Confiance

Autour de l’an 1000, un groupe de marchands juifs s’était installé dans plusieurs pays. Ils communiquaient entre eux, à la vitesse des lettres de l’époque. Mais c’était suffisant. Ils étaient parvenus à faire du commerce à distance, sans avoir à se déplacer. Leur innovation avait été de jouer sur la réputation de leurs agents. Si ceux-ci leur faisaient un mauvais coup, ils étaient discrédités. Ils n’avaient plus de travail.

En écoutant cette histoire, j’ai pris conscience de l’importance de la confiance dans notre société. Certes, je constate que plus personne ne tient parole, mais, tout de même, notre société est un dispositif extraordinairement dépendant de la confiance, qui, au Poutine près, marche tout de même bien.

(L’émission : The trust shift, Rachel Botsman, BBC4.)

Science criminelle

Au moins aux USA, on peut être expédié à la chaise électrique sur le témoignage d’un expert.

Or, les affirmations de la science évoluent sans cesse. Ce que l’on croyait savoir, catégoriquement, des incendies et des cheveux, par exemple, est faux.

De manière plus surprenante, il en est de même de l’ADN. Nos techniques d’analyse sont tellement sensibles qu’elles peuvent se saisir d’un ADN flottant. Ainsi des ambulanciers ont transporté sur les ongles d’une victime l’ADN d’un alcoolique qu’ils avaient amené à un hôpital quelques-heures avant… L’alcoolique ne se souvenant plus de rien, il en était arrivé à se demander s’il n’était pas coupable.

Méfions-nous des experts ? Un jugement ne peut pas reposer sur leurs seules affirmations ?

Surtout : la science est changement, non certitude. Elle ne permet pas d’affirmer ?

(Experts on trial, BBC 4)

Religion et postmodernisme

Iain McGilchrist, dans son étude du cerveau (The master and his emissary), tire une conclusion surprenante. Il voit les Lumières comme une régression de l’esprit humain.

L’explication est simple : les Lumières ont refusé ce qu’elles ne parvenaient pas à comprendre. En particulier la religion.

La critique du postmodernisme est encore plus méchante. Le postmodernisme tourne en ridicule la complexité du monde. C’est, paradoxalement, un acte totalitaire et violent : il condamne, quasiment à mort, les esprits réellement supérieurs.

J’en suis arrivé à me demander si l’incompréhensible, le non quantifiable, n’avait pas des vertus. Je le pensais déjà de la science : c’est l’inconnu qui est stimulant, c’est lui qui est riche de découvertes possibles, qui fait d’avoir « toujours tort » une promesse de bonheurs. Mais je le crois de plus en plus de l’art, pré post moderne. Pour commencer à l’appréhender, il faut l’étudier, il ne nous parle pas spontanément. L’art n’est pas pour les amateurs. S’élever dans sa connaissance permet à notre esprit, je le soupçonne, de se découvrir des capacités nouvelles. Capacités utiles partout.

Seulement, comme ailleurs, le danger est probablement dans « l’aliénation » : être capturé par l’art, ou par la religion. Aimer l’incompréhensible parce qu’il est incompréhensible. Le propre de l’esprit sain est certainement de ne jamais abandonner l’espoir de pouvoir comprendre, sans, pour autant, adopter les solutions de facilité postmodernes.

Parlez-vous américain ?

Le propre des USA est de ne pas avoir de parole. On l’a vu après la première guerre mondiale, lorsque les USA ont imposé à l’Europe un plan d’action qu’ils ont dénoncé ensuite. D’où une nouvelle guerre. Au fond, l’esprit de l’Amérique, c’est celui de Donald Trump.

Et si l’on prenait conscience de cette réalité ? Et si l’Europe, non seulement assurait sa défense, mais aussi s’affirmait comme douée du libre arbitre ? Et se mettait à contrôler les USA par la seule loi qu’elle connaît : la force ? Tu soutiens l’Ukraine, ou je soutiens la Chine ?

