Equilibre ponctué

La peste aurait-elle fait le succès de l’Europe ? La peste, en tuant une grande partie de l’Europe, aurait rompu l’équilibre de la société européenne. Jusque-là stagnante et rurale, celle-ci serait devenue dynamique, commerçante et urbaine. L’Asie, jusque-là dominante et éclairée, aurait fait l’inverse.

Exemple « d’équilibre ponctué ». L’histoire est faite de grands équilibres, soudainement bousculés par des événements violents, qui les brisent. Capitole et Roche tarpéïène ? Leçon d’humilité ?

(Source : BBC : Conflict and coopération, a history of trade.)

Résistance

Série d’interviews de résistants, dans les années 60 (France culture). Témoignages pour l’histoire.

Réussi ? Ce n’est pas simple de comprendre ce qui s’est passé. Les « témoins » parlent à demi-mot. Difficile de saisir le sens caché lorsque l’on n’est pas un initié.

En tous cas, ce qui est frappant est à quel point il est peu question de De Gaulle. Il était loin de la France ? (Et quelle était sa légitimité ? Il s’était auto proclamé chef de la France. Qui m’aime me suive.)

Un sujet auquel on ne pense pas. Le terrorisme. Fallait-il harceler l’Allemand, quitte à subir des représailles, ou se réserver pour la lutte finale ? Et un argument : si l’on ne s’entraîne pas, on ne sera pas prêts.

Un second argument : les Américains prenaient peu de risques, pour éviter une guérilla urbaine allemande, ils rasaient les villes avant de s’y engager. Il était donc préférable de les libérer, avec les moyens du crû.

Un autre sujet : la peur de la subversion communiste. De Gaulle aurait appelé à l’insurrection populaire, avant de prendre conscience que ce serait celle des ouvriers, dont on avait peur qu’ils soient la cinquième colonne de Staline. Pour autant, ils étaient une force formidable : ils étaient nombreux et entraînés à la lutte des classes. Les Allemands ont hérité du combat entre l’ouvrier et le patron.

La France résistante a vécu entre la menace du Charybde américain, qui voulait en faire un vassal décérébré, et celle du Scylla soviétique.

Massacre

J’ai découvert qu’un des outils du changement thatchérien fut les Quangos, des institutions qui avaient pour but de disloquer la résistance des forces passéistes par leur détermination farouche à faire réussir un objectif unique.

Je soupçonne que ces Quangos sont à l’origine de nos « agences ». Car les techniques thatchériennes se sont diffusées partout en Europe, à notre insu.

Or, j’ai entendu dire que le gouvernement anglais met en cause ces Quangos, dont il constate l’échec.

Je m’attendais à ce que nous fassions la même chose. Il semblerait que j’aie vu juste. Mais je ne pensais pas avoir si rapidement raison. On me disait que notre président s’en prendrait désormais à ces agences. (Mon interlocuteur craignait qu’il ne fasse pas de détail. Or, dans le lot, il en existerait qui travaillent bien, comme l’ADEME.)

Est-ce rassurant de savoir que nous sommes gouvernés par des modes ?

Panne de pensée

Ce qui me frappe, depuis la première élection de Trump, est à quel point Barack Obama fait profil bas. A tort ou à raison, il me semble qu’il pense être responsable de la situation actuelle des USA. D’ailleurs il fut un président impuissant. Il croyait avoir trouvé la panacée et il fut mis en échec. Il symbolise la fin d’une ère ? Celle de la raison et de l’élite. Celle-ci a pêché par « hybris ». Et elle a récolté la tempête ?

Que va-t-il arriver ? Le grand enseignement de la présidence Trump, et probablement de celle d’Hitler avant lui, est à quel point nous sommes incapables de penser. Notre éducation produit un carcan intellectuel. Pire : ce que nous appelons raisonner consiste, je le soupçonne, seulement à répéter l’opinion commune.

(Une anecdote. Il y a longtemps j’interviewais, dans le cadre d’une mission, le président d’un Comité économique et social régional. Je ne devais pas avoir l’attitude d’approbation habituelle, car il m’a demandé, à la fin de l’entretien, quasiment, s’il avait répondu correctement…)

Classique observation de systémique ? A force de vouloir forcer l’homme à « bien » penser, on ouvre en grand la porte au « mal » ? Et peut-être même qu’on le crée ? Jekyll et Hyde ?

De l’utilité du blog

Un jour un ami m’a dit qu’il ne voyait pas l’utilité de mes billets.

