La police et la manifestation

Centralisé, spécialisé et hautement technologique, le maintien de l’ordre à la française vit, selon Sebastian Roché et François Rabaté, dans la conviction qu’il repose sur un modèle supérieur à celui des autres États démocratiques pour affronter les nouveaux types de manifestations sur l’espace public.

Article de Télos

Une recension d’un livre discutant du traitement de la manifestation par la police.

J’entends beaucoup critiquer la police, et je me demandais ce qu’il en était. Il ressort de l’ouvrage que, contrairement aux pratiques étrangères, la police française est spécialisée, très bien équipée, et tend à répondre à la violence avec plus de violence. Ce qui est fâcheux, car, aux cours des ans, les manifestations sont de moins en moins violentes.

Ce serait apparemment mieux ailleurs. Ce dont je doute, en écoutant ce que l’on dit de la police anglaise.

Il ressort aussi de l’article que les conditions des manifestations ont changé. Elles ne sont plus encadrées par des « organisations », syndicats ou autres (qui avaient leurs propres services de maintien de l’ordre).

Et si, me suis-je demandé, la police n’était ni le problème ni la solution ? Et s’il y avait ici une question de responsabilité collective ? Notre société ne laisse-t-elle pas à la police le soin de régler des questions qu’elle est trop lâche pour regarder en face ? En plus en se permettant de la critiquer ?

Pas étonnant, dans ses conditions, que la police s’isole du reste de la société, avec le sentiment d’être incomprise, et de ne pouvoir compter que sur elle-même ?

Changement et raison

Nous sommes dirigés par des économistes. Or, l’économie n’est qu’un tissu de sottises.

Pourquoi ? Parce que ce sont des théories sorties de la tête d’individus qui ne les ont jamais testées. Et que ce qu’il y a dans notre tête n’a rien à voir avec la réalité.

Si le scientifique n’arrête pas de faire des découvertes, cela en est la cause. A chaque fois qu’il améliore un télescope ou un autre outil, il se rend compte qu’il y a des choses qu’il ne pouvait imaginer. Par exemple, j’ai lu récemment, qu’il n’y avait pas que des « systèmes solaires » dans l’univers. Des planètes se promèneraient sans étoile.

En fait, non seulement il faut vouloir tester, mais il faut vouloir « changer ». C’est ainsi que se révèlent les propriétés de ce qui nous entoure, à commencer par celles du groupe humain.

(Bien sûr, nous finissons toujours par tester les théories des économistes. Comme le disait un oncle, ancien militaire : « une balle perdue est si vite retrouvée »…)

Yin et Yang français

Depuis la Révolution, au moins, l’histoire de France semble obéir au Yin et au Yang chinois. Réflexion sur quelques billets précédents :

Elle connaît, alternativement, des phases d’exubérance idéalistes, qui se terminent par le chaos, voire la terreur, suivies de remises en ordre autoritaires, et matérialistes, qui finissent dans un ennui qui provoque, dans un grand bâillement, le réveil de l’élan vital révolutionnaire. Dans les premières, les intellectuels sont aux avant-postes. De ce fait, ils écrivent l’histoire, et vouent aux gémonies les secondes, dirigées par des « bonnets de nuit ».

Les révolutions, elles-mêmes, ne sont pas ce que l’on lit. Leurs causes paraissent la plupart du temps matérialistes. On se révolte pour avoir du pain. Quant à l’injustice, qui est leur raison officielle, comme le disait déjà Tocqueville, elle semble plus souvent fantasmée que réelle.

Au fond, l’intellectuel sert la fiction nationale : le Français préfère dire qu’il se révolte pour un idéal, alors qu’il le fait pour ses intérêts matériels ?

Cynisme

Cynisme vient de « chien ». Le cynique originel critique les ridicules de la société, et de ses rites contre nature. Comme le chien, il ne s’en préoccupe pas. Le cynique se comporte comme un chien. Le fou du roi ?

Le cynisme est devenu respectable au temps des Romains. Il a abandonné la provocation aux bonnes moeurs, pour prôner le dépouillement. A ce sujet, on peut se demander si Jésus n’était pas un cynique. (Ce qui m’encourage à penser, après la lecture de Platon, que le catholicisme est la religion de la raison grecque.)

La transformation du terme, signifiant maintenant « a social », est récente. Le basculement se ferait peut-être au temps du neveu de Rameau, de Diderot.

Voilà ce que j’ai retenu de In our time, de BBC4.

