Poulet sans tête

En écoutant une émission sur le séquençage du génome, j’ai pensé que la science avait peu de conscience.

Cela tient à la spécialisation. Le scientifique est un expert vivant dans une bulle et dont les capacités de pensée sont infantiles. Il poursuit son intérêt, aveuglément. Sans jamais envisager les conséquences de ses travaux, sinon pour leur trouver une formulation qui les fera financer.

Peut-être, d’ailleurs, est-ce cette spécialisation aveugle qui a produit le progrès. Moins on pense, plus on court ? Même la crise est productive de progrès. Ce qui ne tue pas renforce.

Quand on y réfléchit bien, la société s’est arrangée pour nous placer tous dans une situation d’irresponsabilité. Qui, en particulier, est moins responsable que le salarié ?

Pétain

Une série d’émissions de France culture m’a fait découvrir Pétain. Curieusement on n’en parle pas beaucoup. La France ne me semble pas très compétente dans l’étude de son passé.

Pétain, comme de Gaulle, et peut-être encore plus que lui, aurait dû être un raté. Un inconnu. Il allait partir à la retraite, simple colonel, si la guerre de 14 ne l’avait sauvé. Il fut alors bien plus populaire que les autres maréchaux, car, me semble-t-il, non seulement il avait été le vainqueur de Verdun, mais surtout il avait été économe de la vie de ses troupes. Et ce contrairement aux apprentis-sorciers qui dirigeaient l’armée. Ce qui n’en faisait pas un grand stratège. Mais annonçait déjà la ligne qu’il a adoptée en 40 ?

Ensuite, il a été, vraisemblablement, coupable tout du long : il est le principal responsable de l’impréparation de l’armée française, il semble même possible qu’il ait voulu infliger une défaite à une France qu’il n’aimait pas, pour la liquider et imposer une forme de « repentance nationale ». Pire ? Il a voulu une France agricole, alors que c’est la puissance de l’industrie qui a donné la victoire à l’Amérique et la domination mondiale. Il n’avait rien compris à l’histoire.

En fait, je ne crois pas que ce soit une question d’homme, de bouc émissaire, mais plutôt de « pathologie sociale ». Pétain n’est que le symptôme d’une maladie culturelle ?

Nom de bateau

Il était dit que la marine militaire américaine avait débaptisé un de ses bâtiments. Jusque-là, il portait le nom d’un militant de la cause LGBT.

Effectivement, ce n’était pas un état de service que j’associe à un navire de guerre. D’ailleurs comment sont-ils nommés ? Voici ce que j’ai trouvé, pour la France :

Les noms proposés doivent répondre à tes critères strictes et qui soient évocateurs selon 5 logiques :

Le milieu naturel (comme le vent : PHA Mistral, ou Cassiopée, Orion, Glycine, … )
La vertu (Le Téméraire, Le Vigilant, Le Triomphant, La Confiance, La Combattante)
La reconnaissance (Charles de Gaulle, Dixmude, Surcouf, La Fayette, …)
La cohésion de la Marine et de la Nation (Aquitaine, Auvergne, Bretagne, Marne)
Le Rayonnement de la France

Article.

Il me semble, en outre, qu’il doit y avoir un caractère militaire : Jeanne d’Arc, Clémenceau, le père de la victoire, par exemple, Dixmude est une bataille, une classe de navires de la première guerre portait le nom de « sans peur » (dreadnought)… Peut-on avoir des Louis Pasteur, Mère Térésa, Einstein, Gandhi ?

D’ordinaire, une société donne le nom de ce qui la représente le mieux à ce qui compte le plus pour elle. Je me demande si, ces derniers temps, on n’a pas pensé qu’en modifiant le langage, on changeait la culture et l’homme.

Science

La science a bien changé. De mon temps, elle était le fait de génies. Les révolutions succédaient aux révolutions.

Aujourd’hui, ce que m’en disent la BBC, France Culture et Quanta, me fait plutôt penser à de l’artisanat. Certes, tout est infiniment plus complexe qu’au temps d’Einstein. Il y a eu invraisemblable empilage de découvertes. Si l’on ne s’était pas, d’ailleurs, habitué à cet empilage, on pourrait s’étonner de la précision des mesures que l’on est capable de faire. Car elles sont elles-mêmes le résultat d’une quantité de théories et d’hypothèses plus ou moins vérifiées.

Le travail du scientifique ressemble à celui de l’ingénieur. Il bricole. Il cherche, à droite et à gauche, des outils. Il expérimente. Et, surtout, il travaille en groupe. Et il travaille sur des questions infimes. Il appartient à une communauté d’initiés, dans laquelle on s’attribue des prix entre soi. Pour avoir le courage de mener un travail ingrat, il faut bien quelques récompenses ?

La science moderne a fait une découverte. La nature est « complexe ». Croire à l’équation ultime est illusoire. Le temps des démiurges est fini.

Maternalisme

the authors propose that high levels of prenatal sex steroid hormones in the womb, combined with increased placental function, may have made human brains larger and more interconnected. At the same time, a lower ratio of androgens (like testosterone) to oestrogens may have led to reductions in competition between males, while also improving fertility in females, allowing humans to form larger, more cohesive social groups.

Article.

Ce qui aurait fait le succès de l’espèce humaine se jouerait dans le placenta, il aurait fait de nous une espèce féminine, ce qui a de nombreux avantages.

