Désordre public

Après le feu et le sang, la Grande Bretagne semble rentrer dans l’ordre. Vendredi dernier la BBC attribuait ce succès aux mesures fermes du gouvernement, en particulier à la comparution immédiate. (Cela tombe mal : le dit gouvernement avait décidé de vider les prisons ?)

On ne s’interroge pas sur les causes des troubles. On parle de groupes « d’extrême droite ».

Je soupçonne que le commissaire Haroune dont parle un précédent billet ne serait pas d’accord. Je me demande s’il ne pense pas qu’il se produit chez nous et en Grande Bretagne un phénomène dont j’ai parlé au sujet de la Suède : il existe désormais des populations totalement « désocialisées ». Elles profitent des troubles.

Dans ces conditions, le problème à résoudre serait de trouver le moyen d’éviter cette désagrégation du pays. Le commissaire Haroune pense à recréer un « ascenseur social » scolaire. Je me demande si, comme on le dit aux USA, il ne faut pas aussi veiller à recréer des « emplois dignes ». Et ce en favorisant le redémarrage d’une économie traditionnelle, qui n’a pas eu jusque-là la faveur de la mode.

(Traditionnellement, l’intégration de l’immigration – et peut-être de toute la population – s’est faite en France par l’école et l’emploi…)

Tentation criminelle

Il y a des paroles qui me rendent fou.

Coup sur coup, j’ai entendu la même déclaration, péremptoire et révoltante, à la BBC et chez France culture : des gens intelligents et estimables décréter que si leur Etat respectif ne parvenait pas à se réformer, c’est parce que ce n’était pas dans l’intérêt de certaines personnes. L’un disait même : il faut changer les hommes.

Toute mon expérience affirme le contraire. Et il n’y a pas besoin de mon expérience pour le savoir. Partez en Allemagne, et vous verrez que, bien vite, vous, piéton, ne traverserez plus les rues au feu rouge. Embouteillage ? Pas besoin d’apprendre aux automobilistes à conduire, il suffit que quelqu’un règle la circulation.

Notre comportement est dirigé par les règles que suit le groupe auquel nous appartenons.

Si ces gens éminents ne me croient pas, pourquoi ne lisent-ils pas les travaux des sociologues américains (en particulier) ? Pourquoi eux, si intelligents, si instruits, s’en remettent-ils au « on dit » ? Irrésistible théorie du complot ?

Néocolonialisme

On me parlait d’un « manager » qui s’installait en Amérique du sud. Il continuait à travailler en France. Mais la vie était plus agréable là-bas.

Il est difficile de comparer les mérites de deux personnes. En dépit de cela, il arrive souvent que l’une gagne beaucoup plus que l’autre. C’est ainsi qu’il y a encore un siècle, les Anglais s’installaient en France, parce que le coût de la vie y était faible.

Cette différence de pouvoir d’achat peut amener l’un à vouloir exproprier l’autre. Néocolonialisme ?

Cet écart de traitement est tolérable à condition qu’il ne cause pas de trouble à l’ordre public ? Que chacun reste chez soi ?

Abdelkader Haroune

Hasard de France Culture. Une ancienne émission d’A voix nue consacrée au commissaire général Abdelkader Haroune.

A l’écouter, on a envie de fusiller ceux qui nous disent ne pas comprendre le mécontentement populaire, puisqu’il n’y a pas eu de baisse de pouvoir d’achat. Le commissaire vit à Roubaix. Et il décrit une situation effrayante. 50% de la population locale est sous le seuil de pauvreté. Drogue et massacre en famille. C’est atroce. Mais, depuis quand la France est-elle comme cela ?

Lui même se dit le produit de l’ascenseur social. Mais son ascenseur n’a rien à voir avec celui qu’a connu mon père, Camus ou Bourdieu. D’ailleurs, s’il y en a un, c’est celui de l’armée, pas de l’Education nationale. Car si sa famille, et son père harki, se sont tirés d’Algérie en 62, sans se faire égorger, c’est grâce à la solidarité des militaires. S’il a trouvé un emploi, c’est grâce à un pied-noir. Et c’est encore l’armée qui a fait entrer les frères ainés du commissaire dans la gendarmerie.

Quant à lui, il a été peu servi par l’Education nationale, pourtant si bien pensante ! Lorsqu’il demande à faire du latin, on l’inscrit dans une option cuisine. Lorsqu’il doit choisir une seconde, on lui propose une formation professionnelle au métier du textile. Il parvient par miracle à entrer dans une filière générale, la moins prestigieuse, puis à la fac. Et là, surprise : du jour au lendemain, il devient major de promotion. Et il réussit tout ce qu’il passe. Avec le recul, il pense que, s’il avait connu l’ENA, il aurait eu de bonnes chances d’être admis.

Son combat ? C’est l’ascenseur social. Contrairement à ce que l’on a entendu dire, les « violences urbaines » de l’année dernière, effroyables selon lui, ne seraient pas le fait d’un mécontentement populaire, mais de groupes de malfrats. Pour sortir les « banlieues » du chaos, il faut que le talent soit, à nouveau, reconnu.

Analogie

as our digital world has exploded, its costs have as well. Every switch of a digital bit takes a smidgen of energy. And new artificial intelligence systems require huge amounts of computing power. To take just one example, news reports have revealed that Microsoft and OpenAI are planning a $100 billion data center that would suck about 5 gigawatts of power. That’s roughly the output of five nuclear reactors.

