Ensemble, on va plus loin

« Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Si je comprends bien, ce serait la devise des « phryges ».

J’ai découvert cette phrase, il y a 5 ans, lorsque j’ai commencé l’étude qui a mené à la création de l’association des interpreneurs. Elle semble dans l’air du temps.

Ce qu’il y a de surprenant est que, pour une devise olympique française, elle est d’une faible qualité littéraire. Aussi, elle ne colle pas trop avec l’esprit des jeux, qui est le chacun pour soi. Que le meilleur gagne ! Et encore moins avec celui de nos gouvernants, « élite » ultra individualiste.

Signe du changement ? L’idée précède l’acte ?

(Et le changement, c’est toujours pour les autres ?)

Complot

Un des marronniers des radios intellectuelles est l’explication des raisons des « théories du complot ». Coup sur coup, émissions de France culture et de la BBC.

Curieuse gloire du complot. Il était connu depuis longtemps, mais il a été remis au goût du jour il y a peu. Généralement, il est associé à « populisme ». L’intérêt pour les « théories du complot » ressortirait-il lui-même de la « théorie du complot » ?

L’émission de la BBC (qui traitait de « l’ignorance », un thème qui plaît à ce blog !) faisait une remarque surprenante : celui qui croit à la théorie du complot est particulièrement bien informé. Il étudie sérieusement son sujet. C’est un expert. D’où le paradoxe : celui qui ne croit pas au complot, ne fait que suivre la pensée collective !

Ce qui me surprend toujours, c’est que l’on ne se demande pas ce qui pourrait expliquer la croyance au complot, sinon quelque maladie du cerveau. Or, que faudrait-il pour que l’on trouve derrière le réchauffement climatique une combinaison malfaisante ? Et le Marxisme et son capitalisme ? Et le père des idées de Marx, Hegel, qui dit que l’humanité est « aliénée » ? Et les « limites à la croissance », ancêtre du « réchauffement climatique », qui affirme qu’elle est aux mains d’un principe fatal (la croissance) ?…

Comment se tire-t-on du complot, au fait ? L’émission de la BBC m’a remémoré une histoire racontée par Daniel Cordier. Daniel Cordier était à la fois résistant et antisémite. Ce qui l’a guéri de son antisémitisme a été l’expérience : voir de pauvres gens porter l’étoile jaune.

Le complotisme serait une pathologie de la raison : la théorie coupée de la réalité ?

Phryges

Je viens de découvrir un nouveau nom : Phryges (au pluriel, apparemment). C’est un néologisme qui viendrait de « bonnet phrygien ». C’est le nom des mascottes des Jeux Olympiques de Paris.

D’après Wikipédia, elles seraient une évocation plus ou moins subliminale du clitoris, en réaction au symbole phallique de la tour Eiffel, et seraient fabriquées en Chine.

Toute la France en un symbole ?

La force des démocraties

Max Weber prévoyait un avenir « désenchanté » car rationnel. L’humanité, grâce à la science, a trouvé la seule voie possible.

Je me demande, au contraire, si le seul Etat durable n’est pas une sorte de chaos créatif. Cela tient à une considération quelque-peu rationnelle, tout de même : si, contrairement à l’hypothèse implicite de Max Weber, l’on part du principe que l’avenir est incertain, la « bonne stratégie » est la résilience apportée par la capacité d’adaptation.

Cela semble être la force des démocraties, lorsqu’elles sont en bonne forme. Elles font énormément d’erreurs, mais elles créent tellement de richesses que tout leur est pardonné, parce qu’elles ont ce que l’on appelle en franco-américain la capacité à « pivoter » ?

Mais pour cela, elles doivent être, contrairement à M.Poutine et à notre « élite » de bonnets de nuit moralisateurs, « anti chiantes » ?

Se diriger dans l’incertain

Exogiinocène

Notre temps est celui de la prise de conscience. Nous découvrons que nos pères ont commis des erreurs fatales, que, dans le meilleur des cas, nos enfants vont devoir payer.

Il est beaucoup question du climat, mais il y a peut-être pire. Sideways, de BBC4, étudie l’éthique de la conquête spatiale. L’émission se demandait : s’il y a de la vie partout, pourquoi n’en voyons-nous pas la lumière ? Réponse : parce que la vie est un danger pour la vie. Pour vivre heureux, les autres vivants vivent cachés ?

Et nous ? Trop tard ! Nous produisons quantités d’émissions depuis des siècles. Bientôt, l’humain sera-t-il sous la coupe d’Elon Musk extra-terrestres ? Il coupera la lumière, et règlera la crise climatique ?

De l’utilité du chef d’orchestre

Pendant longtemps, la Belgique n’a pas eu de gouvernement, et elle s’en est très bien portée, me disait un ami. Et s’il en était de même de la France ? Notre classe politique ne semble plus préoccupée que d’elle-même. De même que notre président. Mais la France continue à travailler comme si de rien n’était.

Notre situation actuelle met au grand jour ce que je constatais dans mon dernier livre : l’Etat est tellement pris dans ses contradictions que l’on ne peut rien en attendre. A nous de prendre notre sort en main.

Mauvaise nouvelle ?

Heidegger à la radio

De l’utilité d’une émission de vulgarisation pour connaître un philosophe ? En l’occurence, il s’agit de Heidegger et des Chemins de la philosophie de France Culture.

