L’ingénieur est de retour ?

En interviewant des industriels, je me demande si l’on n’a pas vécu, ces dernières décennies, dans une sorte de parenthèse enchantée, durant laquelle tous les problèmes humains nous ont semblé d’une grande simplicité. Une ère de la parole. On pouvait être un esprit d’élite à bon compte.

Et voilà que revient l’industrie. Et l’industrie c’est la science et la complexité. L’affrontement de l’esprit humain contre ce qu’il ne comprend pas. Et, de temps en temps, un miracle. Une découverte qui permet de grands progrès, inconcevables jusque-là. L’industrie c’est la réinvention de l’ingénieur. Du véritable ingénieur. De celui qu’aimait Jules Verne.

Avis de tempête

Global chipmaking hit as Hurricane Helene disrupts quartz mining
Flooding of US town of Spruce Pine affects production of key ingredient in semiconductor supply chains

Financial Times, le 5 octobre

Surprenant, je pensais que la Chine possédait les composants critiques concernant les techniques d’avenir.

Le bon côté des tempêtes, c’est qu’elles révèlent à la fois des faiblesses et des forces ?

Si l’on veut éviter un « souverainisme » stérile et maintenir de bonnes relations internationales peut-être faudrait-il redécouvrir nos forces et en faire ressentir l’utilité ? Vive les tempêtes ?

Grand froid

On nous annonce un hiver froid. (Cela a bien commencé.) Ce serait une conséquence de El Nino.

Comme les paquets de cigarette, l’information était assortie d’un avertissement : n’oublions pas le réchauffement climatique !

Peut-être serait-il temps de comprendre que prendre les gens pour des imbéciles peut nuire gravement à la cause que l’on défend ?

L’ingénieur au Panthéon

Il y a quelque temps, j’ai rencontré un descendant d’André Citroën, qui voulait envoyer son grand père au Panthéon (eh oui, je fréquente des gens célèbres !).

Un ingénieur au Panthéon ? Ce serait une bonne idée. Surtout en ces temps de réindustrialisation. (Une idée à suggérer à Nicolas Dufourcq, qui veut enlever à l’industrie la marque de Zola ?)

Qui y aurais-je mis ? Eiffel, probablement. Dassault, en cherchant un peu plus. Caractéristique commune ? Ils avaient la tête sur les épaules. Ils furent à la fois de grands innovateurs, mais aussi de formidables et admirables organisateurs.

Citroën fut un polytechnicien qui ne savait pas compter. C’était un homme de paris et de démesure. Avec lui l’entreprise était une sorte d’oeuvre d’art. J’ai d’ailleurs découvert que c’était un joueur de casino. Mais, après tout, pourquoi pas ? L’ingénieur aussi devrait faire l’éloge de la folie ? (De temps en temps ?)

Energie du pauvre

Dans un précédent billet, je disais que le pauvre avait transformé le sport. Non seulement, il était devenu professionnel, mais, aussi, il avait battu tous les records. Il en est de même partout. Le progrès semble avoir besoin de sang neuf.

Actuellement, on est en période de « pénurie RH ». Or, les recruteurs ont découvert que le mal avait une solution quasi miraculeuse : la motivation. Une personne motivée est capable de quasiment tout apprendre ! Et très vite. Pour une société pour laquelle le diplôme est tout, voici un constat déprimant.

Ce qui fait la force du pauvre est probablement cette motivation. Mais aussi la caractéristique de l’autodidacte, qui poursuit toujours des objectifs plus élevés, parce qu’il met au compte de son incompétence son incapacité à les atteindre facilement. Et peut être aussi que, comme c’est le cas pour Martin Eden, vu de loin, ce que possède la classe privilégiée paraît bien plus beau qu’il n’est. Motivation décuplée.

Seulement, tout le monde n’a pas ce type de motivation, et la classe privilégiée, qui, elle, tend à s’endormir sur ses lauriers, cherche souvent à couper les ailes de celle qui ne l’est pas. Et à se reposer sur l’immigration, comme le firent les Athéniens, un temps.

Rien n’est simple ! Mais que donnerait une société d’égaux ?

Droits de l’homme

Clémenceau disait que les droits de l’homme étaient l’apport de la France à l’humanité.

Dans un certain sens c’est une réussite sans précédent. A y bien réfléchir, on ne parle que de ça : la lutte, mondiale, qui se joue est celle des droits de l’homme. D’un côté « l’Occident » de l’autre « le reste global », selon la terminologie à la mode.

Ayant compris la faiblesse de l’Occident, le « reste » joue sur cette corde : je peux vous frapper, mais vous n’allez pas tuer mes femmes et mes enfants, qui ne comptent pas pour moi. (Comme c’était le cas, hier, pour vous.)

Au fond, il est mauvais perdant. Il a essayé d’être occidental, mais il n’y est pas parvenu. Car les « droits de l’homme » sont aussi un jeu qui fait de perdants, et qui, si l’on interprète les travaux de Thomas Picketty, a les même effets que le capitalisme des origines.

