Drôle de Musk ?

Qui est Elon Musk ? Son grand père a fuit la misère canadienne pour l’eldorado de l’Afrique du sud. Lui-même est revenu au Canada, afin de ne pas avoir à faire de service militaire. De là, il est passé aux USA pour y poursuivre ses études. Et ensuite, il a pris le vent de la bulle Internet. D’ailleurs, il a un talent certain pour plaire au spéculateur : Tesla vaut 20 fois plus qu’un constructeur automobile équivalent. Peut-être cela explique-t-il pourquoi il semble avoir toujours couru les plateaux télé, et même fait le pitre : ce que l’on attend du dirigeant moderne, c’est qu’il raconte des bobards ?

Apparemment, sa culture se limiterait à Batman et à la science fiction. Depuis toujours, il rêve de conquérir l’espace.

Veut-il détruire l’Etat ? Jusque-là, il votait démocrate. Lui et ses collègues auraient été révoltés par les tentatives du président Biden de contrôler leurs affaires. Les bons sentiments, oui, les contraintes, non ? Drôle de libertaire, d’ailleurs. Ses fusées sont payées par la NASA.

Le monde selon Trump

L’émission de Christine Ockrent, chez France culture, samedi dernier, s’intéressait à l’opinion qu’avaient les peuples de Trump. Intéressant.

Il en ressortait que le projet de Trump est celui du « Pacte de Varsovie » : vassaliser le monde. Originellement isolationniste, il devrait cette doctrine au GAFA, dont le marché est mondial. (Ce qui confirme ce qu’on lit à droite à gauche : le multimilliardaire voit rouge lorsqu’on lui parle de loi, il est prêt au pire.)

Face à cela deux réponses. Les alliés des USA, Europe, Japon, Corée… sont effrayés. Les autres se réjouissent : les USA sont un pays qui leur ressemble. Sa domination planétaire, et celle du modèle de société qu’il représentait, est terminée.

Quant à l’Europe, il y aurait un schisme entre ses personnels politiques et son peuple. Celui-ci plutôt modéré, voudrait, probablement depuis longtemps, une reprise en main de son sort par l’Europe. La réindustrialisation est plébiscitée. Mais ses gouvernants n’entendant rien, l’ont laissé entre les mains des extrêmes, qui, eux-mêmes pensent, à tort, qu’il adhère à leurs valeurs.

Ces extrêmes seraient dans une situation malaisée. Ils ont de la sympathie pour Trump, mais ne veulent pas contredire leur électorat. En particulier Mme Meloni avait fait le pari que M.Trump ferait la politique, fondée sur la négociation, de son premier mandat et qu’elle pourrait tirer les marrons du feu en jouant les intermédiaires entre lui et l’Europe. Paradoxalement, Poutine aurait plus d’attraits que Trump.

Une faille de l’Europe : ses politiques, lâches par nature. Un atout des anciens alliés des USA : sans ce marché, il n’y a plus de GAFA.

(Trump illustre un aspect de l’individualisme souvent observé : celui qui cherche son intérêt à court terme s’en prend à ses amis : ils sont sans défense. C’est ainsi que le commercial tend à exploiter son entreprise au profit de ses clients. Trump exploite ses alliés, faibles, au profit de Poutine, fort.)

Aimons nos ennemis ?

Trump et les siens paraissent une insulte à la raison. Peut-être ne sont-ils motivés que par la haine du genre humain ?

Mais ils ont aussi de grandes qualités. Ils sont notre seul espoir de susciter chez-nous un désir d’unité.

Au fond, il n’y a rien de mieux qu’un ennemi bien bête. Le véritable danger pour une société est la « perversion narcissique », son autodestruction par l’intérêt à courte vue ?

Ténèbres

Un des livres cités par ce blog parle des USA comme « reluctant crusaders ».

Les USA se voient comme des « croisés ». Mais dès que la croisade tourne mal, ils se replient sur leurs terres.

