété d’une personne qui, comme de Gaulle, en a une « certaine idée ». Et qui veut les faire admirer. Eventuellement de force.

Culture slovaque

Tentative d’assassinat du premier ministre slovaque, hier. Précédent consternant ?

Je lis ceci :

How did it come to this? My colleague Tom Nicholson considers how Slovakia became so divided between liberals and traditionalists, democrats and thugs, tolerance and hatred, that political differences are now being settled with extreme violence. Well worth your time.

Politico.eu

D’où je déduis que l’assassinat est une pratique culturelle de la Slovaquie, comme le « mass shooting » aux USA.

Décolonisation

C’est curieux comme notre société tend à tout rendre confus. La plupart des questions dans lesquelles elle est empêtrée pourraient avoir des causes simples.

Je lis les Mémoires de De Gaulle, et il y parle de décolonisation.

Roosevelt a un plan. C’est déjà la « soft power » de Madame Clinton. Pour lui, les nations européennes sont des « has been ». Elles n’ont rien compris à l’avenir. Cet avenir c’est le mode de vie américain. Il faut leur retirer leurs colonies, pour que celles-ci deviennent des clients des USA.

De Gaulle pense aussi que la décolonisation est inévitable. Mais il aimerait que ses colonies restent associées à la France. C’est une question de culture. Mais plus de rayonnement que de business. Ou même de domination du monde. Il ne semble pas jaloux des colonies des autres : il ne paraît pas comprendre qu’ils ne se défendent pas mieux.

Ce qu’il a en tête n’est probablement pas le Commonwealth anglais. Sans transfert de « savoir-faire », signifiant, au moins pendant un temps, une étroite proximité avec le colonisateur, un ex colonisé ne peut pas tenir sa place dans le monde moderne. La « soft power » n’est pas suffisante. Comme on le constate.

En tous cas, les uns et les autres semblent avoir été guidés par une « certaine idée » du changement, qui n’a pas grand chose à voir avec la complexité du monde ?

Morale et complexité

Drôle de De Gaulle. Je lis ses mémoires et je le découvre telle qu’on ne l’imagine pas.

Les Américains lui expliquent qu’il doit choisir son camp. Il y a le bien et le mal. Les communistes, d’un côté, et eux, de l’autre. Il leur répond qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Sous l’URSS, il y a la Russie. Elle est éternelle. Et elle n’a aucun intérêt à attaquer l’Occident. Il veut donc favoriser la détente. C’est ce qu’il dit, d’ailleurs, aux dirigeants russes.

Curieusement, il est très proches des thèses de la jeunesse gauchiste. Non seulement, il veut la détente, et, en conséquence, il critique la guerre du Vietnam ! mais il milite pour éliminer les matériels lanceurs d’armes nucléaires, le meilleur moyen, selon lui, d’éliminer la production de celles-ci. (Effectivement, si on ne peut plus les lancer, elles ne sont plus utiles qu’au suicide.)

De Gaulle me semble illustrer les travaux d’Edgar Morin. La pensée de l’Américain et de l’intellectuel est « morale », elle est « simplifiante » : il y a le bien et le mal. Les deux étant précisément connus. La pensée de De Gaulle est « complexe ». Il n’a pas d’ennemi. Il n’y a que des gens qui ont leurs propres intérêts. Ce qui est tout à fait respectable. Mais ce qui exige aussi de se faire respecter.

Monde quantique

La découverte de la mécanique quantique aurait produit une transformation du monde bien supérieure à la révolution industrielle. Car nous sommes quantiques : il n’y aurait pas de laser, d’électronique, donc de smartphone, d’ordinateur, d’Internet et de numérique, sans mécanique quantique.

Je n’en avais pas conscience.

D’ailleurs, c’est un paradoxe. Car la mécanique quantique nous reste toujours en travers de la gorge. L’émission qui m’a fait écrire ces phrases (la science cqfd, de France culture) faisait entendre Louis Leprince-Ringuet qui disait, d’ailleurs, que ses élèves polytechniciens avaient beaucoup de difficultés avec la mécanique quantique, alors qu’ils n’en avaient pas avec la relativité.

Autre paradoxe : les découvertes ont immédiatement conduit à des applications. Ce qui montre peut-être que nous sommes avant tout pragmatiques.