Article

En ces temps d’énergie renouvelable, l’intelligence artificielle commence à coûter très cher… Est-elle aussi intelligente que cela ?

Quelle solution envisage l’article ? Remplacer le numérique par l’analogique. C’est à dire, au lieu de faire imiter le cerveau par l’ordinateur, ce que tente l’IA, utiliser des mécanismes ressemblant à ceux du cerveau, pour rendre l’ordinateur efficace.

Le retour de la raison ?

Bonne religion

J’entendais que, en Egypte, un temps, chaque membre d’une communauté religieuse invitait ses amis d’une autre communauté à participer aux fêtes de sa religion.

Les dites fêtes devaient être interprétées comme des traditions respectables.

Comme quoi rien n’est intrinsèquement mauvais. Tout dépend de l’esprit du temps, volonté de puissance ou générosité ?

Panne électrique

Voiture électrique : anatomie d’une chute allemande
En décembre dernier, l’Allemagne a décidé de supprimer les aides à l’achat de véhicules électriques, entraînant une chute des ventes de cette motorisation. Cette décision a entraîné une multitude de conséquences.

La Tribune du 7 août

Avec l’intelligence artificielle, la voiture électrique connaîtrait-elle des difficultés ?

Illustration de la première diapo de mes présentations sur le changement ? On n’obtient pas le changement par la manipulation des esprits, par la morale ou le marketing, mais en s’intéressant à la vie des citoyens ?

Mosco Lévi

Hasards de France Culture. Découverte d’un certain Mosco Lévi, à qui A voix nue a consacré une série d’interviews en 2022.

C’est un réalisateur de documentaires. Sa technique est celle de l’anthropologue. Il vit avec les gens qu’il observe. Dernièrement, il a passé 7 ans en Italie, pour étudier la Mafia. Il attend qu’il se passe quelque-chose. En Italie, il a attendu longtemps. Ensuite, il observe les événements sans savoir vers où ils le mènent.

Voilà qui me plaît bien. Cela ressemble à ce qui m’intéresse dans mon travail. Mais ce n’est pas dans l’air du temps. Nous vivons à l’ère de l’expert et de la certitude. Espérons que Mosco Lévi fera école ?

Le biais du bon élève

J’ai hérité de mon père le biais du bon élève.

Il consiste à penser juste un raisonnement parce qu’on le comprend.

Or, ce n’est pas le raisonnement seul qui fait la vérité, mais ce sur quoi il est basé.

S’interroger sur ses présupposés s’appelle la « critique », ai-je appris (cf. les « critiques » de Kant). Je manque d’esprit critique.

En fait, c’est ma conscience qui joue le rôle de critique. Elle me réveille la nuit. Et je comprends soudain qu’il y a quelque-chose qui ne va pas. Heureux ceux dont la conscience n’a pas été liquidée par l’éducation ! Ce sont probablement eux que Bergson appelle de ses voeux.

Et cela explique probablement pourquoi les bons élèves qui nous gouvernent sont si faciles à manipuler et font autant d’erreurs fatales ?

(Posséder ce biais est un très gros avantage concurrentiel lorsque l’on fait des études, et dans la vie, en général : on raisonne à la vitesse de l’éclair ?)

Effet de levier

Petit à petit, j’en suis arrivé à me demander si l’on ne pourrait pas appliquer ce que disent mes livres au sort du pays.

Le changement est une question de systémique (mon premier livre). Cela a des conséquences majeures, mais simples : 1) pour une raison qu’il reste à expliquer, nous tendons à nous enfermer dans des cercles vicieux (le propre de la raison ?) 2) mais, en sortir est à coût nul, puisqu’il suffit de remettre en cause des certitudes inconscientes…

Et si l’on appliquait cette idée à notre cas ? Je soupçonne de plus en plus que le cercle vicieux suivi depuis des années se nomme « imitation ». L’envers : « développer ce qui nous est propre ». 

Application : un flux d’argent colossal va vers les start-up « numériques », French Tech, et il y a aussi le « Green deal ».

Pas efficace. Le numérique « fait des bulles ». Et les Chinois ont gagné la bataille du Green deal. Conséquence : bonne nouvelle : nous avons l’argent qui nous permettrait de tirer parti de notre patrimoine. (NB. Les Américains sont dans le même cercle-vicieux que nous, d’où, une économie qui ne profite pas à l’Américain ordinaire, et le fait que Trump ait une chance d’être élu ?) 

Seconde bonne nouvelle. L’Etat a cru qu’être libéral signifiait éliminer ses moyens d’action locale (CCI…) et construire une superstructure qui oriente le « marché », ou qui force le peuple à obéir à ses lois. Cela a donné un « mille-feuille » kafkaïen, une école qui reproduit « l’élite », un hôpital dysfonctionnel, une armée ridicule… Reconstruire le dispositif d’en bas, en cherchant à lui faire faire ce qu’il doit, ne coûte rien. Et cela peut faire gagner beaucoup, en supprimant ce qui nuit au citoyen et au chef d’entreprise, donc à l’économie.

Pour mener ce changement, nous avons besoin d’entrepreneurs. Qu’est-ce qu’être entrepreneur ? Ne pas attendre que tout aille bien, que les « autres » fassent preuve de bonne volonté, mais leur montrer la voie. L’entrepreneur est un pionnier, si tout allait bien, il serait inutile.

Soupçons infondés ? L’enquête se poursuit.