C’est cet instinct que Trump semble avoir libéré. Vance, par exemple, c’est le retour des sorcières de Salem. C’est un rappel que le puritanisme anglo-saxon est plus effrayant, car plus froid, systématique et intellectuellement consternant, que l’inquisition catholique, qui conserve toujours quelque-chose de l’irrationalité latine.

On ne s’en rend pas compte, mais la France est en première ligne de l’affrontement. C’est l’expression même de sa culture à laquelle les USA s’en prennent. Celle dont le maître mot est « laïcité ». Car ce qui l’a caractérisée jusqu’à récemment a été la pensée des Lumières et de la raison, et, en conséquence, son combat contre l’obscurantisme dont les USA demeurent probablement le meilleur représentant, loin devant les Jihadistes. Paradoxalement, la Chine communiste et l’URSS ont été bâties sur le modèle français.

Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là. Ce qu’attaque Trump est le résultat d’une autre idéologie, qui, elle, est parvenue à conquérir le pays, du moins ses élites.

US tells French companies to comply with Donald Trump’s anti-diversity order
Move signals push by the American president to widen his ideological campaign abroad

Financial Times, 28 mars

Femme dirigeante

Pourquoi les femmes n’occupent-elles pas les postes de direction ? Suite.

Nouvelle réflexion tirée des travaux de l’association des interpreneurs. Sujet d’étude : la transmission. Il est fréquent que le dirigeant de PME veuille transmettre son entreprise à ses salariés. Or, ceux-ci ne veulent pas la reprendre. Pourquoi ?

Parce que ce qu’ils voient de ce que fait le dirigeant ne leur plaît pas. Il passe son temps au travail et est écrasé sous l’administratif alors qu’eux sont responsables de la partie noble du métier.

Solution ? Réorganiser l’activité du dirigeant afin qu’il y prenne à nouveau du plaisir !

Je crois qu’il en est de même dans la grande entreprise moderne : être un manager de haut niveau est un sacerdoce. Il est compréhensible qu’une personne intelligente préfère privilégier sa vie de famille et une occupation professionnelle qui ait du sens.

Mon conseil. Si l’on veut avoir plus de gens intelligents à la tête des entreprises, il faut que les postes de responsabilité soient des postes dans lesquels de telles personnes s’épanouissent.

Fin de bulle

Comment se finit une bulle spéculative ?

Je me souviens d’une illustration de The Economist : on y voyait quelqu’un mal interpréter un mot vaguement perçu dans le brouhaha d’une réunion mondaine, une rumeur qui enflait, qui gagnait la société, jusqu’à ce qu’une nouvelle interprétation fautive la dégonfle.

Je me demande s’il n’y a pas du vrai ici. Une idée est récupérée par la foule, parce qu’elle a intérêt à y croire, peut-être même parce qu’elle a l’intuition que la foule va y croire ! s’ensuit une phase de consensus, puis le doute s’insinue, ceux dont les intérêts sont les plus engagés luttent en produisant vigoureusement des démentis, mais, ils finissent par être submergés, panique.

Sujet d’étude :

CoreWeave raises $1.5bn in scaled- back IPO as investors’ AI enthusiasm cools
Cloud computing provider had initially targeted as much as $4bn

Financial Times, 28 mars

Quota

En France, la femme fait l’objet d’une « discrimination positive ». Du moins en ce qui concerne les postes de direction des entreprises, il existe des quotas obligatoires. Aujourd’hui, ils ne seraient pas remplis.

Que faire ? Cela m’a rappelé une observation récente :

Une des missions de l’association des interpreneurs, à laquelle j’appartiens, est de trouver des solutions aux problèmes des dirigeants de PME.

Le cauchemar du moment est le recrutement. Nous menons donc une enquête auprès de ceux qui ont été confrontés à la question avant tout le monde, afin de savoir ce qu’ils ont fait.

Nous avons étudié le cas de l’industrie. Il est urgent de « réindustrialiser » le pays nous dit-on, mais l’industrie ne trouve pas de personnel. Ses employés expérimentés partent à la retraite et l’industrie n’est plus au programme de l’Éducation nationale.