C’est Einstein qui semble personnifier le mieux le trouble que suscite le quantique. Planck a eu l’idée de proposer une modélisation quantique pour résoudre une énigme. Einstein a pensé qu’il y avait une réalité derrière cette modélisation. Ce qui lui a permis d’expliquer le phénomène photo-électrique. Du coup, il a montré la voie à la physique. (Ce qui ferait de lui le véritable père de la physique quantique. Avec, de surcroit, la découverte de la dualité corpuscule – onde.) Mais, au même moment, il s’est dit que ce qu’il avait trouvé était impossible, sans quoi le monde serait absurde.

Mille feuille

J’ai découvert récemment le « mille feuille ». C’est ainsi que l’on caractérise l’Etat français. Chaque réforme ajoute des étages à l’Etat, sans en enlever. L’édifice est devenu kafkaïen. Faire la moindre démarche demande du génie, ou rend hystérique.

Cela me rappelle ce que me disaient des Siciliens. Eux aussi ont une bureaucratie kafkaïenne. Mais il y a un moyen de rendre les actes publics instantanés : laisser entendre que l’on connaît quelqu’inquiétant personnage de l’ombre.

Une bonne idée ? Un article en donne une autre. Ne pas toucher à l’existant, on a vu ce qui résultait des réformes, mais reconcevoir le dispositif en partant d’en bas, et, à chaque étage, se demander ce qu’il peut, ou non, faire. L’étage supérieur correspond à ce qui n’est pas possible de faire par l’étage inférieur.

Simple bon sens ? Ou révolution copernicienne ? Car cela renverse la logique française selon laquelle l’inférieur dans la hiérarchie sociale est un assisté sous tutelle.

Vive la Catalogne…

Election en Catalogne. Mauvaise gestion de cette très riche région par les partis indépendantistes, au pouvoir. Les électeurs les mettent en minorité.

Mais, le gouvernement du pays dans son ensemble ne tient que grâce à eux. En conséquence de quoi, ils lui disent : soit vous nous laissez gouverner la Catalogne, soit on vous fait sauter.

Intéressante conséquence imprévue de la démocratie.

(D’après les informations de Politico.eu, hier.)

Science et patience

AI-powered drug discovery demands investor patience
Machine intelligence is not yet a substitute for the experimentation that underpins understanding of a disease

Financial Times, 12 mai

A côté des messages triomphalistes, exploits isolés montés en épingle, il y a la réalité, qui l’est moins. (Et le FT qui semble avoir un esprit un peu plus critique que celui de sa profession.)

Les désirs du spéculateur ne sont pas des ordres pour la nature… Et l’IA n’a pas encore remplacé le scientifique. Et si le scientifique s’intéressait à l’IA ? S’il essayait de la comprendre, avec ses forces et ses limites ? Et s’il lui apportait son intelligence, et ses travaux venus d’autres disciplines ? Peut-être alors que la recherche médicale, et la recherche en général, y gagnerait ?

Immobilier et immigration

En Angleterre, la population croît si vite qu’il n’y a plus de quoi la loger (les informations de la BBC).

L’immigration ajoute, chaque année, 1% de plus à la population. Difficile de tenir le rythme, me dis-je. D’autant que cela doit produire un cercle vicieux : la pénurie de logements fait augmenter leurs prix, alors que ceux qui cherchent à se loger, immigrés ou autochtones, son pauvres.

Voilà une conséquence imprévue de l’immigration. On se dit qu’elle fournit une main d’oeuvre à bon marché, alors qu’elle a aussi un coût. Le laisser-faire a des limites.

(La pression doit être identique, d’ailleurs, sur le secteur public : NHS, écoles, etc.)

Insultes

J’ai été traité de tous les noms.

« D’HEC », par mes camarades centraliens, pour mon art, de bateleur, de la présentation de business plan. De « polytechnicien », par les HEC, autrement dit de monstre froid. Et même de « normalien » (option philo), pour mon inquiétante manipulation de concepts abstraits.

La seule fois que l’on a voulu me faire un compliment (un de mes patrons), on m’a dit que je ne ressemblais vraiment pas à un centralien. Et, que l’on ne m’ait jamais traité d’énarque, prouve que, malgré tout, je ne suis pas absolument haïssable.

Morale ? Il y a quelque-chose qui ne va pas dans notre société. Elle veut nous donner des titres, et ceux-ci sont retournés contre nous. A bas les privilèges ?