Déréglement climatique

Après les températures extrêmes de 2023, les scientifiques se divisent autour d’une accélération du réchauffement climatique

La chaleur spectaculaire atteinte en 2023 dans l’atmosphère et les océans a surpris et inquiète une partie des chercheurs, qui ne parviennent pas à l’expliquer totalement, faisant redouter à certains l’entrée du climat dans un « territoire inconnu ».

Le Monde du 28 mars

Voilà qui me surprend. Il se trouve que j’ai étudié la question du climat, en amateur, il y a près d’un quart de siècle, et que la conclusion de ce que j’avais tirée de mes lectures était que le climat était, justement, imprévisible. C’est l’illustration même de la théorie de la complexité.

Ce que j’ai trouvé remarquable ces derniers temps, ce n’est pas que l’on parle de réchauffement climatique, les travaux sur le sujet sont anciens, mais que l’on prévoie ses conséquences. Dans notre intérêt à tous, la science ferait-elle bien de redécouvrir le doute ?

Conscience de l’impact

L’autre jour, j’ai fait une remarque désobligeante. J’ai reçu une liste d’exemples d’entreprises à « impact ». Ma réaction a été : le seul impact de ces entreprises est de donner bonne conscience à leurs fondateurs. (Celle qui semblait avoir le mieux réussi transportait des produits « équitables » à bord de voiliers. Ses fondateurs semblaient avoir trouvé un moyen de financer leur passion.)

L’argument selon lequel « si tout le monde fait comme moi, le monde changera » est idiot. Il y a très peu d’entrepreneurs. L’entrepreneur doit changer les choses en grand, pour le compte des autres. En conséquence, il doit partir de la fin, de « l’impact » qu’il veut avoir. Il doit être mondial.

Le rabot qui méduse

Notre ministre des finances veut faire des économies, mais non augmenter les impôts. Pour cela il a recours aux tactiques usuelles. Il cherche, dit-on, à augmenter les impôts de manière indirecte, en frappant les moins susceptibles de réagir.

Notre Etat semble en panne. Il ne paraît capable que de deux choses : de tenter de stimuler la « croissance » en arrosant l’économie de fonds publics, ce qui est inefficace, puis de « faire des trous dans la coque », pour réduire son poids. Ce qui fait que le navire s’enfonce. La prochaine vague sera-t-elle la bonne ?

On ne peut pas diriger une économie de loin, avec des gants, en magicien. Il faut se mouiller, descendre dans l’arène, reconstruire l’Etat, sa structure, et, surtout, son éthique. Mais aussi, l’Etat et le gouvernement, c’est nous, c’est notre syndic de copropriété…

(L’Etat ressemble curieusement aux multinationales modernes : elles alternent croissance externe, et réduction d’effectifs, sans comprendre que l’entreprise est métier et création, pas comptabilité.)

Croiser les bras

Une Anglaise disait qu’elle savait qu’elle avait été convaincante quand son interlocuteur décroisait ses bras. J’ai souvent entendu répéter cette histoire : bras croisés signifie fermeture d’esprit.

Eh bien, quand je cherche à comprendre mon interlocuteur, ce qui m’arrive souvent, je croise, presque systématiquement, les bras. C’est une façon de concentrer mon esprit, probablement.

Qu’en déduire ? Une théorie fumeuse de plus ? A moins que desserrer les bras ne soit un signe de reddition sans condition ?

La Turquie d’Erdogan

Le Comité France – Turquie traitait de l’évolution de la politique extérieure de la Turquie.

J’en retiens, à tort ou à raison, que la caractéristique de la Turquie sont les 21 ans de gouvernement de M.Erdogan. Il a réussi à faire que son pays compte. Mais non qu’il soit une grande nation. Son comportement apparemment erratique, a eu du bon, pour la Turquie, et du moins bon : on se méfie.

Plus intéressant, peut-être : la Turquie est prise entre des Etats qui ne lui veulent pas du bien. Sa population estime qu’elle a besoin d’un leader qui puisse faire entendre sa voix, par exemple à M.Poutine. Ce serait la véritable raison de l’échec de la coalition d’opposition lors des précédentes élections présidentielles : même ses partisans doutaient que leur candidat ait les vertus nécessaires à l’emploi.

En tous cas cela montre peut-être l’utilité et les limites du modèle Erdogan, qui est possiblement aussi celui d’un Poutine ou d’un de Gaulle, ou des « gardiens » de Platon : leur nation se fait entendre, mais elle n’est pas réellement forte. Pour cela, il faut parvenir à mobiliser plus qu’une personne ?

Agences et changement

Pourquoi notre Etat compte-t-il autant d’agences ?

L’idée vient, quasi certainement, de Margaret Thatcher. Elle les a utilisées pour réformer son pays. L’agence a un objectif précis. Elle ne se préoccupe pas de systémique. Résultat : en poursuivant son objectif, elle fait exploser le système. Ce qui était l’objet de Margaret Thatcher.

La technique n’est pas neuve. Aristote en parle déjà.

Et les ONG sont construites sur le même principe.

La RSE est l’exact envers de cette idée. Il s’agit de prendre en compte l’intérêt général, dans toute sa complexité.

L’histoire n’est qu’oscillations ?

Dangereux pacifisme

Serions-nous menacés par un nouveau Munich ? Un universitaire rappelle le déplaisant précédent de l’entre deux guerres. Et s’inquiète.