Mais certains ont trouvé une solution : ne pas chercher le diplôme, mais la motivation. Car, lorsque l’on est motivé, on apprend très vite.

Et qu’a-t-on recruté ? Des femmes. Pourquoi ? Elles recherchaient le défi et l’ambiance de l’équipe. Et cela a changé l’entreprise. Ses relations humaines s’y sont apaisées.

Conclusion ? L’entreprise unisexe passe à côté de l’optimum. Les relations y sont désagréables. Nous l’avons tous constaté.

Conseil à tout individu, quel que soit son sexe (ou son absence de sexe, si l’on veut être dans le coup) : l’important est de comprendre en quoi consiste sa motivation, et où, dans quelle entreprise, dans quel poste, elle nous porte.

Pour atteindre les quotas, il faut les oublier. Il faut sortir de la pensée unique, du conditionnement social, et chercher sa voie.

René Girard

René Girard. Philosophe ? Anthropologue ?

Il part aux USA. On lui propose d’enseigner le français. Il doit se mettre à l’étudier. Il doit publier pour survivre. Il se spécialise dans l’étude du roman. De fil en aiguille, il lui vient une idée. La psychologie, en croyant que l’individu est autonome, se trompe. L’individu veut ce que l’autre veut. D’où conflit, et violence, « guerre de l’homme contre l’homme ». Et nécessité pour une société de détourner cette violence, en particulier par le sacrifice humain, et par la religion. Un entretien de France Culture.

Pensée mimétique ? A l’époque de ses travaux, la systémique était à la mode. Elle aussi s’éloignait de l’individu. Seulement, sa vision des relations humaines était quelque-peu plus complexe que la sienne.

Ce que, d’ailleurs, elle a de surprenant, cette pensée, est ce qu’il tire de la moindre « anecdote » obscure de la bible. A croire qu’il en était contemporain. Là aussi, probablement, il était de son temps : le « scientifique » « surinterprétait » ce qu’il voyait, par exemple les gravures rupestres.

Finalement, anthropologie des USA ? Les Anglo-saxons ont une révérence particulière pour une certaine forme de recherche. Contrairement à nous, s’ils sont impressionnés par une démarche intellectuelle, ils jugent qu’elle ne peut déboucher que sur des résultats estimables. De même ils sont intimement convaincus que tout milliardaire ne peut pas être fondamentalement mauvais.

En tous cas, vivre aux USA lui a permis de ne pas subir le pouvoir mimétique de la « French philosophy », qui, elle, était toute égoïsme et « déconstruction » de la société.

Sur diagnostic

« Sur traduction » disaient les enseignants de mon enfance. De même, il semblerait qu’il y ait des « sur diagnostics ». Le médecin fait de plus en plus de diagnostics et cela bousille un nombre considérable de vies. La médecine est mauvaise pour la santé. (The age of diagnosis, BBC.)

Toute innovation tend à avoir des effets imprévus qui en éliminent souvent les effets bénéfiques.

Science sans conscience ? Cela tient peut-être à ce que notre société aime l’individualisme et pousse l’individu à n’en faire qu’à sa tête. Avec Trump, Vance, Musk nous en avons la démonstration ?

Esprit es-tu là ?

Alain Decaux parlait de son ami Sacha Guitry, il y a longtemps. (Deux émissions rediffusées par France Culture.)

J’ai pensé, qu’en ce temps, la France avait beaucoup d’esprit. Et que nous l’avions perdu. Pourquoi donc ?

Mais y a-t-il beaucoup de différence entre l’esprit de Sacha Guitry et celui de Noel Coward ? Les dialogues de leurs pièces et films sont agréables, vifs, surprenants, mais, au fond, pas très profonds. Un plaisir intellectuel du moment ?

Tous les deux n’étaient-ils pas, simplement, les enfants de leur temps, un temps qui avait de l’esprit ?