Impuissance

pour des raisons qu’il serait intéressant de comprendre (par conviction ou par recherche d’une posture valorisante ?) les journalistes politiques (intervieweurs, éditorialistes, enquêteurs) ont fait se déplacer le centre de gravité qu’ils occupaient. Ils se sont progressivement positionnés presque exclusivement comme les représentants du peuple face aux pouvoirs en place, et donc d’une position d’intermédiaires éclairés, ils inclinent à se muer en opposants, quitte à empêcher le pouvoir de s’exercer. Cette mise en scène d’une légitimité du peuple (représenté par les journalistes) face à la légitimité des pouvoirs en place produit l’image d’une société bloquée, minée par les passions et les désaccords inexpugnables, au plus loin d’une démocratie régulée par des débats et des alternances. Une symbolique de l’impuissance se dégage de ce face à face mimant une guerre de positions, et constitue un élément de taille pour instiller un climat anxiogène, voire désespérant.

Article de Telos

Les journalistes sont-ils coupables de la déprime nationale ?

La question est-elle utile ? Ou, plutôt, faudrait-il chercher les conditions qui rendent au Français le sens de ses responsabilités ? Qui le sortent d’un si agréable sentiment « d’impuissance » ?

Anti dépresseur

450.000 prescriptions d’anti-dépresseurs à des moins de 18 ans, en un an, disait les nouvelles de la BBC, l’autre jour.

Jeunesse déprimée ? Ou acharnement thérapeutique ? Maslow disait que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant…

Ce qu’il y a de curieux est que, dans ma jeunesse, on vantait une société de « l’opulence », et qu’ensuite, on n’a voulu qu’améliorer les choses. Or, il semble bien que beaucoup de choses aient empiré. Peut-être serait-il temps d’oublier les beaux discours et de mener une enquête sur l’état de notre société, et sur ses pratiques ?

on the one hand, we have overly paranoid parenting that looks for labels and diagnoses for normal (albeit sometimes difficult) emotions and experiences. On the other, we have laissez-faire parenting that gives prepubescent children a portal to an alternative universe in their pockets with virtually no legal limits. This paradox has led to a generation of digital guinea pigs who are not so much depressed as helplessly confused: undergoing all the usual trials and tribulations of adolescence (break-ups, peer pressure, self-consciousness and body image) with new challenges and dangers, while being told by everyone — schools, parents, social media — that they should constantly be checking in on their mental health.

Article UnHerd

Paroles

Israël exécute deux responsables Iraniens et une possible « bavure » tue 7 membres d’une ONG. Qu’en déduire ?

Peut-être qu’il y a d’un côté les paroles, et de l’autre les actions. Il semble qu’Israël soit, paradoxalement, en position de force. C’est peut-être pour cela qu’elle a été surprise par l’attaque du Hamas.

Quant à l’opinion publique, elle crie beaucoup, mais elle fait peu. Au temps des réseaux sociaux, l’homme n’a plus d’émotions ? Il vit dans un monde virtuel à la Matrix ?

(Quant aux otages, ils sont oubliés. Ou l’on ne peut plus rien faire pour eux ?)

AJ Cronin

Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait des livres d’AJ.Cronin. Un préjugé avait fait que je ne les avais pas lus. Je me méfie des célébrités. Elles vieillissent mal.

Or, miracles de la BBC, j’ai entendu un feuilleton tiré d’un de ses livres. Une histoire assez plaisante d’un médecin (Dr Finlay) exerçant en Ecosse entre les deux guerres. Un temps où le médecin était encore un être estimable. Un missionnaire de la science désintéressé au milieu d’un peuple d’incultes.

Miracle de wikipedia : j’ai pu me renseigner sur AJ Cronin, qui fut aussi une personne estimable. Son expérience de médecin et ses livres auraient été à l’origine du NHS…

Bien être

Les mots changent de sens… Une étude de l’université de Cambridge.

Aujourd’hui, « bien être » est une question individuelle, une forme d’égoïsme, et du « big business ».

Apparemment, dans les années 70, cela signifiait « réaliser votre potentiel, produire beaucoup d’énergie, et la mettre au service de la société« . Etre bien dans sa peau était une « mission sociale« .

