Réforme de l’Etat

J’ai besoin de tickets pour prendre le train. Mais aucun distributeur ne marche, et il n’y a plus âme qui vive dans une gare. J’ai rebroussé chemin et annulé mon rendez-vous.

Et si c’était comme cela qu’avait été réformé l’Etat ? On achète des machines pour améliorer ses services. Il faut être moderne. On déplace les personnes dont la machine est supposée faire le travail dans des bureaux. On ajoute à tout cela des personnes qui achètent des machines et des consultants qui ne donnent pas de conseils, mais font, à bien plus cher, ce que ne veulent plus faire les personnels administratifs ? (Qui font grève pour protester contre la perte de sens de leur emploi ?)

Voilà pourquoi il n’a jamais été aussi coûteux et aussi (ridiculement) inefficace ?

Commandant Cousteau

Esprit 68 ? Le commandant ne m’a jamais beaucoup intéressé. En ce temps, la France avait des figures d’autorité qu’il fallait admirer.

Comme souvent, je me suis trompé. Cousteau était bien plus curieux que je ne le pensais. C’était un aventurier. Il aurait aimé être astronaute. Et ses films étaient fort difficiles à réaliser. Son bateau, petit et mediocre, était dirigé par sa première femme. Il a toujours couru après l’argent. Et il avait fini par en trouver auprès de studios américains. Ce qui a fait de lui une célébrité aux USA.

Etrange destin d’ailleurs. Il a vite découvert que l’océan se dépeuplait. A l’image des sociétés développées, il a dit à ses contemporains : ne m’imitez pas, sans quoi la planète est fichue. Conseil difficile à suivre.

(D’après une émission de France culture.)

L’ère du bien

On n’a pas assez parlé de Sam Bankman-Fried.

Fils de deux universitaires du plus haut niveau, l’aristocratie américaine. Il est, naturellement, un génie. Le petit génie type : celui qui reste toute sa vie un enfant, qui vit en pyjama, et passe de l’école aux commandes de l’économie. Le génie ne peut qu’être original. Durant ses études, qu’il fait dans les meilleures universités, il est marqué par les cours d’un illustre philosophe. Il enseigne comment faire le bien.

Le génie a une idée géniale : la solution finale à la question du bien : monter un fonds qui investisse dans le bien. Du fait de ses relations, il est vite milliardaire. Il est furieusement à la mode. Il est fréquenté par ce qui se fait de mieux. Seulement, on finit par s’inquiéter de ses placements. Il se retrouve en prison.

Tout le portrait de « l’élite de notre temps » ?

Jean-François Revel

Son esprit est celui de la mise en garde d’Abraham Lincoln : « Si la destruction est notre destin, c’est nous-mêmes qui devons en être les auteurs… En tant que nation libre, nous devons soit vivre jusqu’au bout, soit mourir par suicide. »

Article

Je découvre Jean-François Revel. Il aurait connu un grand succès d’édition tout en étant honni à la fois par l’élite intellectuelle et l’extrême droite.

Difficile de se faire un jugement sur une personne en un article. En tous cas son analyse du pays et des démocraties semble curieusement actuelle. En particulier, j’en suis aussi arrivé à penser que la démocratie est son pire ennemi. Si elle n’est pas menacée, elle s’auto-détruit.

Fausses nouvelles

Je ne savais pas que Marc Bloch avait étudié la question des « fausses nouvelles ». C’était à l’occasion de la guerre de 14.

Lumineuse analyse ? La « fausse nouvelle » ne peut réussir sans un préjugé qui y prédispose. Dans son cas, la « fausse nouvelle » n’est pas volontaire. C’est une véritable nouvelle déformée.

En fait, le marketing s’est spécialisé dans la « fausse nouvelle », il cherche le fait qui va faire monter en épingle sa thèse. Ce que l’on appelle parfois la « loi forte des petits nombres ». L’intelligence artificielle, par exemple, a probablement révélé beaucoup de fantasmes anciens : le robot qui asservit l’homme, la fin du travail, etc.

Destruction créatrice

Une journaliste (de gauche) me parlait de « destruction créatrice ». Autrement dit : que les entreprises qui ne peuvent s’adapter disparaissent ! (Il est loin le temps où la gauche avait le « monopole du coeur » ?)

Ma théorie est que l’adaptation ne tient pas tant à l’individu qu’aux conditions dans lesquelles il se trouve. En France, la PME est seule, et son environnement est hostile : les dirigeants se haïssent. C’est le lien social qui fait la résilience.

