Mimoun, c’est une certaine idée de la France ?
Peut-être aurait-il pu appeler son histoire « le rêve de ma mère ». Il est curieux, en ces temps de féminisme exacerbé, qu’on ne parle pas du rôle central que joue la femme dans les civilisations dites patriarcales. Le père de Mimoun semble s’être épuisé à la tâche, mais ne lui a pas laissé beaucoup de souvenirs. Sa mère, quant à elle, a voulu un destin pour son fils.
Il a commencé par être un excellent élève. Il aurait dû devenir instituteur, mais on lui a préféré un fils de colon. En cela, il a connu la même mésaventure que d’autres sportifs, de la métropole. (On oublie parfois que les premiers colonisés furent français ?) Il a eu la même réaction qu’eux : il a pensé que cela ne lui serait pas arrivé s’il avait été en France (à Paris, pour les provinciaux). Il s’est engagé dans l’armée. Il s’en est suivi 7 ans de guerre. Il a été gravement blessé, et a évité l’amputation par miracle (il a été opéré par un Français et pas un Américain).
A la libération, il s’est demandé quoi faire. Il s’est rappelé qu’il avait des dons sportifs. Et il a commencé à gagner des courses. Mais, par rapport à aujourd’hui, quelle différence ! Ses victoires ne lui valaient aucune considération. Il vivait dans la précarité et travaillait pour nourrir sa famille. Et il mangeait les restes d’un restaurant !
Et si l’on n’avait pas besoin de se droguer pour être un champion ? Toujours est-il qu’il a eu une longévité exceptionnelle.
Finalement, il a voulu laisser quelque-chose à la France. Créer un centre d’entraînement, en Corrèze, pays de sa femme. Mais aucun homme politique n’y avait intérêt. Il a fallu l’intervention d’un Jacques Chirac de 32 ans, pour que le rêve devienne réalité.