Premier constat. Tentation regrettable : ramener le philosophe à nos préoccupations quotidiennes. Or, Heidegger est supposé avoir renversé cul par dessus tête la pensée occidentale !

Ensuite, on ne peut comprendre une personne, si l’on ne comprend son milieu : Heidegger appartient a la phénoménologie. Son sujet, « l’être », en est un exercice. Dès que la phénoménologie se penche sur quelque-chose, c’est pour dire qu’il a été mal pensé jusque-là.

Du coup, cela pose la question de savoir en quoi notre conception de « l’être » peut changer notre façon de concevoir le monde, nos actions, et le cours de l’histoire. En quoi Socrate (ou Platon), qui est l’inventeur de notre pensée moderne, a été un révolutionnaire, et pourquoi, peut-être, nous a-t-il fait commettre une erreur systémique, dont nous pourrions être en train de nous mordre les doigts.

Je n’ai pas eu de réponse.

Elle tient peut être à ce que Socrate croit comprendre le monde. Les idées sont à l’intérieur de nous, il suffit de les chercher dans la solitude de sa chambre. Pour Heidegger, le monde « en tant que tel », se révèle, au contraire, lorsque l’on abandonne les illusions qui sont notre quotidien. La réalité sort de la prise de conscience du néant, c’est-à-dire, peut-être, de la découverte que ce à quoi nous croyons ne tient pas debout. La raison d’être de l’être, c’est de chercher ce sens. (Ce en quoi il s’oppose à Socrate et à Pascal, qui croient qu’ils l’ont trouvé.)

(On notera au passage que le « monde en tant que tel » ne signifie pas nécessairement qu’il existe une réalité ultime accessible à nos sens. Pour le phénoménologue, le monde est le fruit de l’intersubjectivité transcendantale. Autrement dit, il résulte d’un travail d’interprétation fait en commun. On peut donc voir le changement proposé par Heidegger comme passage d’une interprétation du monde qui ne donne pas de bons résultats, à une autre, plus efficace.

Application pratique ? En ce moment, notre humanité traverse une phase d’angoisse existentielle. Elle comprend avec horreur que ses fondations sont malsaines. Et si c’était une bonne nouvelle ? Le signe qu’il faut partir à l’aventure à la recherche d’un « monde vrai » ?)

La phénoménologie de Husserl pour les nuls

Uncanny

« Ghostly » disaient les nouvelles de la BBC, ce matin. Paris ressemble à une ville fantôme. Est-ce que les 600.000 tickets qui n’ont pas été vendus ne vont pas se voir à la télévision ? s’inquiétait-elle, en outre.

Il était question d’une grande « surprise. On parle aussi de jeux écologiques pour la première fois dans l’histoire, et une autre émission de nouvelles de la BBC expliquait que les champions n’auraient pas droit au fast food, mais à la cuisine Michelin. (Ce qui était annoncé du menu m’a soudainement fait trouver des vertus au MacDo…)

M.Macron et Mme Hidalgo retrouveraient-ils la tradition de MM.Louis XIV et de Gaulle ? Ils veulent faire ces jeux à leur image, divine ? Et changer leur nature (qui est celle de jeux !) ?

L’émission commençait par une Marseillaise étrange. Elle m’a fait penser à la « uncanny valley » dont on parle en robotique : lorsque la ressemblance entre l’homme et le robot est presque parfaite, mais pas tout à fait, le robot prend une allure inquiétante. M.Macron et ses jeux ne s’aventureraient-ils pas dans cette « uncanny valley » ?

(Je ne sais pas traduire « uncanny ». Y a-t-il un équivalent en français ? J’ai l’impression qu’on l’emploie au sens d’inquiétant et peut-être même de surnaturel… Ce qui rend mal à l’aise l’étranger, lorsqu’il rencontre un président français, c’est que celui-ci n’est plus tout à fait humain ?)

Macronite

J’ai toujours tort. Je n’en ai jamais autant conscience que lorsque j’anime un travail de groupe. (Ce qui m’arrive plusieurs fois par semaine.)

L’intelligence collective a quelque-chose de curieux : elle projette l’esprit de l’individu dans « l’inconcevable », dans une sorte d’espace sidéral. Travailler avec un groupe, c’est comprendre ce que veut dire « complexité ». Autrement dit les limites terrifiantes de l’esprit individuel.

Pascal disait que le « malheur des hommes vient de ne pas savoir rester en repos dans une chambre », il me semble surtout qu’il vient de ce qu’ils ne savent pas travailler en équipe. S’ils y parvenaient cela leur apprendrait que les idées qu’ils formulent dans la solitude de leur cerveau sont des illusions minables, et que le monde est infiniment plus merveilleux que celui de Socrate ou de Platon.

Intersubjectivité transcendentale

Après la dissolution, je me suis demandé ce que l’on pensait ailleurs de notre situation.

Paradoxalement, les opinions étaient partout les mêmes.

J’ai fini par croire que nous étions victimes « d’intersubjectivité transcendentale ».

La presse occidentale est aux mains d’un groupe de gens qui ont la même formation, et la même « culture » (au sens anthropologique). Ce groupe ne donne pas de nouvelles, il nous explique sa vision du monde.

C’est un obstacle au changement. Car le changement c’est imaginer « autre chose ». Une « autre chose » qui n’est pas l’opposé du système existant, mais plutôt un « juste milieu » entre lui et son opposé ?