L’héritage des trente glorieuses

Ces derniers temps, la vie nous a certainement appris des choses sur les pathologies de l’affluence matérielle (), et de ses conséquences telles que l’ennui, l’égoïsme, le sentiment d’être un individu d’élite, et d’une supériorité « méritée », la stagnation à un faible niveau de maturité, la destruction du sentiment de communauté.

Abraham Maslow, Motivation and personality.

Surprise, le livre dont est tiré cette citation a été publié en 1970, année de la mort d’A.Maslow, et a donc dû être écrit dans les années 60. Or, il semble parler de notre époque. En particulier de ce curieux terme « d’élite » dont nos gouvernants se sont affublés, alors que, par les critères d’évaluation du mérite traditionnels, ils sont médiocres, et que leurs prédécesseurs, qui auraient bien mieux mérité ce titre, ne l’utilisaient pas.

L’après guerre et son Etat paternaliste auraient-ils accouché d’une société immature ?

800000 rebonds

L’association 60.000 rebonds s’appelle ainsi parce qu’il y a 60.000 faillites en France.

Or, c’est faux. Il y en a 800.000 ! En effet, depuis 2008, et la promulgation du statut de micro entrepreneurs, le nombre de créations d’entreprises en France a purement et simplement explosé. Il y en a eu 8m de 2013 à 2022. Et la plupart de ces entreprises, bien sûr, font faillite !

D’un claquement de doigts, notre gouvernement de l’époque nous a transformés en une nation d’entrepreneurs. Notre économie s’en porte-t-elle mieux ? Peut-être pas, mais les comptes de Pôle Emploi (France Travail), si ?

https://bpifrance-creation.fr/observatoire/etudes-thematiques/statistiques-creation/focus-10-ans-creation-dentreprise-france

Prochaine crise

Incertitude de fin d’année.

En Ukraine, M.Poutine semble grignoter du terrain. Peut-être a-t-il eu raison de penser que l’Occident se lasserait des Ukrainiens ? Mais peut-être que la stratégie des Occidentaux est, simplement, de le saigner, de façon à lui retirer son pouvoir de nuisance. L’Ukraine serait-elle son Verdun ?

Et il y a Israël. Bien que le conflit ne se soit pas étendu, pour le moment, il est encore possible de rejouer le scénario de la guerre du Kippour, avec la crise économique qui va avec. D’ailleurs les alliés de l’Iran semblent tâter le terrain. Seulement, à l’époque, l’Occident était riche. Alors, crise de 29 ?

Une nouvelle épidémie ? Une crise innovante ?

Le problème avec les crises est, grand théorème du changement, qu’elles révèlent la nature réelle d’une société (cf. ce que dit Kurt Lewin), et, comme je le répète à qui veut m’entendre, elles font « tomber les cadavres des placards »…

(La BBC annonçait jeudi dernier que le chiffre d’affaires de l’industrie de l’armement avait augmenté de 10% en 2 ans. Ce qui ne paraît pas beaucoup, contrairement à ce qu’elle pensait, et montre probablement que nous vivons sur une poudrière.)

L’héritage de Pétain

Un ami m’a dit que nous devions la carotte râpée à l’occupation allemande. Je me suis renseigné : c’est juste. (Mais cela n’a rien à voir avec la Carotte Vichy, qui a anticipé le sens de l’histoire.)

J’ai trouvé plusieurs livres de Cécile Desprairies qui rappellent cet héritage, qui n’est pas négligeable, semble-t-il. (Lecture de Libération.)

La période de Vichy est un trou noir, dont on ne sait rien. Et si nous lui devions beaucoup plus qu’on ne le dit ? N’est-ce pas après cette période que la France a changé d’allure ? L’Etat technocratique, qui jusque-là était vu comme attentatoire à la liberté, s’en est emparé. Puis, en 58, de Gaulle s’est débarrassé de ce qui restait de démocratie parlementaire. La France aurait-elle fait le constat implicite que le Maréchal avait raison, que le régime qui prévalait avant guerre avait été la cause du désordre et de la défaite ? Mais qu’il ne fallait surtout pas le dire, pour ne vexer personne ?

Mystère ?

Sociologie du skateboard

Vive le réchauffement climatique ?

Vague de chaleur en Californie. Plus d’eau pour les piscines. On découvre qu’elles donnent des ailes au skateboard. Des innovations techniques qui transforment la qualité des roues, la culture surf et l’esprit des affaires locaux, et c’est parti. Une nouvelle industrie est née, et ses milliards de dollars.

Le secret de l’innovation ? Une masse critique sociologique, et une étincelle de hasard ?

“When you look a bit deeper, it confirms our thinking that climate and environmental factors deeply influence society. These developments are not random – in the case of skateboarding, you needed each one of the ingredients to exist in the same place and time. It couldn’t have happened ten years earlier, ten years later, or a few hundred miles away.”

Une recherche de l’Université de Cambridge

Faire réussir le libéralisme

La France est libérale, disait un précédent billet. On ne l’a pas vu venir, mais c’est irréparable.

Seulement, l’effet qu’attendaient les promoteurs du changement n’est pas survenu. Ils n’ont pas libéré les instincts animaux de l’entrepreneur. Ou, plutôt, les dits instincts ont eu des manifestations imprévues. Et, pour éviter quelques révolutions, nos gouvernants ont dû arroser abondamment les révoltés de subsides illibérales.