La critique des usages de la société peut prendre toutes les directions ? Il y a, en plus de ces différents cynismes, la forme de cynisme de ceux qui se jugent supérieurs à elle, et se moquent, par principe, de ses usages ? Exemples ? Les nobles d’ancien régime ou tous ceux, plus généralement, qui se considèrent comme des génies, et se comportent en « originaux ».

Milliardaire

Qui sont les milliardaires ? Une émission de BBC 5 (Good, bad billionnaire).

A moins de 100 milliards, on n’est rien. Depuis la naissance de Bill Gates, le premier des milliardaires de nouvelle génération, la fortune du milliardaire a été multipliée par 15. A quand les mille milliards ?

L’émission parlait de « création de valeur ». Mais elle ne semble pas avoir été uniformément répartie. Le pouvoir d’achat de la population ordinaire n’a pas augmenté. L’hypothèse de ce blog est que cette fortune vient des banques centrales qui ont imprimé beaucoup d’argent. Il s’est déversé sur « l’élite », qui, elle même, l’a investi dans l’entreprise à la mode.

Cette inflation a, d’ailleurs, eu l’intéressante conséquence de faire de gens quelconques des (petits) milliardaires. Au moins aux USA. C’est le phénomène « people » : dès que vous êtes connu, vous devenez une agence de promotion. Les marques viennent vous voir pour que vous parliez d’elles. Et vous pouvez créer votre propre gamme de produits. On est désormais célèbre pour être célèbre. Certaines personnes donnent leur vie (en particulier sexuelle – étonnant pour un pays puritain) en spectacle. Et si elle plait au peuple, ils sont milliardaires.

Quant aux très grandes fortunes elles sont celles de gens qui étaient au bon endroit au bon moment. Les Russes ont exploité la débâcle de leur Etat, Bill Gates les relations de sa mère avec les dirigeants d’IBM, Bernard Arnault l’incurie du gouvernement français. Et leur fortune s’est construite sur des biens culturels propres à leur nation. Mais ils ont aussi eu du talent. Celui d’exploiter les vents portants. On n’aurait pas attendu de l’austère Bernard Arnault qu’il soit « dans le coup ».

D’ailleurs, pour être au bon endroit, il faut être un « privilégié ».

Le milliardaire est un homme de notre temps.

Humanisme

J’ai appris que l’humanisme viendrait de Cicéron. Il avait conçu un plan de formation pour ses concitoyens, qu’il était allé chercher chez les Grecs. Curieusement, il serait une cause du Nazisme. (In our time de la BBC.)

Devrait-on en revenir à Cicéron ? Aurait-il des choses à nous apprendre ?

Et pourquoi le Nazisme ? Justement, croire que se bien comporter est une simple question d’éducation ? Sans confrontation à la réalité, la pensée ne peut conduire qu’à la folie ?

France fasciste

L’autre jour une tribune du monde traitait des mesures gouvernementales de « fascistes ».

Et alors ? disent, probablement, beaucoup d’électeurs.

La situation de la France fait penser, par certains côtés, à celle de l’Allemagne des années 30. En particulier, dans les deux cas, les pays avaient parié sur l’éducation, et leurs citoyens éduqués ne trouvaient pas de travail. Ce qui nourrissait le ressentiment.

En ces temps, « fascisme » n’était pas un terme d’insulte. Car on vivait un moment de crise et de chaos, et les Fascistes avaient remis leurs pays en marche. Roosevelt a compris que si la démocratie ne voulait pas sombrer, il devait s’en inspirer. Et il n’est pas interdit de penser que la France d’après guerre a maintenu en place les réformes fascistes de la guerre. D’ailleurs des régimes fascistes, comme les espagnols et portugais, sont morts dans leur lit, en ayant choisi la neutralité pendant la guerre, puis le camp des USA et des démocraties ensuite.

Alors, tentation du fascisme ? Son problème est, comme on le voit en Italie, que, si sa version moderne n’est pas un mal absolu, il n’est pas non plus une bonne solution.

Ce dont on a besoin, c’est de trouver le moyen de donner au citoyen un emploi digne de lui, et remettre en fonctionnement nos entreprises. Nous avons du pain sur la planche ? Il n’y a pas de solution de facilité. Ceux qui nous bassinent avec le « travail » doivent comprendre qu’ils doivent commencer par balayer devant leur porte ?

Ecologie punitive

On parlait « d’écologie punitive » dans l’émission de Christine Ockrent, Affaires étrangères. (Samedi dernier.)