C’est d’ailleurs comme cela que je lis l’oeuvre de Schumpeter. Il explique que le capitalisme produit spontanément des innovations qui provoquent des crises. Pour résister aux crises, il fait la promotion du monopole, une forme de « bien commun ». Car, dans ces conditions, le monopole est bon : comme il est secoué sans arrêt pas la crise, il ne peut exploiter sa position de force. Il est en situation équivalente à la « concurrence parfaite ».

Je me pose une question, cependant. Les grandes entreprises tendent, ces derniers temps, à se vider de leur substance. Et si l’avenir était plutôt à des réseaux de petites entreprises ?

Cela correspondrait à ce que disait mon cours de « stratégie en environnement incertain ».

Conséquence curieuse de mon cours : lorsque le réseau s’étend, il peut maîtriser son environnement donc éliminer l’innovation qui le force à se transformer ! Alors, il ne serait susceptible qu’aux attaques extérieures.

Science fiction ?

Complot ?

Humans are inherently good at experimenting and learning, which is why a venture based on modular replicability is more likely to succeed than one that depends on long-range planning and forecasting—something humans are inherently bad at…

Harvard Business Review

Voilà pourquoi je n’ai jamais rencontré de complot dans ma vie ? En fait, ce que j’ai vu et revu, particulièrement actuellement, est que le changement nocif est une question de « banalité du mal », comme le constatait Hannah Arendt. Une sorte de paresse intellectuelle.

En revanche, on ne progresse pas seulement par des essais et des erreurs. Il faut aussi être guidé par une « vision ». On appelait cela « reconnaissance de forme » (« pattern recognition » en anglais), lors de la précédente vague d’intelligence artificielle, il y a un demi-siècle. C’est la capacité du général, du navigateur ou du champion d’échec à voir un chemin dans le chaos : le Tao.

Cumul

Les députés auraient perdu toute crédibilité. Le spectacle qu’ils viennent de nous donner en serait la cause. En revanche, les sénateurs et les « élus de terrain » jouiraient de la considération générale. C’est ce que l’on m’a dit.

Il est possible que tout cela résulte d’un changement malencontreux. Un temps, il était de bon ton chez les intellectuels bien en cour de dénoncer le « cumul des mandats », qui faisait que les députés n’avaient pas de temps à consacrer aux intérêts de la nation.

Il y a quelque temps on m’a conseillé de contacter un député. Lorsque j’ai regardé son CV, j’ai constaté qu’il avait quitté un poste de professeur au MIT pour se faire élire. Une exception, comme Cédric Villani ? Ou une règle : ces gens sont venus pour nous imposer des idées qu’ils avaient pêchées dans l’espace interstellaire ?

Voilà à quoi servait le cumul des mandats : à mettre le député de plein pied dans la réalité ? Acceptons la nature humaine telle qu’elle est ?

Leçons du passé

Une des caractéristiques de notre temps aura été de vouloir réécrire l’histoire, en appliquant des normes morales modernes.

Il semble que l’humanité évolue comme grandit l’individu : elle ne fait qu’émerger d’une sorte de magma. Elle subit les événements. Bien sûr, avec le recul, tout paraît simple. Mais y a-t-il eu cercle avant que quelqu’un ait l’idée de le tracer ?

De même que les nobles étaient issus de brigands, il y a de bonnes chances que nos moralistes modernes doivent leur situation enviable aux vices de leurs ancêtres.

Accordons à ces derniers le droit à l’erreur ? Et aussi à nous-mêmes ? Au lieu de vouloir changer le passé, pourquoi ne pas apprendre de lui ?

Apprenti sorcier ?

Le pari de la spécialisation par les seules forces du marché est un échec, ose écrire Draghi. La dynamique vertueuse n’a pas été enclenchée : la concurrence devait générer efficacité productive et marges, lesquelles à leur tour devaient générer les investissements dans la R&D qui devaient favoriser la montée en gamme. Cette montée dans la spécialisation à son tour devait générer une hausse des exportations. Ce processus vertueux a été activement poursuivi et pour le favoriser on a banni les champions nationaux, les aides publiques ont été traquées et des politiques commerciales permissives ont été pratiquées.

Article concernant le rapport Draghi

Ce que l’on peut interpréter comme : ceux qui passent leur vie à faire des remontrances à la population, à la qualifier d’arriérée, avaient tort, et sont à l’origine de la situation regrettable de la nation.

L’erreur est humaine bien sûr, même si le coupable n’est pas la victime. Mais ce qui est curieux est que les critiques qu’adressent ses opposants au gouvernement ne parlent jamais de ce sujet. Elles sont de l’ordre au mieux du borborygme. Le gouvernement aurait-il le monopole de la raison ?