La France est libérale, disait un précédent billet. On ne l’a pas vu venir, mais c’est irréparable.
Seulement, l’effet qu’attendaient les promoteurs du changement n’est pas survenu. Ils n’ont pas libéré les instincts animaux de l’entrepreneur. Ou, plutôt, les dits instincts ont eu des manifestations imprévues. Et, pour éviter quelques révolutions, nos gouvernants ont dû arroser abondamment les révoltés de subsides illibérales.
Il s’agit maintenant de faire réussir le libéralisme. Le plus intéressant dans cet exercice est de comprendre que tout ce que l’on dit sur ce sujet est faux. Et ce depuis les Lumières.
Le libéralisme consiste à « libérer » l’individu. On a proposé plusieurs recettes pour cela. La nôtre, actuellement, est celle du marché. Si le marché régule la société, alors aucun homme ne sera soumis au pouvoir d’un autre homme ! Seulement, on a oublié de se poser la question : le marché veut-il notre bien ? Et s’il s’agissait là du phénomène qu’Hegel a appelé « aliénation » ? Parce qu’il a peur de l’homme, l’homme se donne au totalitarisme ?
Mais il y a plus subtile. Le libéralisme, quelle que soit sa tendance, croit qu’il doit créer une société d’individus : des gens n’ayant pas de rapport les uns avec les autres. C’est pour cela que notre gouvernement, lorsqu’il veut stimuler l’économie, donne des aides à l’entrepreneur, à l’individu.
Déjà les penseurs du radicalisme avaient vu la faille du raisonnement. En particulier, ils firent le même constat que nous, dernièrement : nous sommes solidaires vis-à-vis des épidémies. Croire que l’on peut isoler un individu d’un autre est une illusion. Ils ont donc inventé le « solidarisme ». Les humains doivent pouvoir s’entraider. D’où les lois sur l’association. Ce que l’on appelle aujourd’hui économie sociale et solidaire.
Mais eux aussi font une erreur. Le modèle de Maslow semble juste : c’est son milieu immédiat qui permet à la personnalité de l’individu de s’épanouir. (Et n’est-ce pas cela le véritable objet du libéralisme ?) Pour l’entreprise, on constate le même phénomène, on parle de « cluster ». Autrement dit un régime libéral ce n’est pas zéro société, c’est beaucoup plus de société. Mais une autre forme de société que celle à laquelle nous sommes habitués.
Il reste à l’inventer.