Cerveau

Je lis un livre qui traite du cerveau. Je découvre, ce que tout le monde sait, qu’il a fait l’objet d’études patientes, qui l’ont décrit morceau par morceau, dans d’infinis détails. Et qu’un de leurs intérêts est, quand on prend un peu de recul, de reconstituer à partir de ces parties, un tout qui a un comportement compréhensible.

J’avais oublié l’utilité de la science. J’en étais resté aux succès de la physique, qui, un temps, a cru pouvoir représenter le tout par une équation. La véritable science est, en fait, un travail de fourmi. Le scientifique est un artisan. Seulement, de temps à autres, il doit lever le nez de son travail pour retrouver une vision d’ensemble.

Jon Fosse

Jon Fosse, illustre inconnu. Prix Nobel de littérature.

Ses nouvelles regardent le monde avec les yeux du tout petit enfant.

Et c’est inquiétant. Car la pensée de l’enfant est logique, mais c’est une logique qui est incompatible avec celle de l’adulte. Comment passe-t-on de l’une à l’autre ? Et si l’on n’y parvenait pas ?

(Scenes from a childhood. Lectures de la BBC.)

Travail gratuit

Je lisais quelque part que le travail de la femme représentait des milliards d’impayés.

Etant célibataire, et m’occupant des tâches ménagères, cela m’a fait penser que j’étais aussi un exploité. Mais, en observant ce qui se passe autour de moi, je constate qu’hommes et femmes travaillent tout autant l’un que l’autre « gratuitement » : je n’en vois jamais un se reposer, pendant que l’autre s’occupe de l’intérêt général. Seulement, il y a division des tâches.

Vous qui faites l’opinion, serait-il temps que vous preniez conscience que la société a changé ?

(Et, d’ailleurs, pourquoi vouloir donner à tout une valeur marchande ? Ce qui a le plus de prix, n’a pas de prix.)

Calvin

A l’étranger, et peut-être en France, peu de gens savent que Calvin était français. Il est vrai que Calvin (calvine, plutôt) est devenu un prénom anglo-saxon.

Concordance des temps, de France culture, lui consacrait une émission (16 mars). Je n’ai pas appris grand chose, sinon que c’était un malade et un esprit totalitaire (le propre du Français ?) qui a fait griller et tuer une bonne centaine de personnes durant son règne sur Genève. Ce qui, compte-tenu de la taille de la ville à l’époque, doit être comparable aux sévices de la Terreur. En tous cas, les catholiques se seraient inspirés de ses pratiques.

Il est curieux de penser qu’avec un tel passé, Genève ait pu devenir une ville aussi pacifique. Ce qui ne tue pas renforce ? (D’un autre côté, la France n’a pas appris grand chose de la Terreur : la culture nationale serait-elle aussi à prendre en compte ?)

ISIS

Attentat à Moscou. Peu de compassion. Peut-on en avoir pour un Etat qui en massacre un autre ?

Rappel aussi : on a dit, qu’un temps, M.Poutine s’est cru l’ami de l’Occident et qu’il a cru lutter avec lui contre la menace islamique. Apparemment, la Russie est en guerre contre tout ou partie de l’Islam, ce que l’on a oublié.

Qu’est-ce que cela annonce ? Troubles en Russie ou troubles mondiaux ? Devrions-nous nous en préoccuper ? (Autrement qu’en disant que l’ennemi de notre ennemi est notre ami ?)

Z pour Zombie ?

We must stop the smartphone social experiment on our kids
China has been way ahead of the west in seeing the dangers of raising a generation of zombies

Financial Times du 30 mars

Génération Z pour Zombie ? Il n’y a peut être pas que le smartphone en cause. Curieusement les courants dominant notre société croient à la puissance de la parole et de la manipulation des esprits. Qu’il s’agisse du capitalisme triomphant post mur de Berlin et de sa publicité et de ses bulles spéculatives ou des courants « socialement avancés », qui font la promotion de la femme, du genre, du climat, etc.

A-t-on pensé à l’impact que toute cette manipulation peut avoir sur un esprit en formation ? N’est-ce pas pour cela, que, jusque-là, on essayait de le protéger ?

