Avec philosophie

Sur le tard, je me suis intéressé à la philosophie.

Drôle de chose que la philosophie. Notre société considère les étudiants de philosophie comme des égarés, alors que le diplômé de philosophie est révéré, comme une autorité. La cohérence n’est pas le propre de l’homme.

Philosophie, art de la sagesse ? Les philosophes sont incompréhensibles et se critiquent les uns les autres. D’ailleurs, si on les adore, qui les lit ? Quelle influence ont-ils sur la vie de la plupart d’entre-nous ? (Heureusement ?)

Et, parlent-ils de nous ou d’eux-mêmes, êtres élevés hors sol ? Et si leurs théories complexes n’étaient qu’une rationalisation de la façon dont ils aimeraient que la société les laisse vivre ? Et si, derrière toute leur abstraction, si séduisante pour le néophyte, il n’y avait que des réalités banales ?

Toutes ces réflexions m’ont amené à un paradoxe. L’erreur philosophique est productive. Elle offre un excellent exercice à l’esprit. L’exercice de la critique « constructive ». Celui de la liberté ?

Police numérique

Après plusieurs drames, l’opinion anglaise semble réclamer de plus en plus bruyamment que la jeunesse soit protégée d’internet, ses applications et réseaux sociaux.

Ce qui paraît naturel. La loi s’applique partout, pourquoi pas à Internet ? Et, on considère que l’enfant, jusqu’à sa « majorité », doit vivre sous tutelle. Et cela parce qu’il est en « formation », donc influençable.

On dit qu’Internet a été une expérimentation. Sa version actuelle est l’oeuvre de libertaires. Ils pensaient que l’homme vit mieux sans lois. Et qu’Internet le démontrerait. Et qu’Internet deviendrait le monde réel. La masse bêlante serait alors bien obligée de se convertir. Et ces libertaires étaient nos dirigeants ?

Internet ou le changement par les voies détournées de la « soft power » ?

Les hasards du changement

Israël sait qu’il se sauvera uniquement par sa vitalité viscérale. Une énergie d’un peuple qui ne tient pas en place, et qui n’a jamais été capable ni désireux de se tenir à une place qui lui aurait été assignée. Cette vitalité dérange le monde, l’agace. Non seulement nos échecs et nos erreurs, mais aussi nos succès et nos réussites suscitent hostilité et jalousie.

Israël, la compassion perdue

Un article qui rejoint ce que je dis de la France d’ordinaire : Israël est entre deux eaux. Peut-être est-ce le cours inévitable des choses ? Des forces centrifuges se sont développées en son sein et la menacent de dislocation.

Son avenir se joue-t-il à pile ou face ? J’en suis arrivé à penser que les nations, comme les entreprises, ne disparaissent pas facilement. Il existe des mécanismes qui semblent assurer le statu quo. Simplement parce qu’elles ont une utilité pour l’humanité. Pour autant, cela leur laisse la possibilité de se transformer en bien ou en mal. Responsabilité collective.

Ressentiment

Une émission traitant de Nietzsche parlait de « ressentiment ».

Je me suis demandé si ce n’était dans l’air du temps. Le clan qui s’oppose à l’Occident semble être celui du ressentiment. La fameuse jalousie française, son égalitarisme, est-elle aussi un ressentiment ?

Pour Nietzsche, les êtres de ressentiment sont une race d’homme pour qui « la véritable réaction, celle de l’action, est interdite et qui ne se dédommagent qu’au moyen d’une vengeance imaginaire. »

Ressentiment de wikipedia

Pour Nietzsche, le ressentiment serait un aveu d’impuissance. Le sentiment de ne pas pouvoir corriger un tort que l’on nous a fait. Ce qui ne mettrait pas M.Poutine parmi ceux du ressentiment ? Quoi que. Il en veut à l’Occident, mais s’en prend à l’Ukraine, qu’il pense facilement écrabouiller. Et il se garde bien de menacer les USA.

Comme le dit Martin Seligman, le champion est stimulé par le revers. Cela le pousse à se transcender. Définition même de l’optimisme. Le ressentiment est une forme de dépression ? « Learned helplessness », dit-il.

Guerre

Dimanche matin la BBC semblait considérer hautement vraisemblable que l’Angleterre soit en guerre avec la Russie dans les trois ans à venir. Malheureusement ses forces armées ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

Il en est de même de la France. La vie est peut-être toujours faite de deux phases : l’une lors de laquelle on se laisse aller, et l’autre où l’on découvre, mais un peu tard, les raisons qui font qu’on n’aurait pas dû le faire ?

Toujours est-il qu’à en juger par les mails que je reçois, l’histoire se répète. La Russie a une cinquième colonne en France. Elle est convaincue que notre véritable ennemi est américain et que M.Poutine ne nous veut que du bien. Mais, peut-être est-ce la force des démocraties ? C’est parce qu’elles prennent tous les risque et acceptent toutes les opinions qu’elles permettent à un élan vital insubmersible de s’exprimer ? La contrainte stimule le génie ? Ce qui ne tue pas renforce, la devise de la démocratie ?

Et l’espoir fait vivre ?

Validation sociale

Les agriculteurs anglais ne devraient-ils pas manifester ? se demandait Farming today, de la BBC, jeudi dernier. L’agriculteur continental s’agite beaucoup, alors que l’Anglais aurait les mêmes motifs de mécontentement que lui.

Réponse : nous ne voulons pas ternir notre image auprès du public.

