Vive les colonies ?

Décidément, on n’arrête pas de parler des lauréats du dernier prix Nobel d’économie.

Un de leurs résultats majeurs aurait été de corréler colonisation (occidentale) et prospérité économique.

Lorsque l’environnement a été plus hostile, soit du fait d’une population indigène plus dense et résistante à l’envahisseur, soit du fait de la prévalence de maladies mortelles et dangereuses, les colonisateurs ont été de fait moins nombreux. Ils ont alors mis en place des institutions dites « extractives » pour exploiter les masses au profit d’une élite locale, instituant des droits politiques extrêmement limités. Ceci a été néfaste à la croissance à long terme.

En revanche, les colonies comptant de nombreux colonisateurs – les colonies dites de peuplement – ont développé des institutions économiques « inclusives » qui ont incité les colons à travailler et à investir dans leur nouvelle patrie. Cela a conduit en retour à des revendications de droits politiques qui leur ont donné une part des bénéfices. Ces institutions établissant les libertés économiques fondamentales et l’État de droit ont eu des effets positifs sur le développement économique.

Article

C’était une idée que j’ai eue en écoutant une émission concernant les épidémies. Les maladies des Occidentaux ont tué les indigènes d’Amérique du nord, mais les maladies des Africains ont tué les Occidentaux.

En revanche, il me semble que la colonisation a eu un second effet : en allongeant la vie des colonisés, sans leur apporter le modèle économique du colonisateur, elle a créé la pauvreté. Je soupçonne qu’avant la colonisation occidentale, la vie des hommes était d’une autre nature que celle qu’elle a aujourd’hui. Elle était plus courte, et plus intense.

(On peut noter, au passage, que nos Prix Nobel jugent le développement mondial à l’aune du modèle occidental. Effectivement, celui-ci s’étant imposé, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup d’autres choses à faire que de l’utiliser le mieux possible ?)

Kemi Badenoch

Kemi Badenoch, qui est-ce ? Les conservateurs anglais on un nouveau « leader ». Une femme. Elle est présentée comme à l’extrême droite du parti. Inquiétant.

Je me renseigne chez wikipedia. Elle est nigérienne, et fille d’un médecin et d’un professeur de physiologie. Une Nigérienne après un Indien, l’intégration, en Angleterre, n’est pas un vain mot. Un modèle pour le monde ?

Et ses théories sulfureuses ? Ce que j’en comprends est qu’elle dit que pour devenir citoyen d’un pays, il faut en partager les valeurs, et que, replacé dans son contexte, le colonialisme n’a rien de diabolique. Ce qui semble raisonnable.

Il se trouve que je suis tombé sur une « histoire des idées » de Whitehead. Il écrit à peu près la même chose : la démocratie s’est construite sur l’esclavagisme, c’est grâce à lui qu’elle a pu transformer le monde, et éliminer l’esclavagisme. On ne pouvait probablement pas avoir l’un sans l’autre. La seule chose que l’on puisse faire c’est d’être reconnaissant aux esclaves de nous avoir faits tels que nous sommes.

En fait ce qui n’est pas raisonnable est qu’il y ait là sujet à s’égorger, et non à discussion et à enseignement. Faillite de la raison ?

AirBnB, c’est le vol ?

Airbnb rentals linked to increased crime rates in London neighbourhoods
New research reveals a ‘positive association’ between the number of properties listed as Airbnb rentals and police-reported robberies and violent crimes in thousands of London neighbourhoods.

The study suggests that a 10% increase in active Airbnb rentals in the city would correspond to an additional 1,000 robberies per year across London.

Université de Cambridge

Etrange phénomène : la présence d’AirBnB est corrélée avec une augmentation de la criminalité concernant l’ensemble du territoire sur lequel ils sont implantés (elle ne concerne pas uniquement les propriétés louées).

Si je comprends bien, cela tiendrait à la dislocation de la communauté, qui n’est plus assez solide pour résister à l’invasion des malfrats.

(Une question que l’article ne pose pas est : est-ce que l’occasion fait le larron, ou est-ce que l’offre de vol est constante et qu’une ville AirBnB pourrait réduire la criminalité dans un environnement qui ne le serait pas ?)

