Anthropologie de l’Angleterre

Ecouter la BBC me fait réfléchir à la situation de l’Angleterre. Une rencontre avec un chercheur de mon ancien collège à Cambridge a renforcé l’impression que j’avais déjà.

En fait, elle n’a pas changé. Dans ma jeunesse, on considérait que l’Anglais était paresseux et inefficace. Les universitaires que j’avais rencontrés en Angleterre, quoi que fort sympathiques, ne m’avaient guère impressionnés. Thatcher, Blair n’ont été que poudre aux yeux. Ce pays est un chaos. Comme au Moyen âge, une élite relativement éclairée domine une masse inculte.

La BBC est à l’image du pays. On y entend de brillants esprits, mais son site web est bancal.

Si le pays surnage, cela tient probablement à l’injection de personnels, de capitaux et d’idées venue de ses anciennes colonies.

Un des mérites de la culture anglaise, à l’opposé de la nôtre, est qu’elle suscite l’amitié. C’est probablement la raison pour laquelle j’écoute la BBC.

MADI

La malhonnêteté intellectuelle a atteint un sommet.

Trump prétend que l’Amérique est une victime du monde entier. Or, depuis 1989, le monde est aux mains de l’Amérique, et lui a fait allégeance, l’Europe en tête !

En 89, l’Amérique disait que le capitalisme avait gagné, fin de l’histoire, avènement de Dieu, c’était le Consensus de Washington et la nouvelle économie. Toutes les nations y ont cru. Celles qui n’étaient pas capitalistes ont été réformées. Il s’en est suivi une série de crises violentes. C’est de là que date le ressentiment russe, asiatique, turc…

Puis il y a eu la vague puritaine « care » ou « woke », le libéralisme de gauche après avoir été de droite, qui a définitivement horrifié une grande partie de l’humanité.

Apparemment, si l’on en croit M.Trump, l’arroseur a été arrosé. Alors, comme les Anglais avec leur Brexit ou comme les Russes avec leur guerres coloniales, il en revient aux temps glorieux de l’histoire américaine, d’avant 29. A la conquête de l’Ouest et au Robber Barons.

Le monde est certainement parti pour des années extrêmement dangereuses. Mais s’il survit, il y a fort à parier que les USA vont payer très cher leur crise de folie. Make America Definitively Insignificant ?

Vendu

La famille de l’auteur de James Bond aurait vendu ses droits à Amazon.

The British family that has steered the James Bond franchise for more than 60 years, zealously protecting the superspy from the indignities of Hollywood strip mining, has agreed to relinquish control to Amazon.

The New York Times (@nytimes.com) 2025-02-21T05:40:55.366Z

Même l’espion de sa majesté est à vendre !

Curieux phénomène, si l’on y songe un rien. Une personne passe sa vie à créer une idée, et c’est sa famille, qui n’a rien fait, qui en profite. Injustice ? Les créateurs devraient-ils faire de la société leur héritier ?

La bourse ou la vie

Aux dernières nouvelles, M.Trump négocierait l’appui de l’armée américaine en échange des ressources minière ukrainiennes… Une armée de mercenaires ! Voilà qui vaut de l’or ! Reste du monde, la bourse ou la vie : votre richesse, ou je vous nucléarise ?

Trump a fait un hold up sur le nation la plus puissante du monde, et maintenant il la gère comme ses entreprises : en prédateur. Sa ligne : faire des affaires, c’est tout. Et ce, par le rapport de force. Malheur aux faibles.

(C’était déjà la logique des Vikings : ils étaient commerçants lorsqu’ils ne pouvaient pas être voleurs. Trump représente une certaine Amérique éternelle. Max Weber l’aurait probablement appelé un « idéal type ».)

Batellerie

Les nuits de France Culture rediffusent plusieurs heures d’émissions consacrées à la batellerie (« Les mariniers« ) et enregistrées en 1987. Le marinier était alors en voie de disparition. Les Bobos s’emparaient de ses péniches pour en faire des appartements de luxe.

Les mariniers étaient heureux. Ils n’avaient jamais de vacances, ils étaient toujours sur le pont, mais ils n’étaient jamais fatigués. Et ils ne prenaient leur retraite que le plus tard possible. Ce qu’ils aimaient ? La liberté, être son propre maître, les voyages, avec sa maison sur le dos, et les amis que l’on se fait et que l’on retrouve à chaque étape.

