Intérêt général

La BBC se demandait pourquoi autant de politiciens anglais parlent de « national interest ». (Analysis, BBC 4.)

Je pense que le Français emploierait plutôt « intérêt général ». Ce qui, pour une fois, est plus habile. Car le royaume uni est fait de quatre nations. L’intérêt de l’une n’est pas toujours celui de l’autre.

En tous cas, l’intérêt général s’oppose à l’intérêt personnel. Le succès actuel du premier tient peut-être à ce que même en un temps libéral, il n’est pas bon de parler du premier. Ensuite, l’intérêt général est une question de long terme, par opposition à court terme. Et l’intérêt général pourrait aussi opposer ce qui est à l’utopie. Une idée utile. Car on est tenté de critiquer les partis politiques, par exemple, alors que sans eux, il n’y a pas de démocratie. L’intérêt général n’est pas compatible avec la révolution ?

Mais qu’est-ce que l’intérêt général ? J’ai eu une curieuse idée. Elle vient d’un croisement entre les idées de Kurt Lewin et de Chester Barnard. Et si, pour le déterminer, il fallait écouter la population et tirer des ses idées un projet qui ne sombre pas dans la facilité de ce que l’on nomme « populisme », mais qui l’enthousiasme ? Une sorte d’oeuvre d’art qui tient autant de la personnalité de l’artiste que du matériau qu’il utilise ?

Sommeil paradoxal

Un motard somnambule ! Cela existe. En fait, la seule chose qui ne soit pas éveillée chez le somnambule est sa conscience, le lobe frontal du cerveau. Tout le reste est parfaitement au point. Et il avance d’ailleurs les yeux ouverts. (J’imagine qu’un auteur de romans noirs a dû avoir l’idée du crime perpétré par le somnambule, irresponsable donc.)

Plus surprenant, et peut-être inquiétant : le rêve qui se poursuit alors que l’individu est éveillé. Ce qu’il croit réel, et qui est généralement délirant, n’est pas.

Décidément la division âme, corps est stupide ?

(Mysteries of sleep, BBC 4.)

Marché interstellaire

On parle désormais à nouveau de la Lune. Quand ce sont les Américains qui lui envoient une sonde, c’est une entreprise privée qui porte le projet. Probablement financée par l’argent public.

Apparemment les USA ont décidé qu’il y avait du business à faire sur la Lune, et qu’ils devaient donc utiliser le secteur privé pour l’exploiter.

La parenthèse Roosevelt se referme ? La culture américaine, c’est le marché. En conséquence, tout doit être soumis au marché. Y compris les étoiles ?

First commercial spacecraft lands on the Moon
Successful touchdown by Intuitive Machines’ lunar lander heralds more commercial era for space exploration

Financial Times, 24 février

Flop 5G

Au salon du mobile de Barcelone, l’industrie des télécoms ne cache pas sa morosité quant au développement de la 5G sur le Vieux Continent. Certains jugent que ce nouveau réseau n’a pas encore permis d’accoucher d’applications de rupture pour convaincre le grand public.

La Tribune de mercredi

Une mode de plus qui fait flop ? On est tellement blasé, qu’il faut faire un effort pour entendre la nouvelle. A quand la même chose pour l’intelligence artificielle ?

Il serait intéressant de s’interroger sur l’origine du phénomène. C’est un mal américain, mais le mécanisme de la spéculation semble très ancien. Il semble jouer sur la capacité de l’homme à croire au père Noël, en particulier lorsqu’il sert ses intérêts.

Banal nucléaire

Leaked Russian military files reveal criteria for nuclear strike
Vladimir Putin’s forces have rehearsed using tactical nuclear weapons at an early stage of conflict with a major world power, according to leaked Russian military files that include training scenarios for an invasion by China.

The classified papers, seen by the Financial Times, describe a threshold for using tactical nuclear weapons that is lower than Russia has ever publicly admitted, according to experts who reviewed and verified the documents.

Financial Times du 28 février

D’après Affaires étrangères de France culture, si M.Scholz est si frileux en ce qui concerne l’envoi de missiles à l’Ukraine, cela tiendrait à ce qu’il a peur des frappes nucléaires russes. Après-tout, l’Allemagne n’est pas loin de l’Ukraine. Mieux vaut rouge que mort ?

Au temps où j’enseignais la « stratégie en environnement incertain », j’aurais peut-être envisagé un scénario à la Mad Max, un monde fait d’Etats et de dirigeants minables et mus par le ressentiment, faisant usage plus ou moins chirurgical de l’arme nucléaire.

