Désinformation

Un professionnel de l’édition me disait que le premier livre qu’écrivait un auteur était un règlement de comptes avec sa mère.

Voilà qui est surprenant, ai-je remarqué : ces gens ont de l’audience, et pourtant l’on n’entend que vanter les mérites de la femme, éternelle victime de l’homme, incarnation du mal.

Pour lui, les canaux d’influence étaient aux mains d’intellectuels de gauche. Des milliardaires essayaient de changer les choses, mais ils n’étaient guère rassurants.

Perfide Albion ?

Les patrons anglais sont très inquiets du sort que leur réserve Trump. Du moins, c’est ce que je retire des informations de la BBC.

Pourtant Trump les a à la bonne. Il ne leur a infligé que 10% de droits de douane. Cela serait-il dû aux excellents rapports qu’il a avec le premier ministre anglais, ou au Brexit ? se demande-t-on.

Mais on espère encore que l’on pourra être épargné.

L’esprit de Munich ? Tristes patrons ?

La justice de Paul Ricoeur

La justice ordinaire doit-elle s’appliquer au crime extraordinaire, par exemple contre l’humanité ?

Si je le comprends bien, Paul Ricoeur pense que oui. Croire le contraire repose sur une idée erronée : la peine doit être proportionnelle au crime.

Or, la justice a d’autres vertus. Tout simplement, c’est un rite de notre société. Le faire subir au coupable est peut-être la pire des peines, puisqu’il voulait l’abattre. Ensuite, le jugement est une façon pour la société de prendre le temps de réfléchir à ce qu’elle est, et à ce qui compte pour elle.

Il me semble, comme le pensent les Anglo-saxons, que le droit doit évoluer en fonction de l’évolution de la société. Le jugement dit le droit.

Le jugement n’est pas une punition mais une leçon que se donne la société. Une résolution collective de problème. Pourquoi en est-on arrivé là ? Comment ne pas répéter l’erreur ? Ce qui compte, c’est de trouver une solution staisfaisante pour l’avenir. En conséquence aucun principe n’est sacré. Faut-il pardonner ou non ? par exemple : à décider au cas par cas. Quant à l’accusé, je me demande s’il ne devrait pas participer à la réflexion générale.

Bref, il me semble que la vision française du droit est incorrecte. Nous croyons qu’il obéit à des lois intangibles et que le citoyen peut se laver les mains de la justice, qu’elle est une mécanique aveugle. Eh bien non, c’est à nous de faire justice !

Faquin !

Désaccord entre France Culture, le Robert et le CNRTL. Pour les deux derniers, faquin viendrait du néerlandais fac (espace clos, compartiment) ou fak (poche). Pour le premier, qui interviewait un spécialiste italien, il aurait une origine arabe, « el faquino » (mon orthographe). Il serait passé au vénitien, comme beaucoup d’autres mots arabes. C’était d’ailleurs le sujet de l’émission.

El faquino était un docteur. Tout le monde ayant voulu être docteur, le sens du mot a connu une dérive. Il s’est mis à signifier porte-faix. Le français serait allé encore plus loin.

J’aimerais que l’Italien ait raison ! En effet, on a là un phénomène si fréquent : dès que quoi que ce soit semble avoir du prestige, tout le monde veut en être, si bien qu’il perd toute valeur, et qu’il n’y a plus que des faquins ! Voilà qui devrait être enseigné à l’école.

Le gouffre de la pierre Saint Martin

Livre d’Haroun Tazieff, de 1963, trouvé dans la bibliothèque familiale.

Comme l’a découvert ce blog, l’après guerre a été celle d’aventuriers. Ils se disaient généralement scientifiques, mais, à mon avis, ce n’était qu’une couverture. Haroun Tazieff en fut un des plus fameux. Dans cet épisode, on apprend qu’il fut, même, spéléologue ! Et que peu de temps auparavant, il donnait un coup de main à Cousteau !

Il est, en réalité, peu question d’exploration ici, mais de treuil ! Les Pyrénées sont faits de calcaire d’autant mieux creusé par l’eau que l’on a coupé la forêt qui les protégeait pour donner des mâts à la flotte de Louis XIV. Il en est résulté la perte de la terre que retenait ses racines. D’où un important réseau de grottes. Un puits d’accès à l’une d’entre-elles est repéré dans les années 50, et quelques amateurs décident de l’explorer. On demande à Haroun Tazieff de jouer les caméramen. Une première tentative permet une courte visite. Mais, pour faire mieux, il faut un treuil électrique qui puisse amener et ramener rapidement toute une équipe. Malheureusement, lors de la seconde campagne, les défaillances de ce nouveau treuil vont causer la mort d’un spéléologue et faire qu’Haroun Tazieff se retrouve pendu dans le vide pendant quatre heures et demi, le temps d’un bricolage de fortune.

Ce drame à suspens aura fait le bonheur de la presse, et probablement a donné aux spéléologues la publicité et les moyens financiers de poursuivre leur passion sans risques.

Authenticité

J’entends beaucoup parler « d’authenticité ».

L’authenticité est le travail même de l’existentialisme. Cela consiste à rechercher son identité et à se débarrasser des injonctions sociales.

C’est une réaction contre un phénomène curieux : nous ne pensons plus. Des normes de comportement nous sont imposées par la société. Nous sommes devenus des robots.

Comment en sommes nous arrivés là ? Est-ce un phénomène naturel ? Comme l’apprentissage du piano ? Pour apprendre, on perd ses réflexes naturels, et ce n’est qu’après des décennies que l’on parvient à reprendre son sort en main, mais armé de ce que l’on a appris ?

Maurice Merleau-Ponty

Drôles d’Anglais. Nos philosophes ont plus de succès chez eux que chez nous. Ils parlent encore de Jean-Paul Sartre comme de quelqu’un qui a marqué l’histoire de la pensée, par exemple. Mais aussi de Maurice Merleau-Ponty, dont j’ai découvert l’oeuvre, grâce à In our time de la BBC.

Le peu que j’ai compris me fait penser que son travail mériterait d’être approfondi.

Apparemment, sa grande affaire aurait été la mise en cause du modèle de l’âme et du corps. Le corps emmagasinerait la connaissance et aurait, en quelque sorte, une vie propre. (On conduit tout en pensant à ses vacances.) Ces capacités influencent aussi la représentation que nous nous faisons du monde. Pour quelqu’un qui a un marteau, tout ressemble à un clou ? En tous cas, cette représentation susciterait spontanément notre action. Comme on dit maintenant le monde serait un « call to action » ?

Start up nation

Dans un grand moment de géniale inspiration, notre président nous a qualifiés de « start up nation ».

Mais qui est la start up nation ? Les USA. Et les USA sont en faillite !

Ce modèle est un tel succès que le président Trump accuse le monde entier de l’avoir volé ! Alors que depuis 1989, ce sont les USA, ses oligarques et ses (bien) penseurs qui font la pluie et le beau temps mondiaux !

Une de mes vieilles idées reçues (cf. Le mal américain de Michel Crozier écrit au début des années 80) est que le modèle américain n’est pas durable. Comme l’Anglais, l’Américain ne veut pas du « sale boulot ». Alors il a besoin de masses d’immigrés et d’entreprises étrangères. Ce qui ne peut conduire qu’au déficit.

Il y répond par la « créativité comptable », autrement dit la bulle spéculative, une banque centrale qui imprime des masses d’argent, pour éviter l’éclatement des bulles, et l’emprunt.

Dans la mesure où « penser » peut s’appliquer à M.Trump, on entend qu’il attribuerait le mal des USA au parasitisme de ses alliés, qu’il protège par son armée, et à la qualité de monnaie de réserve du dollar, qui conduit à sa sur valorisation. Mais n’est-ce pas tout le contraire ? Le monde les paie pour assurer son ordre ?

Changement mondial

Faut-il s’allier aux Chinois ? Réorganiser le commerce mondial sans les USA ?

Ce serait oublier que les Chinois doivent leur succès à un généreux transfert de compétences, suivi d’une politique de subvention qui a pour but d’abattre les généreux donateurs. Ce qui ne vaut pas mieux que la politique de Trump. Et est tout aussi suicidaire.

Dans ces conditions l’Europe est dans une situation délicate. Elle est entre le marteau américain et l’enclume chinoise, divisée, et menacée par le « populisme ». Et Trump nous a fait la grâce de nous démontrer la nature de la menace : son danger ne tient pas à telle ou telle idéologie « fasciste », mais à une incompétence insondable.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout ce monde cherche un bouc émissaire, alors que le mal est chez lui : son « modèle économique » n’est pas durable.

Se guérir consiste à sortir du déni, et, ensuite, à comprendre que l’on a besoin des autres pour se tirer d’affaire.

Mais la raison est elle une bonne raison de changement ?

Turquie

Le président turc ressemble de plus en plus à un dictateur. Dernièrement, il a enfermé celui qui menaçait de prendre sa place lors des prochaines élections. En dehors des élections, la Turquie n’a plus rien de démocratique.

Le monde que nous pensions « aller de soi » n’est plus. Face à la force, la raison est impuissante.

Au fond, il n’y a que lui-même qui puisse renverser le dictateur. Si sa gestion appauvrit le peuple, ses jours sont comptés. Il n’y a que la force pour arrêter la force.

D’ailleurs, la situation d’Erdogan serait plus fragile que celle des dictateurs coréens du nord, vénézuéliens ou russes : la Turquie a peu de richesses naturelles et dépend des échanges internationaux.

(Une leçon pour l’élite intellectuelle qui nous a gouvernés jusque-là ? Ne pas avoir de sympathie pour le peuple amène l’humanité à plonger dans l’irrationalité, qui elle-même ne peut s’achever que par la crise ?)