Le maréchal de Saxe assiège une ville. Il envoie une lettre fort civile à son gouverneur.
Il lui explique que ce dernier ferait mieux de se rendre rapidement, car le soldat français est indiscipliné et incontrôlable, et il trouve toujours des moyens d’entrer dans une ville. Il serait bien d’éviter les fâcheux incidents qui ont eu lieu déjà à deux reprises.
Le gouverneur s’est rendu sans faire de manières.
Ce qui m’a le plus surpris est que j’ai employé, un jour, le même type d’argument. Le hasard et quelque obscure manoeuvre interne m’avaient donné la direction commerciale d’un cabinet de contrôle technique, en plus du poste pour lequel j’avais été embauché. Un de mes confrères est venu me voir et m’a proposé de s’entendre, de façon à ce que les directeurs d’agence de ma société cessent de lui prendre ses clients. Je lui ai répondu que j’avais le même souci que lui. Que l’attitude agressive de ces directeurs posait à ma société un problème de rentabilité, grave. Que le mieux que l’on pouvait faire était de ne pas attirer leur attention sur ses clients. Car je ne maîtrisais rien.
Une autre lettre, du maréchal de Saxe à Frédéric II, révèle que le maréchal était honnête et pensait, effectivement, que le Français était indiscipliné et incontrôlable. Ce qui était aussi mon cas. Mais, si on sait en tirer parti, on peut en faire de très bonnes choses : prendre une ville ou augmenter la rentabilité d’une entreprise…