Alors, le féminisme actuel serait-il la fin de l’histoire ? Peut-être. Car il est exceptionnellement agressif : chant du cygne du masculinisme ?

Société de gaspillage

1973. l’ingénieur agronome René Dumont discute avec le polytechnicien Alfred Sauvy. Sujet : « la société de gaspillage ».

A l’époque, il s’agit de protéines. Les lois du marché en privent les pauvres pour les donner aux vaches des riches. Révoltez-vous ! Mais les pauvres se battent les uns contre les autres.

Le cauchemar ? Qu’un jour la planète compte 6 milliards d’humains.

Le démographe Sauvy remarquait que si la France avait été le pionnier de la limitation des naissances, cela tenait à ce que sa population avait accordé une personnalité à l’enfant, qui était devenu précieux. Le meilleur moyen de limitation des naissances était l’instruction. En revanche, attention au vieillissement. Pour qu’une nation soit dynamique, elle doit être jeune. L’Allemagne, déjà, le préoccupait.

Ce qui m’a fait penser, et c’était d’ailleurs ce que disait plus ou moins René Dumont, que, dans notre monde de gens âgés, le vieux n’a pas d’autre option qu’être jeune ! Question d’intérêt général.

Pour en finir avec la société de gaspillage.

Homme et loup

L’homme est le seul animal à poursuivre et tuer un adversaire malheureux. Voilà ce que j’ai entendu chez France Culture (La famille chez les animaux).

La doxa du moment nous dit que l’homme est l’incarnation du mal. Mais, à y regarder de plus près, cela ne semble pas évident. En effet, si l’homme tue l’homme qui fuit, c’est, peut-être, parce que, contrairement aux animaux, celui qui a perdu n’accepte pas définitivement sa défaite. Il saisira la première occasion pour planter un couteau dans le dos du gagnant.

Ce qui signifie aussi que, chez nous, les hommes, les conflits ne résolvent rien. Aucune victoire n’est définitive. Aurions-nous le choix entre la paix des braves et la disparition de l’espèce ?

Aérotrain

Dans mon enfance, l’aérotrain était l’avenir. On le retrouvait dans tous les dictionnaires et ouvrages de vulgarisation. Puis il a disparu.

Pourquoi ? Fait du prince ? Pompidou l’aimait. On voulait l’employer comme outil d’aménagement du territoire. Ce serait une navette qui relierait, à 400km/h, une ville, comme Cergy ou Orléans, à Paris en quelques minutes. Seulement, quand il s’est agi de Cergy, chaque élu placé sur la ligne a voulu que l’aérotrain s’arrête chez lui, ce qui vidait le projet de son sens.

Et, lorsque Giscard d’Estaing, a été élu, il s’est empressé de le tuer. Raison inconnue. On murmure qu’il ne voulait plus de projets de « prestige ». Ce qui ne semble pas avoir été le cas de l’aérotrain, qui aurait eu des « marchés à l’export »…

On découvre, petit-à-petit, le rôle curieux de Giscard d’Estaing. Faudra-il un jour s’interroger sur la « vision de la France » qu’il eut, et sur sa conséquence ? (Mais, il est aussi possible que tous les « éligibles » de l’époque n’aient pas été bien différents ?)

L’aventure de l’aérotrain, 1997.

Les malades qui nous gouvernent

Hasard de wikipedia. Je découvre la fiche de Kennedy. Sa santé était dans un état détestable, et il était prêt à avaler les médecines les plus douteuses pour ne pas en subir les conséquences.

According to Travell’s records, during his presidential years Kennedy suffered from high fevers; stomach, colon, and prostate issues; abscesses; high cholesterol; and adrenal problems. Travell kept a « Medicine Administration Record », cataloging Kennedy’s medications:

injected and ingested corticosteroids for his adrenal insufficiency; procaine shots and ultrasound treatments and hot packs for his back; Lomotil, Metamucil, paregoric, phenobarbital, testosterone, and trasentine to control his diarrhea, abdominal discomfort, and weight loss; penicillin and other antibiotics for his urinary-tract infections and an abscess; and Tuinal to help him sleep.

Combien de temps aurait-il pu survivre ? me suis-je dit.

Puis : comment fit-il pour donner une telle image de jeunesse et de dynamisme, et mener autant de liaisons extra-maritales ?

Il y a des personnes qui ont un « élan vital » exceptionnel ?

Flaubert

George Sand écrit à Flaubert. Il est malheureux, ses livres n’ont pas de succès. Cela tient à ce qu’ils sont désincarnés, lui dit George Sand. Le lecteur a besoin d’une histoire, d’explications sur ce qu’elle signifie. C’est ce que Flaubert a réussi, à moitié, sans le vouloir, avec Madame Bovary. D’où son succès.

George Sand me semble avoir été de bon conseil. Ce qui a fait la fortune de Victor Hugo, de Shakespeare et des autres est la combinaison d’une histoire populaire et d’un projet artistique, qui rend l’oeuvre durable.

Quant à Flaubert, il jouit d’une sorte de succès d’estime. Il plait à l’intellectuel. L’intellectuel ne comprend pas mieux Flaubert que le peuple. Ce qu’il a retenu de ses études est que ce qui est incompréhensible est divin ? Il est intarissable sur l’incompréhensible. Et ça lui a valu de bonnes notes ?