Etrangement, le progrès n’a pas été un bien. Jadis, c’était les chevaux qui tractaient les péniches. Et même le propriétaire, quand il n’avait pas de chevaux. Mais on progressait lentement et dans la joie. Plus les écluses ont été aménagées et automatisées, plus la navigation est devenue industrielle. Et l’homme un rouage.

Une des « pathologies » de la société est qu’elle tend à nous embrigader, ce faisant, elle nous retire notre joie de vivre ? Il faut veiller à « organiser l’autonomie » ?

Un Iranien à Roissy

Je dois vivre sur une autre planète. Je viens de découvrir qu’un Iranien, très dérangé, avait vécu 18 ans à Roissy. Le temps que je découvre cette histoire, Spielberg en a tiré un film. Voici ce que m’a appris une ancienne émission de France Culture.

Ce qui m’a surpris c’est à quel point ceux qui l’ont approché se sont bien comportés, avec une étonnante discrétion et un complet désintérêt. Le service médical de Roissy, la police, les services d’assistance sociale… Et pourtant, il n’avait franchement rien de sympathique.

Le Français, après tout, serait-il quelqu’un de bien ?

Valmy

Il y a quelque temps, In our time de la BBC parlait de Valmy. Je suis surpris. Notre culture et notre histoire semblent plus importantes pour l’Angleterre que pour nous. Serions-nous une partie de son identité ? (Ou de celle de son élite ?)

Je me souviens d’avoir entendu parler de Valmy à l’époque du CE1 ou du CE2. Dans la litanie de noms oubliés : Jeanne d’Arc, etc.

En écoutant, l’émission, je me suis dit que l’histoire que l’on me racontait avait un sens que l’on me dissimulait : à chacun de ces événements, l’histoire du pays aurait pu aller d’un côté ou d’un autre.

Valmy fut une curieuse bataille. Les troupes prussiennes et autrichiennes et les émigrés français croyaient que ce serait une partie de plaisir. Une moitié des troupes françaises était faite de conscrits. Elles paniqueraient au premier coup de canon. Non seulement ça n’a pas été la cas, mais les dîtes troupes sont parvenues à couper l’ennemi de son approvisionnement. Si bien que celui-ci, constatant que l’adversaire tenait le choc, et que ses chants guerriers n’avaient rien de rassurant, a préféré rompre l’engagement. De ce fait, la bataille a été étonnamment peu meurtrière.

Je ne sais quoi

Révélation ? Vladimir Jankélévitch parlait du « je ne sais quoi » à France Culture.

Et c’est important. Ne serait-ce que parce que c’est peut-être la condamnation à mort des illusions de l’intelligence artificielle…

Valdimir Jankélévich observe, comme nous tous, qu’on ne sait pas ce qui fait la différence entre le succès et l’échec, entre le génie et la médiocrité. En fait, tout ce qui est matériel, raison, numérique… passe à côté de l’essentiel. Mais on est incapable de dire ce qu’est cet « essentiel ».

Le plus curieux, peut-être, est qu’il a consacré sa vie à parler de ce dont on ne peut pas parler. Ce qui fait l’intérêt de son oeuvre ?

Ah! ça ira

Aux hasards de wikipedia, j’ai appris que « ah ! ça ira » avait pour origine Benjamin Franklin et un air de danse.

Quand on interrogeait Franklin sur la guerre d’indépendance américaine, il répondait : « ça ira ». Nous finirons par gagner. L’expression était passée dans le langage commun.

Le curieux de l’affaire est que leur combinaison a produit un effet terrifiant. Jusqu’à ce que Napoléon l’interdise, ç’aurait été le chant de guerre des troupes françaises. Il glaçait d’horreur leurs ennemis : quoi de plus effrayant que le peuple déchaîné ?

Drame de la solitude

Je m’inquiète pour notre président. Lui qui est un homme de spectacle doit tourner en rond à l’Elysée. Et s’il nous préparait un mauvais coup ? Drame de la solitude.

Apparemment non. J’ai lu qu’il travaillerait à un référendum. Apparemment, il serait inoffensif.

D’ailleurs, vue l’incertitude de la situation internationale, tous les espoirs sont permis à notre chef de guerre ?

(PS. Ce billet a été écrit bien avant sa parution, depuis les événements lui ont donné raison…)