Cette période est effectivement mal connue. Curieusement, l’historien a préféré s’intéresser à la collaboration, et non à ce qui l’avait précédée et en avait peut-être été la cause.

Sommes-nous en danger ? Peut-être. La difficulté est de savoir ce qui se passe dans les têtes. Des courants d’opinion puissants n’ont pas accès aux médias, du coup on ne sait pas ce qu’ils pensent, et ce qui se prépare.

En tous cas, je retiens ceci :

Léon Blum revenait sur l’année 1933 : « Je pense aujourd’hui, en mon âme et conscience, que l’Angleterre et la France, la Pologne se joignant à elles, auraient pu et dû pratiquer une opération de ce genre dès 1933. Je vous le dis avec un sentiment qui a parfois ressemblé chez moi à une espèce de remords, car en réalité ce sont les partis socialistes d’Angleterre et de France et c’est le socialisme international qui auraient pu le plus naturellement et le plus efficacement prendre l’initiative d’une telle opération. »

Il n’y a pas beaucoup d’hommes politiques qui aient l’honnêteté intellectuelle de reconnaître leurs erreurs. Et c’est bien dommage.

Education

Déception. Je pensais écouter une émission sur l’éducation, alors qu’elle se demandait seulement comment faire entrer ses enfants dans la « bonne » école.

Mais est-ce que les écoles réputées sont bonnes pour les enfants ?

Il me semble qu’il y a des fondamentaux à acquérir, mais que l’éducation est avant tout une question de détection de talent. De « réalisation » de soi, selon l’expression de Maslow. En cela, je suis probablement proche des protestants.

Je constate aussi que ce qui fait défaut au monde anglo-saxon, et, de plus en plus au nôtre, qui le copie, c’est que l’on n’y a plus la tête pour les mathématiques. Si bien qu’on doit aller la chercher chez les Indiens.

Pour autant, les Anglos-saxons ont l’avantage sur nous de former, au moins ce qu’ils considèrent comme des « élites », à la pensée et au débat. Curieusement, nous eûmes aussi de grands orateurs, mais ils ont disparu. Notre élite moderne est littéraire sans avoir les vertus des littéraires. C’est certainement pour cela qu’elle s’auto proclame « élite » : ce n’est pas un terme qu’on lui associe spontanément.

D’ailleurs, la notion d’élite est probablement mauvaise pour la santé. On tend à l’isoler dans des universités où elle est supposée se cultiver loin des influences délétères de la société. C’est exactement le projet de l’abbaye de Thélème. Or, c’est un environnement qui crée des intellectuels, ou, selon l’expression de Dostoievesky, des « possédés ».

Les Grecs avaient certainement raison lorsqu’ils pensaient que la vie de l’intellect devait succéder à celle de l’action. Ce dont Montaigne est l’exemple.

Les modes ont une fin…

Boeing chief executive Dave Calhoun to step down
Dave Calhoun, chief executive of Boeing, is to step down at the end of this year, as part of a sweeping overhaul at the embattled US aircraft manufacturer.

Financial Times 25 mars

Boeing va très mal. Tout tient à une mode. A la chute du mur de Berlin, les Américains ont pensé, et les Européens ont cru, que le capitalisme allait gagner le monde. Et le capitalisme, ce n’était pas ce qu’ils étaient alors, un Etat technocratique, mais le « marché ». En conséquence, un rien tordue (mais qui veut renoncer à ses avantages acquis ?), les grandes entreprises, si elles voulaient ne pas disparaître devaient être des catalyseurs de marché, une poignée d’être d’élite concevant des produits et les vendant, tout étant fabriqué par des fournisseurs en « concurrence parfaite ». Les surprofits des salariés et des sous-traitants étant rendus aux actionnaires (dirigeants et fonds d’investissement) pour être remis dans le marché, qui en ferait une allocation optimale, comme l’affirmaient les meilleurs économistes.

Boeing a poussé loin ces idées. Je me souviens d’avoir rencontré un de ses employés, qui m’avait dit « chez Boeing on ne construit pas des avions, mais des carrières ». Les modes enrichissent ceux qui les créent.

On nous cache la vérité !

Le think tank libéral espagnol Instituto Juan De Mariana vient de publier son tableau de bord des performances économiques des 27 pays de l’Union européenne pour la période 2019-2023. Il mesure cinq variables clés : la croissance du PIB, la réduction du taux de chômage, la maîtrise de la dette publique, l’évolution du revenu disponible des ménages et la modération de la pression fiscale. La France arrive en 21ème position sur 27. Un classement qui contredit les discours lénifiants, pour ne pas dire mensongers, de nos dirigeants sur la « puissance » de notre pays.

Article

L’article donne le tableau dont il tire ses conclusions. Les premiers de son classement sont : Irlande, Croatie, Pologne, Danemark, Malte, Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Slovénie. L’Allemagne est 24ème.

Mais qui a lu ce tableau ? Mécanisme de la théorie du complot ? Placé dans certaines conditions l’homme ne pense plus ? Il ne voit plus que ce qui nourrit ses préjugés ?

(En l’alimentant habilement, on peut l’amener à la folie destructrice ? En tous cas, il serait intéressant de comprendre ce qui peut nous prédisposer à un tel état de crédulité.)