Et effectivement, qui se fait exécuter aux USA ? Les pauvres. La justice n’est pas juste ? Où en est le rêve égalitariste de la 3ème république, avec sa laïcité, son ascenseur scolaire, son aménagement du territoire… ? à terre. Et quel est notre quotidien ? Réécriture de l’histoire, et les techniques d’influence. Discours un rien schizophrénique d’ailleurs, qui défend les communautés religieuses mais renie les religions… Tout cela produit un sentiment désagréable. Sans qu’il ait compris ce qui lui arrivait, le peuple se retrouve gros Jean comme devant. D’où un mécontentement irrationnel, la recherche d’un bouc émissaire et, partout en Occident, l’émergence de partis dits « populistes » ?

Encore un effort ? Les droits de l’homme seront effectifs le jour où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme ? Bonne idée, M.Clémenceau, mais il reste encore à en trouver le mode d’emploi ?

Héritage anglais

En écoutant la BBC, on découvre à quel point l’héritage joue un rôle important dans la constitution de la société anglaise.

L’héritage est le principal motif de crime, dans tout bon roman policier. C’est aussi souvent l’argument principal du roman en général, au 18 ou au 19ème siècle, et parfois au 20ème.

En ce qui concerne la noblesse ou la classe aisée, le fils aîné héritait de tout. Lorsque l’héritier en titre mourait, sa fortune allait à un autre mâle. S’il n’avait pas eu de fils, sa famille était, quasiment, à la rue. Contrairement à la France, tout ce qui comptait était le titre, les « quartiers de noblesse » n’avaient aucun intérêt. Ce qui permettait de faire entrer régulièrement du sang neuf dans la famille. D’ailleurs le succès financier, bien ou mal acquis, était récompensé par un titre. L’héritage changeait les vies. C’est un héritage qui a transformé Byron de misérable en poète fêté par la haute société, par exemple. Tant que le tenant du titre était en vie, il était courant que le fils de famille vive dans la précarité, d’autant qu’il avait des goûts de riche, et souhaite la mort de son géniteur.

C’est ce qui a permis à la noblesse anglaise de continuer à conserver ses richesses et à tenir le haut du pavé, alors que la nôtre a dégénéré.

Logique de guerre ?

Le conflit irlandais s’est déroulé de mon vivant. On en parle encore souvent en Angleterre.

Enseignements ? La guerre est un phénomène systémique ? Il n’y a pas de bons et de méchants. La guerre impose ses règles qui font que tout le monde devient meurtrier, traitre, lâche, martyr, etc.

Le plus surprenant est qu’un jour ce cercle vicieux s’arrête. Pourquoi ? Mystère. Il semble que ce qui a mis fin à la guerre entre la France et l’Allemagne soit la prise de conscience par la France (Robert Schuman en particulier) que la seule façon d’éviter à l’Allemagne de nous nuire n’était pas de la punir, mais de s’unir à elle et de mettre en commun, au sein de l’UE, les moyens nécessaires à la guerre. Je ne sais pas ce qui s’est passé en Irlande.

(A quoi servent les pacifistes, dans ces conditions ? En dénonçant des crimes de guerre ne font-ils que jeter de l’huile sur le feu ? Qui veut faire l’ange, fait la bête ? Ne feraient-ils pas mieux de considérer qu’il n’y a pas de bons et de mauvais mais plutôt une commune humanité ? Et de se demander, comme le faisait Durkheim, comme soigner ses « pathologies sociales » ?)

Irrésistible Américain

Les milliardaires américains sont convaincus qu’ils ont abattu tous les obstacles, et que supprimer la mort n’en est qu’un autre.

Mais, ont-ils réellement la puissance qu’ils se prêtent ? Depuis quelques décennies, on vit une succession de bulles spéculatives. L’entrepreneur est avant tout un séducteur d’investisseurs. Amazon en est un exemple. En outre, le gouvernement américain encourage vigoureusement ses entreprises. Où seraient les fusées de Musk, sans lui ?

D’ailleurs, comme le montre l’histoire, le succès n’a qu’un temps. Il change de nature. On n’a qu’une idée dans une vie, si l’on en croit Einstein.

Sans compter que l’on n’a aussi qu’une fois vingt ans, et la folie qui va avec, me disait il y a peu un entrepreneur retraité.

Certitude scientifique

Les physiciens anglais parlant de wormholes (un billet précédent) s’émerveillaient. A chaque fois que l’on utilise un nouvel instrument, le scientifique rencontre des phénomènes inconnus.

Curieusement, ce n’est pas une opinion partagée par les sciences du climat. Lorsqu’il est question d’un phénomène météo bizarre, il est dit, de manière bien appuyée, que c’est évidemment une conséquence du réchauffement climatique.

Les physiciens ont décidément beaucoup à apprendre ?