Si je comprends bien ce terme que je ne connaissais pas, « l’écologie punitive » est la ligne que suit traditionnellement le mouvement écologiste. Il tend à faire porter au peuple, qui n’en a guère les moyens, le coût de la transition climatique. Ce qui nourrit la grogne du dit peuple et le succès électoral de l’extrême droite. Les Verts vont-ils mettre de l’eau dans leur vin ?

Le Green deal étant la stratégie de l’UE de Mme Van der Leyen, cette question, et l’immigration, risquent de peser lourd dans les prochaines élections européennes, disait-on.

En tous cas, cela signifie au moins que l’intellectuel n’a plus le monopole de la formule assassine.

Landlords in a bind as France imposes tough new emissions rules
Owners of historic apartments among those affected by green standards

Financial Times de dimanche dernier

Tesla boom ?

China’s BYD moves closer to unseating Tesla as EV leader
Strong sales increase pressure on US pioneer to keep crown as top seller of purely electric vehicles

Financial Times du 1er janvier

Tesla et Elon Musk auront été un signe de notre temps.

Rien ne justifie le prix des actions de Tesla : ses concurrents, qui peuvent faire de meilleures voitures que lui, valent infiniment moins. Tesla est un titre spéculatif.

Ce blog dit que la spéculation est rationnelle, mais qu’elle n’a qu’un temps. Elon Musk n’a pas su renouveler le rêve qui gonfle les bulles.

Au moins aura-t-il profité de son image de libertaire, qui en a fait le grand prêtre d’une religion de médiocres. A l’ère des réseaux sociaux, ce sont les troupes de choc de la notoriété et de la fortune.

L’état de la France

Une des découvertes de l’année est que les réformes transforment définitivement l’individu. On s’habitue à une situation, sans se rendre compte que l’on a changé. Et que l’on est méconnaissable. Impossible de « conduire le changement », si l’on ne comprend pas la réalité.

Lorsque je suis parti à Cambridge, il y a 40 ans, j’ai regardé ceux qui m’entouraient avec un mépris certain. Et pourtant j’ai rencontré Stephen Hawkins, et un tas de prix Nobel dont j’ai oublié les noms. J’ai même dû croiser le chemin de Karl Popper, et de Moses Finley, dont personne ne parle sans stupeur et tremblements. J’ai découvert depuis que le moindre plouc à sandales, que l’on y trouvait, avait inventé une discipline nouvelle. (Ce qui me permet de frimer, lorsque je croise le chemin d’un spécialiste de la dite discipline). Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression qu’ils étaient des esprits inférieurs.

Le laboratoire d’ingénierie était ridicule. Ses enseignants étaient de mauvais mathématiciens, ses locaux étaient vieux. Et pourtant, il était étonnamment riche de machines. Il y avait déjà des stations de travail, que personne, d’ailleurs, ne savait utiliser. (Un principe, dans ce monde, est qu’un « sponsor » donne ce qui se fait de mieux, et qu’un étudiant s’en empare, se forme sur le tas, et produise un mode d’utilisation révolutionnaire.) En France, mon école avait été obligée par le gouvernement de s’équiper avec des ordinateurs Bull, qui utilisaient des cartes perforées ! (Et qui tombaient sans arrêt en panne.) A la maison je m’étais acheté un Macintosh, et je programmais en Lisp. Choc de cultures. Pas étonnant que nous n’ayons pas eu de Bill Gates.

Et depuis ? Cambridge ou MIT ne se sont pas améliorés, mais ils ont maintenu leur niveau. L’éducation supérieure française s’est effondrée. Je suis étonné que nous ayons encore des médailles Fields.

Mais c’est surtout la création de France Travail qui en dit le plus long sur l’état du pays. M.Macron pense, probablement, qu’il dirige une nation de paresseux. La réalité est, probablement, toute autre. Je découvre aujourd’hui des quantités de coach, de managers de transition, d’auto-entrepreneurs… qui m’impressionnent au premier contact. Mais qui n’ont, quand on les connaît un peu mieux, quasiment pas de quoi vivre. La réalité de ces dernières années est que les grandes entreprises ont massivement licencié. La règle du jeu y a été la politique. Ceux qui ont gagné ont été les plus habiles manoeuvriers. Les personnes supprimées, généralement, les plus compétentes, car elles travaillaient sans avoir le temps pour la politique. Il faut ajouter à cela un ou des millions d’auto entrepreneurs qui n’ont même pas compris qu’une entreprise doit gagner de l’argent et qui sont des SDF en puissance.

C’est cette réalité que refuse, probablement, le chômeur, et qui suscite la colère de la population. Elle a le sentiment d’être méprisée par des incompétents ?