J’ai détourné la conversation pour ne pas être déplaisant. En effet, j’aurais pu lui répondre qu’il n’avait pas lu Mancur Olson.

Ce blog illustre sa théorie. Ce n’est pas un bien public, contrairement à ce que l’on peut croire. Il est exclusivement dans mon intérêt. S’il peut-être utile à d’autres, tant mieux.

Qu’est-ce que je lui trouve ? L’écrire me force à penser. C’est curieux, mais la pensée ne semble pas spontanée. Ensuite, il me permet de garder une trace de mes idées et de références qui pourront m’être utiles un jour. Je laisse juste assez d’indices pour pouvoir m’y retrouver. En particulier, je donne rarement les liens qui justifient mes propos (ce que me reprochait un autre ami, qui n’avait pas, non plus, lu Mancur Olson).

Et si mes articles sont généralement aussi courts, cela tient à ce que j’ai peu de temps à leur consacrer, et qu’il est ennuyeux de faire de longues phrases, ou de répéter ce que l’on a déjà écrit. Tant pis pour le lecteur !

Pacte germano-soviétique

La rencontre humaine entre Trump et Poutine ne ressemble-t-elle pas à celle qu’il y eut entre Hitler et Staline.

On s’est habitué à ce que les Etats soient dirigés par la raison et par une forme « d’élite » intellectuelle. Or, jadis c’était des Ivan le terrible qui gouvernaient. Le patron d’entreprise est demeuré Ivan. Surtout lorsqu’il possède une majorité de ses actions.

M.Trump n’est-il pas dans un monde qui lui est familier, lorsqu’il rencontre Poutine et les monarques du Golf ?

Il est curieux que Xi Jinping ne l’ait pas encore compris. Ils ont tout pour s’entendre. Mais ce n’est pas le cas des Anglais. Ils mettent en avant leur monarchie et paraissent tentés par le pot de vin : Trump possède des intérêts dans le golf, chez eux.

Comme le pacte germano-soviétique, la pirouette Trump a pris l’Occident par surprise. Que va-t-il en résulter ?

Marcel Schwob

France culture rediffuse une émission consacrée à Marcel Schwob.

Il est totalement oublié alors qu’il aurait eu une considérable influence sur les écrivains de son temps.

L’émission parlait d’un roman qui eut du succès, des nouvelles apparemment un rien absurde, et une surprenante traduction de Hamlet. Traduction qui m’a fait penser qu’il était peut être absurde de s’attacher servilement au texte initial. Pourquoi ne pas en tirer des interprétations nouvelles, s’il en a le potentiel ?

Ce qui est bon pour les affaires

Boeing could avoid US justice department prosecution over 737 Max crashes
Attorneys for families of victims of two fatal crashes express outrage over potential DoJ deal with the plane maker

Financial Times, 15 mai

Apparemment, Donald Trump pense que ce qui est bon pour les affaires est bon pour l’Amérique. Et que, probablement, ce qui est bon pour les affaires de sa famille est bon pour les affaires en général.

En cela, il est certainement humain. Il faut peut-être toute une éducation pour penser autrement.

(Il paraît tellement convaincu du bienfait des affaires que je l’entendais l’autre jour prononcer un discours pacifiste au moment où il signait un colossal contrat d’armement avec l’Arabie saoudite.)

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?

Intelligent pape ?

Lorsque le pape a été élu, j’ai entendu dire qu’il avait choisi son nom en hommage à Léon XIII. Il était aussi question d’intelligence artificielle… Voici qui ne pouvait que m’intéresser. Et voici ce que dit wikipedia :

His papal name was inspired by Pope Leo XIII, who developed modern Catholic social teaching amid the Second Industrial Revolution. Leo XIV believes the ongoing Fourth Industrial Revolution, particularly advances in artificial intelligence and robotics, poses « new challenges for the defense of human dignity, justice, and labor ».

J’entendais aussi des interviews de pèlerins, qui parlaient de « perte de sens » (génération Z ?) et de l’importance des « traditions ». Et j’ai appris que l’église était particulièrement forte en Afrique.

Hyper matérialisme, hyper individualisme égale perte du nord ? L’homme a besoin de retrouver ses repères existentiels ? La mission éternelle de l’Eglise ? Mais comment le pape se tirera-t-il du lavage de cerveau collectif ? Le « simple d’esprit », degré ultime de l’intelligence ? On ne voit bien qu’avec le coeur ?…