Profumo

Temps bénis ? L’Angleterre des années 60. Une société qui connaissait encore des drames dignes de ce nom ? Qui n’avait pas sombré dans la banalité ?

Affaire Profumo. Un brillant homme politique, tel que l’on n’en trouve qu’au Royaume uni, est pris dans un scandale. Il partage une maitresse avec un espion russe. La crise est fatale au gouvernement. Paradoxalement, elle fera une victime innocente : un esprit original sorti du rang, accusé à tort de proxénétisme. Bouc émissaire ? La revanche de la morale puritaine ? Une tentative d’allumer un contre-feu ?…

Autre monde ? Où les hommes les plus en vue du pays partagent une vie de fête avec de jeunes aventurières.

Au fond, c’était probablement propre au temps. En France, nous avions Brigitte Bardot et Madame Claude. Mais pas l’aristocratie anglaise, qui est avant tout une aristocratie de talent.

Le plus intéressant dans cette histoire, entendue à la BBC (Archive on 4 : The Mandy Rice-Davies tapes) est la personnalité de celle qui la raconte. C’est une des deux jeunes (alors) femmes, qui sont au coeur de l’affaire. Milieu modeste, pas d’éducation, mais elle rêve de s’élever dans la société. Alors, à 16 ans, elle vend sa machine à coudre, elle achète un ticket de train pour Londres. Et elle joue si bien de son physique qu’elle est vite au centre de la haute société. Dont elle acquiert l’accent, d’ailleurs. Le début d’une vie d’aventures, « pleine à craquer », un « lent naufrage dans la respectabilité ». En tous cas, elle a su remarquablement intelligemment mener sa barque.

Trump y es-tu ?

If Donald Trump takes office, a trade war, higher prices, labor shortages, a gaping deficit, and a showdown between the White House and the Fed all seem highly likely.

The New Yorker, 2 novembre

Faut-il croire The New Yorker ? L’effet des attaques contre Trump semblent avoir fini par s’émousser. A tel poit que ses opposants, pris dans une sorte de surenchère, paraissent s’approcher de la « théorie du complot ». « Ivan Raiklin calls himself the secretary of retribution,” compiled a “deep state target list,” and wants Republican lawmakers to “hand their states’ electors to Trump.” » (The Atlantic) « Conservatives behind an extensive plan for reshaping the US government known as Project 2025 see it as a resource for Donald Trump’s next presidency. » (Bloomberg)

A crier au loup… ? Mais cela peut aussi desservir Trump : volontairement ou non ses provocations, parce qu’elles étaient largement reprises, lui faisaient de la publicité. Maintenant, il peut dire ce qu’il, cela n’émeut plus personne.

Sens de la marche

L’AMF annoncerait une carence de mobilisation des futurs maires sortant d’environ 25% … pas étonnant () quand on cumule les complications et les responsabilités pour au final une reconnaissance médiocre de la machine centrale (administration comprise, hors sol, déconnectée des réalités). La réduction dans les faits (pas forcément dans les textes) des pouvoirs déconcentrés de l’Etat pour autant et souvent proactifs en local n’arrive plus à compenser un réel malaise qui se dégage du terrain et des fosses qui se creusent entre le terrain et les grandes administrations. Les grandes régions incluses…

Voilà ce que m’écrit un élu local. Un quart des maires envisagent de ne pas se présenter aux prochaines élections ! Pourquoi ? L’Etat leur retire des moyens, et se décharge sur eux de ses missions. Responsabilités, écrasantes, qui finissent par engager les leurs, personnelles. Risque de finir en prison ? Ou, au moins, de « burn out » ?

Ce qu’il y a de curieux dans ce comportement de l’Etat, c’est qu’il semble obéir à une logique dominante ces dernières années, et dont ce blog fait la chronique :

  • Tony Blair aurait utilisé le sommet de Kyoto pour expédier vers les pays en développement l’industrie occidentale, source d’émissions de CO2.
  • Boeing et les grands donneurs d’ordre mondiaux ont cherché à devenir, comme Alcatel, « Fabless ».
  • En résumé, ceux qui étaient en situation de force ont confié à ceux qui ne l’étaient pas leurs basses oeuvres. Ils prétendaient, en outre, que ces derniers les accompliraient avec moins de moyens qu’ils ne leur en fallait. D’où le triomphe de « l’acheteur ».
  • On appelait cela « la loi du marché ». La littérature du management (dont je fus un gros consommateur) la glorifiait.