Solidarité

Le philosophe Ben Ansell parlait de solidarité (Reith lectures, BBC.)

Je suis arrivé à des conclusions qui semblent proches des siennes. En particulier, la solidarité doit être préférée à la charité, un concept très anglo-saxon. La solidarité est la reconnaissance qu’il n’existe pas de sous-homme. Que nous partageons tous une même nature, « l’humanité ». Ce qui explique la notion de « crime contre l’humanité ». Je crois aussi que le moyen de la solidarité n’est pas le revenu minimum, mais le service public. Ce n’est pas parce que l’on est né à tel ou tel endroit, que l’on ne doit pouvoir faire que certaines études, par exemple. Il me semble aussi que le propre de la solidarité est d’être sans arrêt en mouvement, en réinvention. On ne doit pas pouvoir s’en libérer l’esprit comme on tend à le faire avec le revenu minimum, une fois pour toute. On doit avoir la solidarité sur la conscience.

Ben Ansell observait aussi un fait curieux : la solidarité demande la croissance. En effet, au moins actuellement, il me semble que pour donner il faut gagner de plus en plus (c’est le combat de l’association des interpreneurs). Vérité empirique.

Mais il y a croissance et croissance. Aujourd’hui ce que l’on appelle « valeur » semble le résultat d’une « aliénation ». La valeur est donnée à ce qui n’est pas bon pour nous. Un changement à réussir est, certainement, d’inverser cette tendance. Mais cela, ce n’était pas dit dans la leçon.

Turquie européenne

Les élections municipales turques furent un revers pour M.Erdogan.

Le maire d’Istamboul semble avoir les qualités nécessaires pour remporter la prochaine élection présidentielle. Après la Pologne, la Turquie pourrait-elle redevenir un peu plus démocratique ? Après des années de vaches maigres, les démocraties reprendraient-elles du poil de la bête ?

Ce qui me donne une curieuse idée : et si la Turquie entrait, finalement, dans l’UE.

Pour cela je propose une méthode que j’ai utilisée pour absorber des entreprises. Et qui marchait fort bien, contrairement à ce qui se pratique d’ordinaire. Il s’agit de se demander au préalable pourquoi l’on veut de la Turquie. Que nous apporte-t-elle que nous n’avons pas. Et inversement. Et tout cela ensemble qu’est-ce que cela nous donne envie de faire ?

Addiction

Addiction, anglicisme.

Comme beaucoup d’anglicismes qui entrent dans notre vocabulaire, il a une racine latine.

La traduction française est intéressante. Elle parle de « s’adonner », « se livrer », « s’abandonner », « d’attachement », « d’inclination », de « penchant ». Elle révèle aussi « qu’addict » ne concerne pas uniquement la drogue : on peut être « addicted to Muses » ou « to study », c’est-à-dire s’adonner à l’étude.

L’anglicisme est-il une paresse de l’esprit ?

Croyance artificielle

Generative AI is sucking up cash, electricity, water, copyrighted data. It is not sustainable. A whole new approach may be needed.

Financial Times du 6 avril

FT donne la parole aux critiques de l’Intelligence artificielle. Ou plutôt aux sceptiques. Ils sont majoritaires. Mais ils n’ont pas l’oreille des médias. (Particulièrement en France, dont les journalistes ont depuis longtemps mis leur cerveau en veille.)

Un simple constat : l’IA ne marche pas.

Le véritable enseignement de cet article, à mon avis, est que tout le monde sait que l’IA est un leurre, mais il y a tellement d’argent à placer qu’il faut bien lui trouver un emploi. Alors ce que l’on demande aux ingénieurs de la Silicon Valley, ce sont, simplement, des idées nouvelles et qui puissent être un peu crédibles. Au moins par des journalistes.

Biais gaulois

Aide à un entrepreneur. Il lui faudrait un contact avec telle entreprise, qui aurait vraiment besoin de ses produits. C’est un grand expert, et son discours semble très cohérent. