Pensée étrangère

Ce que l’on ne voit pas de chez nous, c’est à quel point Trump a déclenché un règlement de compte dans son pays. Il s’en prend à tout ce qui le gêne. Il considère certainement les USA comme ses affaires : en autocrate.

Et cela enchante ses partisans, apparemment. Ils sont prêts à souffrir pour peu que ceux qu’ils haïssent souffrent. On ne soupçonne pas la haine qui s’était accumulée jusque-là contre les classes dominantes.

Why do Trump voters have no regrets? Because the people they hate are getting hurt more | Arwa Mahdawi

The Guardian (@theguardian.com) 2025-04-19T12:34:38.931Z

Les autres peuples ont des raisons que notre raison ne comprend pas.

La BBC consacrait une émission à Poutine qui disait plus ou moins la même chose. Il est soutenu par sa population. Il est un tsar comme ses prédécesseurs, qui poursuit une politique impérialiste, et son peuple n’attend rien d’autre.

Amnésie

Trump me rappelle ce que l’on a oublié.

On ne se souvient plus aujourd’hui ce que l’on pensait après guerre. En fait, on croyait au triomphe de la raison. Le succès des USA était, en particulier, celui de l’organisation et de la science. C’était probablement l’aboutissement de la pensée des Lumières.

Ce système était bureaucratique, par nature, comme l’explique Max Weber.

Il a été attaqué à la fois par le capitalisme de droite et l’intellectuel de gauche comme un totalitarisme. Discours haineux, celui de Hayek, Thatcher, de la French philosophy… Les intentions initiales ne le méritaient certainement pas. Mais il est devenu notre vérité.

Bourvil

Bourvil en 1962.

Grande célébrité, mais resté curieusement humble.

Ce qui peut-être était la cause d’une carrière ratée ? Il aurait aimé être un acteur dramatique, alors qu’il a dû rejouer toujours le rôle qui avait fait son succès. D’ailleurs, je ne l’ai jamais trouvé drôle.

Autres temps. C’était un excellent élève, qui a choisi d’être boulanger, parce qu’il ne pouvait supporter l’isolement du pensionnat.

La bécasse et le mouton

Ch.Kozar parlait de stratégie comme « vol de la bécasse ». Le chasseur peine à tuer des bécasses, car leur comportement est imprévisible.

Partir dans tous les sens, sans a priori, est la bonne façon d’explorer un monde par nature « complexe ». Petit à petit, l’exploration amène à la compréhension.

Je me demande si l’homme digne de ce nom n’est pas une bécasse. Or, je soupçonne que toute notre éducation consiste à faire de nous des moutons. La perfection étant nommée « élite » ?

(Oui, mais si l’analyse est juste, comment éviter cette malédiction ?)

Drame climatique

Myanmar’s poisoned mountains
The toxic rare earth mining industry at the heart of the global green energy transition

https://globalwitness.org/en/campaigns/transition-minerals/myanmars-poisoned-mountains/

L’émission de la BBC dont il est question plus haut m’a fait rechercher l’étude dont elle parlait. Elle concernait l’extraction de terres rares en Birmanie.

Les Chinois ayant dévasté leur pays doivent s’approvisionner ailleurs en terres rares. Ils profitent de l’anarchie birmane pour faire affaire avec les seigneurs de guerre locaux. Ils détruisent tout ce qu’ils touchent et les populations locales n’auront bientôt plutôt qu’un sol toxique, qui, d’ailleurs, s’effondre.

Plusieurs réflexions :

  • Le capitaliste chinois semble culturellement mafieux. Il y a peut-être une logique à cela : la responsabilité du gouvernement n’est pas engagée par ses agissements ; en revanche, comme il est illégal, elle a un total pouvoir sur lui : qu’il lui déplaise et elle le jette en prison.
  • Quand regardera-t-on en face les conséquences des méthodes que nous utilisons pour réaliser la « transition climatique » ?

Croissance durable

Jay Forrester, créateur de la dynamique des systèmes, a conclu de ses travaux, devenus ceux du Club de Rome, que la croissance causait notre perte.

J’ai un faible pour Jay Forrester. Il y a un quart de siècle, quand j’ai analysé mes travaux et les conclusions que j’en tirais, et cherché ce qu’en pensait la science, j’ai découvert des similarités inattendues avec les écrits de son école (qui existe toujours au MIT).

Cependant, j’ai aussi vu leur limite : on ne peut pas modéliser l’humanité a priori. On ne peut pas savoir ce qu’elle a dans le ventre avant de l’avoir vu réagir.

Quant à la croissance, je pense que c’est un problème mal posé. Car, il semble que nous ayons besoin de croissance. Quand il n’y en a pas, il y a misère et guerre. La vie est croissance ? L’humanité est une création sociale permanente ? En revanche, il est possible que ce que nous appelons « croissance » soit malsain.

Qu’est-ce qui pourrait ne pas aller ? Notre économie est celle de la mort. Comme le disait un précédent billet, lutter contre le réchauffement climatique transforme la planète en mine à ciel ouvert. La nature est détruite. Le véritable changement systémique consiste à nous réintégrer dans la logique naturelle. Nous devons n’utiliser que ce que produit la nature et ne produire que ce qui lui est nécessaire. Ce qui demande du génie. Promesse de forte croissance !

Idiot ?

Individu et organisation

Il y a quelque-chose de dangereux dans l’idéologie de la liberté humaine. Elle tend à sous entendre que, pour l’homme, l’état de nature est d’être seul et isolé de ses semblables. C’est, plus ou moins, le modèle culturel anglo-saxon. Ce n’est pas loin d’être le nôtre : c’est le thème de notre Révolution.

Or, l’homme seul est un danger public, avec son minuscule intellect, qu’il utilise le moins possible, il suit, au mieux, ses impulsions. Même pas ses intérêts. C’est une mouche contre une vitre. C’est Trump. Une société d’individus, même si elle peut avoir un temps beaucoup d’énergie, est inefficace. Elle se perd dans ses contradictions, à l’image de l’Angleterre actuelle, que seules ses colonies sauvent de la décadence finale.

Pour être efficace et quelque peu durable, l’homme a besoin d’entrer dans une « organisation ».

(Ce qui n’est bien sûr pas la fin de l’histoire : l’organisation ayant aussi ses effets pervers – à savoir la technocratie kafkaïenne. La vie est une lutte contre la paresse intellectuelle de la solution de facilité !)

Gaz liquide

Gaz liquide, une fois de plus l’UE est le dindon de la farce. Elle a confié son sort à la Russie, puis aux Américains. C’est ce que j’ai entendu dire à l’émission de Christine Ockrent.

Allons nous être sauvés par l’énergie nucléaire ?

Par ailleurs, me dis-je, elle pourrait être une réponse à la menace que constituent les terres rares (billets précédents). Mais une planète couverte de centrales nucléaires serait-elle très durable ?

En tous cas, l’état précaire de l’UE semble en dire long sur ceux qui l’ont dirigée et qui ne se sont pas privés de critiquer ses populations. Ils ont prôné la lutte contre le réchauffement climatique, mais, contrairement aux Chinois, l’intention n’a pas été suivie d’action ; ils ont absorbé sans le moindre esprit critique tout ce qui se disait aux USA, à commencer par l’inutilité de l’industrie ; ils ont raconté qu’il fallait commercer avec la Chine et la Russie, au prétexte que cela en ferait des amis, alors qu’ils vendaient la corde pour nous pendre…

C’était des esprits purs qui avaient tout intérêt à croire ces belles théories ?

No future ?

Pour ne pas la réchauffer, l’écologiste serait-il en train de détruire la planète ? Serait-il un fauteur de guerres mondiales ? D’asservissement des plus faibles ? (Précédent billet.) Cela ressemble étrangement au scénario des limites à la croissance. Nous sommes pris dans un cercle vicieux. Chaque apparente solution empire le mal.

Sommes-nous condamnés ? A tort ou à raison, je pense que notre mal tient à une division des tâches. Nous ne subissons pas les causes de nos actions. Si l’on pouvait nous rassembler autour d’une table, nous changerions nos solutions jusqu’à ce qu’elles ne fassent plus de dommages ?

British steel

L’affaire du moment, en Angleterre, c’est British Steel. Le propriétaire chinois voulait fermer l’entreprise. On entend dire que la nationalisation est imminente. En attendant, le gouvernement anglais se met en quatre pour lui trouver du charbon.

Après-guerre, le British Steel initial avait été nationalisé pour le moderniser. C’était aussi la raison des nationalisations en France, au même moment. On a oublié que la libre entreprise est souvent paresseuse. Ce n’est pas l’innovation qui motive l’actionnaire, mais le profit !

« British Steel » tout un symbole ! On redécouvre l’industrie, l’importance de l’acier, en ces temps de Trump, et que l’on ne peut pas encore se passer de charbon. Revirement politique sans précédent : hier l’ultra-nationaliste Thatcher n’avait pas craint de vendre au capitalisme international les joyaux de la couronne ; il y a encore peu, on entendait beaucoup d’hommes politiques présenter le Chinois comme l’avenir de l’Angleterre libérée par le Brexit ; aujourd’hui, on prend conscience que le capitalisme chinois est mafieux ; et, qui sait ? qu’il sert peut-être la politique de son pays. Car, sans producteur local, les Anglais devaient acheter de l’acier chinois…

(Sujet complexe, où l’on retrouve domination chinoise, surproduction et coût de l’énergie.)