Propre des démocraties ? Déjà vu à Athènes ? Quand la démocratie n’est pas en guerre ou en expansion, il s’y constitue une oligarchie qui exploite sa population ? Théorie de Mancur Olson ?

Société de loisir

La question de la suppression du travail par la machine ne fait que revenir sans arrêt. Et elle est portée par ce que la société nous dit être élite intellectuelle, par exemple Keynes en Angleterre. Au lieu de se demander pourquoi on s’est trompé, à chaque épisode, comme aujourd’hui avec l’intelligence artificielle, on annonce que « cette fois, c’est la bonne ». Bon sang, qu’est-ce que l’on peut être con !

Voilà ce que m’inspire une ancienne émission de la BBC. (The problem of leisure, Archive on 4, BBC 4, 2019.)

L’émission s’interrogeait sur ce que serait une société de loisir. Serait-elle vivable ?

Mais qu’est-ce que le loisir ? Ecrire ce blog est-il un loisir ou un travail ? Nettoyer sa maison, couper sa haie, tondre son gazon, faire des courses, changer des langes, réviser des leçons, remplir une feuille d’impôts, faire de l’exercice pour éviter un AVC… ? Et même le loisir pur, tel que la fête, n’a-t-il pas quelqu’utilité pratique ? Permettre à l’esprit de se reposer, pour repartir ensuite de plus belle, par exemple ?

Comme une fourmilière, la société humaine a besoin d’être en permanence en mouvement ? Le loisir n’existe pas ? Il a été inventé par le capitalisme : c’est une activité non rémunérée ? Et le capitalisme veut garder le capital pour lui, c’est pourquoi il cherche à exproprier la population ?

La Bourse ou la vie

Le Financial Times (31 octobre) : « Samsung falls short of expectations as chipmaker fails to reap AI benefits ».

Lorsque j’ai commencé à lire la presse américaine, j’ai découvert le terme « mode de management ». En fait je pensais que c’était un effet Panurge. C’est plus fort que cela : lorsqu’un mot est à la mode toute la société fait pression sur l’entreprise, par le biais de la bourse, pour qu’elle le mette à son catalogue.

l’individualisme forcené produit d’étranges effets de masse.

Le retour de la classe moyenne ?

« Bons emplois », « classe moyenne »… Le discours de Kamal Harris dont j’entendais des extraits ce matin m’a surpris. On y parle désormais de « classe moyenne », et de ses problèmes. En particulier de l’inflation, mais aussi, en creusant un peu plus, du fait que beaucoup d’emplois sont réservés à des diplômés de l’enseignement supérieur.

Cela explique peut-être la raison pour laquelle elle semble fuir comme la peste Joe Biden, dont la politique n’a pas été bonne pour cette « classe moyenne ».

Etonnant changement de cap des démocrates ? Ont-ils fini par comprendre qu’une élection ne se gagnait pas par les marges, mais par la majorité ? Et que celle-ci était au centre ? Cela sera-t-il suffisant pour leur valoir la présidence ?

Rendement artificiel ?

Microsoft Cloud revenue rises on AI boom but softer outlook weighs on shares
Warnings of slowing Azure growth and rising data centre costs dampen initial optimism on tech giant’s quarterly earnings

Financial Times, 31 octobre

Marronnier de ce blog : le rendement décroissant de l’intelligence artificielle. Serait-on en train d’y assister ? Il faut de plus en plus de moyens pour obtenir des résultats de plus en plus maigres ?

Ne serait-ce pas le cas, globalement, du « numérique » ? Ce dernier demi siècle, il semble avoir été le maître mot de notre économie. Or, un précédent billet disait qu’elle a accumulé 100.000 milliards de $ de dettes. Cela ne signifie-t-il pas que le numérique n’est pas un bon investissement ?