Civilisation

France Culture s’intéresse à la question de la civilisation. En particulier à sa naissance.

Je ne suis pas sûr d’avoir entendu la réponse à cette question. D’ailleurs, les émissions datent des années 50 : nos idées n’ont-elles pas évolué depuis ? C’était, d’ailleurs, ce que disait Jacques Soustelle : les théories sont des rationalisations des observations du moment.

Je retiens la distinction entre culture et civilisation.

Comme le répète ce blog, qui dit groupe humain dit culture (au sens anthropologique du terme). C’est à dire code de lois commun, essentiellement inconscient. L’artefact, la maison et le ministère de la culture ne sont que la partie émergée de la culture.

Il semble que, arrivé à un certain point d’ébullition, il y ait changement de phase. La culture se répand autour d’elle. Elle devient civilisation. Cela ne tiendrait-il pas à des conditions démographiques, et à une forme de division des tâches ?

Et aujourd’hui ? La culture ne peut plus s’étendre ? Et l’originalité, qui demandait l’isolement, n’est plus possible, en dépit des efforts des Xi, Poutine et autres Trump ? Civilisation mondiale ?

Communisme

Ne sommes-nous pas en train de réaliser la fusion de l’humanité ? Le cours de l’histoire serait-il déterminé ? L’analyse de Hegel a quelque-chose de fascinant, car elle est d’une logique « infernale ».

Mais alors, comment éviter la pensée unique, la culture unique, un monde qui se recroqueville sur lui-même et se trouve fort dépourvu au moindre incident, faute de pratique ? Vers la paix perpétuelle de Kant ? Maintenir des cultures combattantes ?

Comment ? Par le « communisme » ? Mais pas au sens de Marx, au sens d’Elinor Ostrom ? C’est-à-dire, un auto-contrôle par l’humanité de quelques règles communes nécessaires au bon fonctionnement de l’humanité ?

Tentation moderne

Quelle est la tentation de notre époque ? me suis-je demandé, en écoutant Jankélévitch (un billet précédent).

Au début de ma carrière, je m’occupais d’algorithmes. Ce qui m’a frappé alors est que ceux qu’écrivaient mes collègues ne marchaient pas. Il fallait les reprendre, ce qui est devenu mon travail. Ils disaient « on n’avait pas le temps de faire autrement ». Mais, traiter correctement le problème n’avait rien de compliqué. Et, de toute manière, le temps que l’on pensait avoir gagné initialement, on l’avait perdu, au centuple, en corrections (qui ne corrigeaient rien) de « rapports d’incidents » expédiés par des clients hystériques.

Ce constat est revenu sans cesse dans ma vie. C’est d’ailleurs la raison qui m’a fait écrire mon premier livre. Toute notre société semble le résultat de choix bizarrement paresseux. Des choix idiots, alors que la conduite vertueuse n’aurait demandé quasiment aucun effort supplémentaire. Peut-être, simplement, un peu de volonté. Une volonté qui constate que notre première idée n’est pas satisfaisante, et qui nous demande d’en chercher une autre.

Aristote pensait que la vertu s’apprenait. Comment créer des conditions qui fassent que l’individu acquiert de la volonté ?

Inconfort vital

En écoutant Vladimir Jankélévitch, je me suis demandé si faire ce qu’il demande n’exige pas « l’inconfort », ce que j’ai appelé « l’in quiétude ».

Comme souvent, il n’est peut-être pas possible de dire ce qu’il faut faire, mais, simplement, indiquer ce dont-il faut se méfier ? Ici ce serait donc le confort. A la fois le train-train de la routine, le contentement de soi résultant du travail bien fait, de la position sociale méritée, la retraite mais aussi l’opinion certaine, le raisonnement imparable que sélectionne, par exemple, l’école d’ingénieur française.

Comment vivre heureux et in quiet ? Un apprentissage ?

Paix éternelle

L’Europe submergée a écrit Alfred Sauvy. Il y a quelques années, j’ai lu que la crainte que l’Amérique soit submergée pourrait être à l’origine des remous qui s’y produisent.

D’un côté, on pense qu’il faut être les amis des forces de submersion, aujourd’hui « dominées », de l’autre qu’il faut les combattre.

Comme souvent, il est possible que tout le monde ait tort.

L’hypothèse de la submersion est vraisemblable, mais le résultat qu’on lui suppose n’est pas le seul possible. En effet, les deux camps semblent croire qu’il ne peut qu’y avoir règlement de compte. Il serait plus judicieux de laisser en héritage un monde paisible, à l’image du projet d’Union européenne. Et, ce n’est pas une question de bons sentiments, mais de « gilets jaunes ». Il faut construire un monde qui réponde aux aspirations naturelles de l’homme, qui sont fort éloignées de celles de Platon.

La tentation de Jankélévitch

De la tentation, cours de Vladimir Jankélévitch.

Feu d’artifice. Mais, à la longue, difficile à suivre. Et ce en dépit des pauses musicales et d’explications érudites. Comment ses étudiants parvenaient-ils à tenir ?

Où veut-il en venir ? Nous montrer ce que devrait être l’hygiène de l’intellect ? Prendre un concept et l’examiner sous tous ses aspects, faire intervenir toutes les pensées qui l’ont examiné, et voir ce que l’on peut en tirer ? Faites ce que je fais, pas ce que je dis ?

Exercice gratuit ? La tentation est un concept chrétien, qu’a-t-il à faire dans notre société ? La tentation n’existait pas chez les Grecs. Sa condition nécessaire n’est-elle pas totalitaire : pêcher c’est s’écarter de la ligne du parti, dont les voies sont impénétrables ? Heureux les simples d’esprit, ou, plutôt, les légumes ?

Mais l’analyse n’est pas sans aspects curieux et piquants. En revenant au texte en version originale, Jankélévitch montre que les exégètes bien-pensants détournent l’esprit des lois. La mission de Dieu est de nous induire en tentation ! Le diable est le suppôt de Dieu ! Et la tentation n’est pas une question de choix entre options comparables, mais de volonté. D’un côté la vertu, le devoir, austère, lointain et quasi incompréhensible, de l’autre, le « farniente », la paresse intellectuelle. Dieu nous soumet à la tentation pour que nous soyons des hommes dignes de ce nom ? L’homme digne de ce nom se livre, sans cesse, au spectacle que donne Jankélévitch ? Il maintient son cerveau en état de marche par un exercice désespéré, façon Sisyphe ? Bref, vivre c’est résister à la tentation de la retraite ? La tentation est celle de ne pas penser ?

Etrangement, cela évoque une question récurrente en anthropologie : la signification des mythes. Derrière les mythes il semble qu’il y ait une raison « existentielle ». Le mythe ressemblerait-il à l’enrobage du médicament : il permet au principe actif de circuler dans l’organisme jusqu’à atteindre ce à quoi il était destiné ?

Amérique éternelle

Il y a quelques billets, je parlais de Roosevelt et de son émission. Celle-ci me pose, à la réflexion, deux questions.

La crise de 29 fut effroyable aux USA. En outre, je la crois la cause de la guerre de 40. Roosevelt l’attribuait à des financiers irresponsables. Avait-il raison ? Ou y avait-il un mécanisme, tout aussi pernicieux, et propre à la culture américaine à l’oeuvre ? Les mêmes causes pourraient-elles produire les mêmes effets ?

Qu’est-ce qui a remis l’Amérique d’aplomb ? Mes livres de cours disaient : la guerre. Mais ne serait-ce pas plutôt le Plan Marshall ? La reconstruction de l’Occident qui a créé un marché pour les USA ?

Roosevelt a mené une politique contre-culturelle : il a sorti les USA de leur isolationnisme et il a remplacé leur libertarisme natif par la planification étatique, qu’il a étendue au monde.

Il n’est pas certain que cela ait été par grandeur d’âme. Puisque ce dont on avait l’habitude ne marchait pas, il fallait faire le contraire ? L’Américain est pragmatique ?

Staline et Poutine

Il y eut un différend entre Staline et Lenine, disait une émission de France Culture.

Lenine pensait attirer les nations dans une union, certainement mondiale. N’était-ce pas le destin que lui avait fixé Marx ? Staline, voulait les acquérir, faire une grande Russie et non le paradis sur Terre. D’où la question de l’Ukraine.

Aussi, Staline était géorgien. Pour être un dirigeant russe légitime, il lui fallait que la Géorgie fasse partie de la Russie. La Géorgie a donc fait les frais de sa volonté de puissance. En revanche, il semble avoir imposé à la Russie la cuisine géorgienne. Paradoxalement, les Caucasiens seraient perçus comme des « culs terreux » par les Russes.

Poutine serait du côté de Staline. Qu’en déduire ?

Ridicule Europe

On disait que Trump était un pitre. Il a ridiculisé l’Europe. Sans que nos médias en fassent le moindre cas, il semble avoir mené des négociations séparées avec chaque pays. Et joué sur la lâcheté de nos gouvernants.

Rather than engage in a classical negotiation, Trump, “who hates the European Union,” Gardner said, set out to “fragment” what he sees as a “divided, weak, slow, cumbersome organization.” And the president “did succeed” in doing that, he added.

() While it’s understandable that Europe sought to avoid short-term pain, it underestimated the costs of its approach. “The long-term message to China, among others, is that bullying works,” Gardner said. “It says that a far more effective way to get concessions [from the EU] than negotiating is to threaten, to ruthlessly use leverage to divide the EU.”

() Brussels misstepped by not using the powerful trade tools at its disposal. “We all know the EU isn’t a superpower, except on trade … But they underplayed their hand. Donald Trump never believed they would use the anti-coercion tool.”

() Gardner pointed to national leaders defending domestic industries as the main problem, arguing “that member states have shown a lack of solidarity at a critical moment. By doing so they have weakened the Commission.”

Politico.eu du 4 août

L’UE ayant montré sa faiblesse, d’autres vont s’y engouffrer. Il est désormais possible qu’elle n’ait pas d’avenir.

Problème européen

Le graphique ci-dessous ne résumerait-il pas le problème que doit résoudre l’Europe ?

M.Trump veut éliminer la surface bleue par la force. Il ne restera à l’Europe que la surface rouge, qui elle n’aspire qu’à grandir.

Résultat d’années d’aveuglement ?

Il faut maintenant rétablir un équilibre, amener tout ce beau monde à comprendre que l’économie n’est pas une guerre. Car on ne peut pas tuer son client, qui est une vache à lait. Tous doivent produire ce que les autres veulent acheter, mais ne savent pas fabriquer. Et que la start-up, et rien de ce à quoi ont cru nos gouvernants, n’est pas la solution.