Agrégation

Lorsque la BBC parle de nos penseurs, elle explique qu’ils ne se sont pas éternisés dans l’éducation nationale, car leurs diplômes ne leur permettaient d’enseigner que dans le secondaire.

Et, effectivement, l’agrégation que l’on a généralement en tête est celle du secondaire. (Il existe aussi une agrégation décernée par l’université pour des sujets qui ne sont pas étudiés dans le secondaire, médecine, droit, etc.) A l’exception des philosophes, qui n’enseignaient qu’en terminale, les autres pouvaient commencer en seconde. En plus en un temps où il y avait, par exemple, seulement 8 nouveaux agrégés de philosophie par an !

Et c’est comme cela que l’on pouvait avoir Bergson, Durkheim ou Sartre comme professeur !

Tout cela avait une raison. Comme c’est encore le cas avec Eaton, en Angleterre, le véritable enseignement était celui du secondaire. Il s’achevait avec le concours général, l’équivalent des jeux olympiques. La suite n’était qu’école d’application, optionnelle. (Pour dilettante ?) Tous les écrivains qui ont fait la gloire de la France ont été touchés par la grâce au cours de leurs études secondaires.

Voilà qui explique peut-être beaucoup de choses…

(Le cas des écoles d’ingénieur mériterait d’être étudié. Il n’est pas impossible qu’initialement, comme en Angleterre, elles aient été réservées à des seconds couteaux de l’intellect. Mais la culture française, l’esprit des Lumières et les succès de la science nous ont peut-être fait croire que le monde était une équation, et qu’il devait être dirigé par des géomètres.)

Pauvre lune

Qui va conquérir la lune ? se demandait la BBC. Probablement la Chine, concluait-elle. Les USA ont un avantage, mais sont ridicules.

L’enjeu de la conquête de la lune serait d’y installer une base de lancement de fusées à destination de Mars, et d’utiliser la face cachée de la lune pour réorienter le rayonnement solaire vers la terre. (Quel serait l’impact sur l’atmosphère d’un rayonnement solaire concentré ?)

Pour ma part, il me semble que la Chine a entamé son déclin. Mais, il n’y a rien de très glorieux dans cette histoire. Notre technologie spatiale me semble ridicule. Elle n’est que l’ombre de ce qu’elle aurait été si l’on avait conservé l’élan, et surtout l’intérêt, initial. Non seulement nos lanceurs ne sont plus très performants, mais ils me paraissent fort nocifs pour la planète. Que se passerait-il si on en multipliait le nombre ?

Les USA semblent dans une curieuse situation, en particulier. Elon Musk aurait le monopole des lanceurs. (Les USA étaient tellement convaincus de l’efficacité du marché qu’ils ont jugé qu’un monopole privé valait mieux que l’Etat ?) Au temps de la conquête de l’espace, c’était les meilleurs esprits scientifiques qui combinaient leurs cerveaux pour faire progresser la recherche. Elon Musk ne dispose que de quelques ingénieurs, qu’il doit payer extrêmement cher.

Pédantisme

Il y a quarante ans, on parlait de « L’intelligence artificielle ». Maintenant, les gens éduqués n’emploient « qu’Une intelligence artificielle ».

Bien sûr, il y a certainement un raisonnement subtil derrière cette expression. De même que derrière « la covid ». Mais quel est son intérêt ? Il y a certainement des manières tout aussi convaincantes de justifier « l’intelligence artificielle », ne serait-ce que parce que tout le monde comprend de quoi il s’agit ? N’est-ce pas une façon particulière de prendre les choses, une perspective que veut imposer une minorité à la majorité, alors qu’elle n’est pas unique ? Une forme de totalitarisme intellectuel ?

Ministère de l’économie

Les agences de notation contraignent la France à faire des économies. De la souveraineté ?

Selon la Tribune (Tribune de la semaine du 25 février), le Ministre des finances envisage quelques mesures habiles, susceptibles de ne pas être comprises par le peuple : conservation des impôts de production, désindexation des retraites, transfert des dépenses de la sécurité sociale sur les mutuelles (impôt masqué), réduction de la prise en charge du chômage, et prélèvement sur le programme France 2030. Idée inusable : frapper les investissements.

D’autres idées ? Une étude chiffre le coût de la complexité administrative à 3,94% du PIB (article.) En la ramenant au niveau des autres nations (quasi nul), on gagnerait environ 100Md€ par an.

Cette étude est-elle bien sérieuse ? En tous cas, il y a de quoi s’interroger sur les constantes du comportement de nos gouvernements depuis l’ancien régime : incurie et lâcheté ?