Il s’agit maintenant de faire réussir le libéralisme. Le plus intéressant dans cet exercice est de comprendre que tout ce que l’on dit sur ce sujet est faux. Et ce depuis les Lumières.

Le libéralisme consiste à « libérer » l’individu. On a proposé plusieurs recettes pour cela. La nôtre, actuellement, est celle du marché. Si le marché régule la société, alors aucun homme ne sera soumis au pouvoir d’un autre homme ! Seulement, on a oublié de se poser la question : le marché veut-il notre bien ? Et s’il s’agissait là du phénomène qu’Hegel a appelé « aliénation » ? Parce qu’il a peur de l’homme, l’homme se donne au totalitarisme ?

Mais il y a plus subtile. Le libéralisme, quelle que soit sa tendance, croit qu’il doit créer une société d’individus : des gens n’ayant pas de rapport les uns avec les autres. C’est pour cela que notre gouvernement, lorsqu’il veut stimuler l’économie, donne des aides à l’entrepreneur, à l’individu.

Déjà les penseurs du radicalisme avaient vu la faille du raisonnement. En particulier, ils firent le même constat que nous, dernièrement : nous sommes solidaires vis-à-vis des épidémies. Croire que l’on peut isoler un individu d’un autre est une illusion. Ils ont donc inventé le « solidarisme ». Les humains doivent pouvoir s’entraider. D’où les lois sur l’association. Ce que l’on appelle aujourd’hui économie sociale et solidaire.

Mais eux aussi font une erreur. Le modèle de Maslow semble juste : c’est son milieu immédiat qui permet à la personnalité de l’individu de s’épanouir. (Et n’est-ce pas cela le véritable objet du libéralisme ?) Pour l’entreprise, on constate le même phénomène, on parle de « cluster ». Autrement dit un régime libéral ce n’est pas zéro société, c’est beaucoup plus de société. Mais une autre forme de société que celle à laquelle nous sommes habitués.

Il reste à l’inventer.

Philosophie de l’amour

Ce que la philosophie a de remarquable, c’est son assurance. Elle manipule des concepts comme s’ils étaient une vérité de la nature. Qu’est-ce que « l’amour » par exemple ? Pour certains, l’amour, pas défini, donc, viendrait d’un manque. Mais qui a jamais rencontré un « manque » ?

D’ailleurs le philosophe a-t-il une expérience de ce dont il parle ? Les participants à l’émission In our time, de la BBC, qui débattaient du sujet, paraissaient sérieusement en douter.

En tous cas, ce qui semble une caractéristique de la pensée se nourrissant d’elle-même sont ses allers et retours. Un temps, elle dénonce l’instinct animal, et fait de l’amour le culte de l’idée du beau, avant, quelques-temps plus tard, de louer la passion.

L’amour de la sagesse doit se méfier des sirènes de la raison ?

Culture et économie

Ce qu’il y a de curieux est que les nations ressemblent de plus en plus à des entreprises. Comme les entreprises, leur gloire est éphémère.

Marx avait peut-être beaucoup de torts, mais il semble avoir vu que l’économie était désormais un facteur essentiel de la vie des nations.

Et Max Weber semble aussi avoir pensé juste : la culture et l’économie vont de pair.

La culture africaine semble mal adaptée. Les cultures asiatiques paraissent se prêter au jeu. Mais pour combien de temps ? Quant à l’Occident, comme tout virtuose, il tend à l’hybris.

L’humanité finira-t-elle par s’immuniser contre l’économie ? Toute innovation n’a qu’un temps ?

La nature du changement

Il y a quelques semaines j’ai ressorti un article que j’avais écrit avec un ancien dirigeant. En lui jetant un coup d’oeil, j’ai vu qu’il commençait par des considérations péremptoires sur la transformation systémique du monde. Moment de honte. Maudit consultant, donneur de leçons ! ai-je pensé.

Eh bien, surprise : je pourrais dire, plus d’une décennie après, exactement la même chose !

Le changement ferait-il du sur-place ? En fait, ce que je n’avais pas prévu est la série de crises que nous vivons. Je voyais que le monde changeait, mais je ne comprenais pas comme il allait changer. Immense enseignement ! (Ou : j’ai toujours tort.)

Il était évident depuis bien avant le départ de ce blog que ce que l’on nous racontait ne pouvait que mal finir. Seulement, cela ne sert pas à grand chose de le dire. Ce que je n’avais pas prévu est qu’il suffit de quelques années pour transformer durablement un homme. Une partie de la population suédoise, par exemple, a été plongée dans la pauvreté, et, aujourd’hui, elle a développé un comportement collectif qui est celui du gang mafieux.

Si l’on veut transformer le pays, c’est de cette nouvelle réalité qu’il faut partir.

Etes vous crédule ?

Un test et vous saurez si vous êtes facilement manipulable : ici.

L’article qui l’accompagne donne un exemple de « pensée positive » : soit vous êtes jeune, soit vous avez du discernement.

Pour ma part, je ne suis ni l’un ni l’autre, et je me méfie des protocoles scientifiques. Et ce pour plusieurs raisons :

  • On dit que plus une nouvelle nous brosse dans le sens du poil, plus nous tendons à la croire. Ce résultat a-t-il été pris en compte dans l’étude ?
  • Surtout, ce n’est pas tant la nouvelle que l’on peut juger que sa source. Si une nouvelle vient de telle ou telle personne ou organisation, je tends à penser qu’elle est juste… Je ne suis pas capable de juger une nouvelle sans connaître son origine.