(Les Chinois ont peut-être bien compris tout l’usage qu’ils peuvent tirer des réseaux sociaux : Affaires étrangères, de France culture, faisait remarquer, samedi 23, qu’alors qu’ils les interdisent chez eux, ils ont inventé TikTok, qui est ce qui se fait de mieux en termes de destruction de cerveau occidental.)

Conflit de générations

Un entrepreneur mûr me parlait d’incommunicabilité. Il ne parvient pas à parler aux entrepreneurs jeunes. Pourtant, son métier est le développement durable.

Il donne une explication à laquelle je n’avais pas pensé : le jeune est convaincu que le vieux est coupable de l’état de la planète, et qu’en conséquence, ce dernier est un dangereux incompétent. Et, surtout, qu’il, le jeune, doit suivre ce qu’il a dans la tête. Tout ce qu’on peut lui dire ne compte pas, il est faux.

L’intérêt que je vois dans cette hypothèse est qu’elle donne un nouvel exemple d’une situation dans laquelle un homme peut se couper du reste de la société et, surtout, inventer une « vérité alternative », qui vient de nulle part. Au fond, c’est ce que l’on a appelé le « phénomène communautaire ». C’est peut-être, tout simplement, l’explication du fanatisme.

Quels en sont les ingrédients ? Personne coupée de la réalité ? Résultat à la fois du « libéralisme » qui rompt le lien social, par principe, et d’un bombardement de l’individu, isolé, de slogans idéologiques, quels qu’ils soient ?

Gloire et argent

Lorsque j’entends tout le mal que l’on dit maintenant d’eux, je ne peux que le rappeler que nous fûmes fiers de notre Etat et de nos services publics.

Etrangement, ils ont commencé à être critiqués alors qu’ils étaient au faîte de leur gloire. L’Etat n’est pas la solution mais le problème. Et petit à petit, effectivement, ils se sont détraqués. Mais, et c’est là le principal paradoxe, ils n’ont fait que grossir, alors qu’ils étaient aux mains de ceux qui les critiquaient.

Que s’est-il passé ? En grande partie un lavage de cerveau. Par des sophismes à la Boris Johnson, on nous a expliqué que l’économie de marché, qui n’a réussi nulle part, était la panacée. Que l’argent était la mesure de toute chose. Et l’Etat est devenu l’organisateur du marché ! Il devait avoir de grandes ressources pour pouvoir l’imposer.

Qu’est-ce qui rendait le service public d’après guerre efficace ? La gloire. On croyait avoir trouvé le nirvana : le progrès. Et l’administration était là pour le réaliser. C’était un honneur de lui appartenir. Mais l’élan s’est perdu. Et le marché a peut-être été une maladie opportuniste.

Déréglement climatique

Après les températures extrêmes de 2023, les scientifiques se divisent autour d’une accélération du réchauffement climatique

La chaleur spectaculaire atteinte en 2023 dans l’atmosphère et les océans a surpris et inquiète une partie des chercheurs, qui ne parviennent pas à l’expliquer totalement, faisant redouter à certains l’entrée du climat dans un « territoire inconnu ».

Le Monde du 28 mars

Voilà qui me surprend. Il se trouve que j’ai étudié la question du climat, en amateur, il y a près d’un quart de siècle, et que la conclusion de ce que j’avais tirée de mes lectures était que le climat était, justement, imprévisible. C’est l’illustration même de la théorie de la complexité.

Ce que j’ai trouvé remarquable ces derniers temps, ce n’est pas que l’on parle de réchauffement climatique, les travaux sur le sujet sont anciens, mais que l’on prévoie ses conséquences. Dans notre intérêt à tous, la science ferait-elle bien de redécouvrir le doute ?

Conscience de l’impact

L’autre jour, j’ai fait une remarque désobligeante. J’ai reçu une liste d’exemples d’entreprises à « impact ». Ma réaction a été : le seul impact de ces entreprises est de donner bonne conscience à leurs fondateurs. (Celle qui semblait avoir le mieux réussi transportait des produits « équitables » à bord de voiliers. Ses fondateurs semblaient avoir trouvé un moyen de financer leur passion.)

L’argument selon lequel « si tout le monde fait comme moi, le monde changera » est idiot. Il y a très peu d’entrepreneurs. L’entrepreneur doit changer les choses en grand, pour le compte des autres. En conséquence, il doit partir de la fin, de « l’impact » qu’il veut avoir. Il doit être mondial.