Les agriculteurs européens ont, eux, une bonne image de victime, pourquoi pas les Anglais ? D’ailleurs, on manifeste fermement un peu partout en Angleterre, écoles, transports, hôpitaux… Cela ne semble pas étranger à la culture locale.

Je me demande si une explication ne pourrait pas tenir à la façon dont l’individu se perçoit. L’Anglais agriculteur se croit un gentleman farmer, le Français, un forçat ?

Les illusions de Condorcet

Condorcet a inventé la « mathématique sociale », qui a été redécouverte par les économistes d’après guerre.

Il pensait que la justice était une question d’équations. Il est passé à côté de la complexité de la vie. Mais, en dépit de cela, il s’est cassé les dents sur des problèmes extrêmement simples. En particulier en ce qui concerne la théorie du vote. Il pensait que, pour faire le bonheur des peuples, il fallait trouver un moyen pour que le candidat élu soit celui qui aurait été préféré à tous les autres en combat singulier. Seulement, il n’y a pas toujours un tel candidat ! Il existe des cas, et on le voit dans nos élections, où l’on préfère a à b et b à c, mais c à a.

Surtout, il n’avait pas observé les phénomènes consubstantiels à la politique. Les politiques ne sont pas des virtuoses du gouvernement, mais des élections. Arrivés au pouvoir, ils découvrent qu’il ne donne pas le pouvoir sur la réalité. Gros Jean comme devant. Et c’est un milieu à part, qui tend à éliminer le plus dangereux, qui est généralement le plus compétent. La complexité se niche d’ailleurs dans des recoins inattendus : le politique honnête peut être le pire des incendiaires, quand il est prêt à couler un gouvernement qui ne fait pas exactement ce qu’il pense juste. (Clémenceau a été fatal à moult gouvernements et Mendès-France a été victime d’un fanatique.) Ce qui fait que ce qui émerge généralement est le pire, et non le meilleur. Et que le peuple adopte un « vote sanction ». Comme c’est actuellement le cas. Mais quelqu’un qui s’annonçait comme un « sale type » peut aussi se transformer et faire des miracles, comme ce fut le cas de Stresemann, qui aurait peut-être pu éviter à l’Allemagne le nazisme, s’il n’était pas mort prématurément.

Heureusement, le gouvernement ne fait pas le bonheur. Comme un orchestre, un pays peut vivre sans chef. Leçon ? La démocratie n’est pas une question d’élections, mais de vertu, comme le disait Montesquieu, à qui l’on attribue l’invention de la sociologie ?

Etudions la sociologie, plutôt que les mathématiques ?

Art de la négociation

Des proches de l’Iran tuent des Américains. M.Biden doit riposter, mais il ne veut pas provoquer l’Iran, comment faire ?

Il annonce des frappes multiples. On lui reproche d’avoir compromis l’effet de surprise. Et si c’était ce qu’il avait voulu faire ?

Ainsi, il ménage la chèvre et le chou. Il dit qu’il va frapper, mais, il s’assure que les dommages ne seront pas irréparables, et ne forceront pas l’Iran à une riposte, qui ne lui convient pas, d’ailleurs.

Tit for tat, dent pour dent, est la meilleure façon de se faire des amis, dit un article de ce blog.

Ptite tête

Le volume du cerveau de sapiens aurait régressé en 10 ou 20.000 ans. Abêtissement ? Question que se posait une émission de la BBC. (The body : a guide for occupants.)

Quantité ou qualité ? Toutes les têtes ne semblent pas avoir le même volume, et pourtant fonctionner aussi bien. En particulier, la tête féminine est plus petite que son équivalent masculin. Le volume du cerveau semble aussi avoir un lien avec la taille de la personne.

On pourrait aussi se demander si le volume ne tient pas au câblage. Le propre d’homo sapiens, me semble-t-il, est sa capacité à bâtir des sociétés, et des réseaux sociaux. Le professeur Cialdini constate que nous cherchons à économiser nos cerveaux et que nous le faisons en utilisant des euristiques sociales (si les autres le font, ce doit être bien…). Peut-être avons nous un cerveau économe ? A l’image de ces puces électroniques qui sont optimisées pour traiter un petit nombre d’instructions particulièrement fréquentes ?

Si c’est le cas, l’intérêt de ce codage doit se manifester très tôt, car il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de différences entre la tête d’un homme des villes et celle d’un occupant de quelque forêt épargnée par la civilisation.

Lucy Malleson

Hasards de la BBC. Je découvre Lucy Malleson. Elle avait une profession commune en Angleterre : écrivain de roman policier. Mais elle a eu relativement peu de succès. Bien que ses idées, si j’en crois wikipedia, aient été plus originales que celles de ses consoeurs. (Son héros était un certain « Crook », avocat pour qui la fin justifiait les moyens, lorsque le succès d’une affaire était en jeu.)

Elle a aussi raconté sa vie, pendant la guerre de 14 et ensuite. On a oublié que, lorsque les héros sont revenus du front, après avoir connu l’enfer, ils n’ont pas trouvé de travail. Comment nourrir sa famille, dans ces conditions ? D’autant que les femmes, qui avaient parfois pris leur place, ne voulaient pas revenir à la maison. Et qu’on leur reprochait d’être trop âgés.

Puis il y a eu la crise des années 30, et, à nouveau, des personnes dans une pauvreté abjecte. Et toujours trop vieux pour travailler. La vieillesse en ces temps commençait à 30 ans…

Trouvait-on cela injuste ? Ou notre appréciation de la justice a-t-elle changé ? En tous cas, cela peut expliquer pourquoi ces anciens combattants ont trouvé mal venue la critique des pacifistes, issus de la haute bourgeoisie.