Paradoxalement, cela signifiait aussi le changement. La société devait évoluer pour aider l’homme à être heureux, alors que les techniques modernes comme la « mindfulness » visent à amener l’individu à accepter la société telle qu’elle est.

L’auteur de l’étude semble penser que nous ferions bien de revoir notre vocabulaire…

Sécurité

Nous, les Occidentaux, avons connu l’illusion de la sécurité. Mais ce n’est plus le cas. Le philosophe Ben Ansell traitait de cette question. (The Reith lectures, la BBC.)

A l’Aristote, il pense que le bon chemin est entre les extrêmes : dictature ou anarchie. Et ce bon chemin est celui de la confiance.

Et, effectivement, l’Occident semble s’être quelque-peu laissé sombrer ce dernier demi-siècle dans « l’anarchie », ce qui a provoqué une réaction dictatoriale.

Mais comment rétablir la confiance ? La « leçon » ne me semble pas contenir de recommandations très pratiques. Une idée : on a confiance en quelqu’un lorsque l’on partage ses valeurs.

Je crois aussi que la confiance est une question d’équipe. Pour qu’une équipe gagne, il lui faut un objectif commun, un objectif fort. Il lui faut aussi des règles internes, que chacun trouve « justes ».

C’est aussi une question de confiance en soi et d’engagement : chaque joueur doit savoir ce qui fait sa force unique, sur quoi il peut s’engager, en étant certain de tenir parole.

Drôle de démocratie

Curieuse situation. La Russie a déclaré ouvertement la guerre à l’Occident, et la Chine a fait de même, en plus dissimulé.

Et l’Occident est attaqué par des courants internes favorables à la Russie, et d’autres, qui le dénoncent comme un mal absolu. Et pourtant, il fait comme si de rien n’était. Comme si tout le monde était beau et gentil.

Serait-ce ce qui fait la force d’une démocratie ? Elle libère tellement d’énergie que, dans le lot, le bon excède radicalement le mauvais ?

Démocratie

Le philosophe Ben Ansell envisageait l’avenir de la démocratie (The Reith Lectures, de la BBC).

En l’écoutant, j’ai pensé que le philosophe n’avait plus d’avantage concurrentiel. La massification de l’enseignement supérieur l’a fait sombrer dans le bon sens commun. Il ne peut plus guère essayer de nous impressionner que par ses diplômes. Mais de quoi sont-ils la garantie ?

En tous cas, j’ai retenu que, selon un certain nombre de mesures, on tendait à vivre mieux dans une démocratie qu’ailleurs. Certes. Mais j’aurais aussi aimé qu’il évoque la maladie de la démocratie, qui tend à voir émerger des « oligarchies » et qui produit une lutte des classes suicidaire.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’on rabaisse la démocratie à la simple capacité de voter. On croit que la bonne démocratie est une question de réglage : plus ou moins de proportionnelle ici ou là…

On ne perçoit pas la « complexité » (au sens d’Edgar Morin) du phénomène politique. Comme tout groupe humain, les politiques deviennent une société à part, avec leur « culture » (au sens anthropologique), un être. Il y a « déplacement de but », comme le disait le sociologue Merton, au sujet de la bureaucratie : la politique ne sert plus le peuple, elle est dirigée par des règles qui lui sont propres. La démocratie peut être l’illusion du choix, comme le disait Tocqueville.

En fin de compte, il n’y a que la crise qui ramène le politique à la réalité. C’est aussi pour cela qu’un régime dirigiste peut être plus démocratique que la démocratie : il a peur du peuple.

(En tous cas, il me semble que l’erreur de la démocratie est de croire que le politique c’est l’autre, la démocratie ne peut pas être purement représentative, c’est l’affaire de tous.)

Cerveau

Je lis un livre qui traite du cerveau. Je découvre, ce que tout le monde sait, qu’il a fait l’objet d’études patientes, qui l’ont décrit morceau par morceau, dans d’infinis détails. Et qu’un de leurs intérêts est, quand on prend un peu de recul, de reconstituer à partir de ces parties, un tout qui a un comportement compréhensible.

J’avais oublié l’utilité de la science. J’en étais resté aux succès de la physique, qui, un temps, a cru pouvoir représenter le tout par une équation. La véritable science est, en fait, un travail de fourmi. Le scientifique est un artisan. Seulement, de temps à autres, il doit lever le nez de son travail pour retrouver une vision d’ensemble.