« Précis de décomposition », une émission de 1950 de la « Chaîne nationale ». Etrange émission. Cioran, à peine arrivé en France, reçoit un prix décerné par les sommités de la littérature de l’époque.
Si je comprends bien, il y exprime sa haine de son pays d’accueil. Tout en expliquant que seule la tragédie lui plaît.
Faut-il, finalement, entendre ses déclarations comme un compliment ?
Bien que je ne sois pas un universitaire, nous semblons avoir beaucoup de choses en commun. Tout d’abord, un intérêt pour l’histoire et la méthode anthropologique, et aussi, peut-être, une forme de « révolte » au sens de Camus. Il y a encore un même intérêt pour Durkheim, Weber et Marc Bloch (qu’il a certainement bien mieux étudiés que moi). Mais un désaccord concernant Bourdieu et Foucault. Quoi que, pour ceux-ci, il dise avoir surtout apprécié leur révolte, et leur utilisation de la science comme art de combat. (J’ai appris que Bourdieu tenait la frustration qui avait orienté ses travaux des classes préparatoires aux grandes écoles.) Plutôt que d’adopter leur opinion, d’ailleurs, il a utilisé leurs outils.
Son travail de terrain, mais aussi l’expérience de ses origines modestes, paraissent l’avoir mis en porte-à-faux avec la gauche intellectuelle, milieu naturel de l’universitaire. Mais la nature du différend est difficile à comprendre, car son vocabulaire n’est pas le mien. Il parle « d’autonomie de la science », « d’intersectionnalité », de « tout est politique ». Il y est aussi question de « rapports de domination », ce qui est plus classique.
Je crois comprendre que ses enquêtes lui ont montré que la réalité était beaucoup plus complexe que les théories de la « gauche qui fait l’opinion », notamment en ce qui concerne la question de la « domination » ; que sa censure systématique de tout propos qui semble contredire sa ligne (« tout est politique »), que son instrumentalisation de la science (« autonomie de la science »), que le manque de subtilité de ces pratiques lui a aliéné l’opinion, qui a porté au pouvoir le « populisme ». Et que le phénomène a été détecté dès le début des années 2000 aux USA.
Pour l’heure, il cherche à montrer, grâce au spectacle, que les propos populistes sont infondés.
Lointaine émission. Julien Duvivier raconte sa vie. Humour un peu grinçant. Tout semble facile. Les films s’enchaînent.
Vraiment ? Il évoque, mais brièvement, quelques difficultés. Comme les malédictions qui semblent s’être abattues sur lui et son équipe lors d’un tournage d’un film ayant pour sujet la malédiction.
Alors, que reste-t-il de son oeuvre ? Des fils « datés » ?
Il a dû changer la fin de « La belle équipe », pour qu’elle soit heureuse, ce qui a donné un succès, mais vidait l’oeuvre de son sens. Et s’il en avait été ainsi pour tous ses films ?
Oublié aujourd’hui, il semble avoir laissé l’image de l’homme politique idéal. Son passage au gouvernement aurait même été une des deux seules fois de son histoire où le Canard enchaîné fut d’accord avec le gouvernement.
On apprend qu’il fut un radical. Et qu’il eut une grande popularité mais qu’il gouverna peu. En revanche, son passage au gouvernement fut particulièrement efficace. (Je me demande s’il ne s’était pas épuisé.)
Il me semble avoir été au dessus des partis politique et avoir voulu réaliser la véritable République. Celle qui serait dirigée par le peuple. Apporter la touche finale à la révolution ? Son rôle était de permettre la mise en œuvre de la volonté générale. En cela, il était l’antithèse de De Gaulle (qu’il disait admirer), qui demandait au peuple le mandat de faire ce qu’il jugeait bon.
Politicien idéal ? Trop droit et intelligent pour ne pas se tuer à la tâche ?
Alexandre Dumas était une de ces personnes qui bafouent les règles de la société mais à qui tout est pardonné. En particulier, dans son cas, il multipliait les familles et les enfants au gré de ses coups de coeur. (Conférence d’André Maurois.)
Ce fut aussi le cas de Ninon de l’enclos, de François Mitterrand ou de Bill Cliton, au moins dans sa jeunesse.
A quoi cela tient-il ? Confiance en soi rayonnante ? Séduction ? Faiblesse de nos conventions sociales, qui sont essentiellement des constructions intellectuelles ?…
Apparemment une femme aurait été condamnée à perpétuité, en France. Ce serait une première. La presse étrangère en fait sa une.
J’ai lu que jadis une femme avait assassiné un grand nombre d’enfants sans jamais être condamnée, même lorsqu’elle était prise sur le fait. Que la femme ne soit pas l’ange du foyer menaçait d’ébranler la société, comme la condamnation de l’armée dans l’affaire Dreyfus ?
Grand thème de discussion du moment : l’intelligence artificielle va ridiculiser l’intelligence humaine, faut-il laisser faire ?
Extraordinaire coup de publicité auquel ses auteurs croient. Une partie de la société a une fascinante capacité d’auto persuasion. Et le journaliste en fait partie. Même le scientifique a été acheté : s’il ne parle pas d’une idée à la mode, sa recherche n’est pas financée.
Psychologie de l’escroquerie : on croit à ce en quoi on a intérêt.
Ce qui pose la question de la manière d’éviter ce phénomène (autrement que par la crise).
Le rêve chez les Surréalistes, chez Freud… Et chez vous ?
Vous souvenez-vous de vos rêves ou dormez-vous à poings fermés ? Vous intéressez-vous à vos rêves ? Leur croyez-vous un quelconque intérêt ?
Ce qui est surprenant est à quel point l’intellectuel tend à « prendre son cas pour une généralité », comme auraient dit mes copains de cours élémentaire. Et à manquer de sens critique ?
Déprimant. On retrouve du micro ou nanoplastique partout. Dans tous le organes du corps, pour commencer.
Non seulement, il est partout dans la nature, mais, apparemment, tout contenant en plastique « fuirait ». Autrement dit, on n’arrête pas de rajouter du plastique à ce que nous consommons.
Seule bonne nouvelle : on n’est pas encore parvenu à détecter des effets toxiques. Peut-être, comme pour l’oxygène, poison pour beaucoup d’organismes, verra-t-on apparaître de nouvelles espèces qui profitent du plastique ?
Toujours est-il qu’il serait peut-être temps que l’on revoie notre façon d’envisager le progrès. Jusqu’ici, on commençait par inventer, puis, des accidents plus ou moins graves faisaient prendre conscience des « externalités négatives » de l’invention, que la société essayait alors de corriger. Il semble que ce procédé ne soit plus possible : une innovation malencontreuse peut rayer l’humanité de la carte…
Averroès semble avoir estimé que le cerveau de l’homme était animé par celui de Dieu. Ce qui ne faisait pas l’affaire des Chrétiens, qui croient au libre arbitre.
Le libre arbitre du Chrétien, comme le déterminisme du scientifique, ne me semblent pas des théories défendables. Quand on observe le passé, on constate que l’homme appartient à son temps. On met en avant tel ou tel individu exceptionnel, comme s’il avait créé son époque, mais il n’en était que l’effet. Ce n’est pas le Mont Blanc qui a fait les Alpes. Mais ce temps, et ces modes, ne sont, pas plus, déterminés, il résultent d’une forme de chaos. Il semble qu’il y ait une création permanente, qui brouille toute possibilité de prévision.
Pour autant, tout se passe comme si nous avions un libre arbitre et que nous pouvions orienter l’histoire. Et c’est probablement une bonne chose que nous en soyons convaincus.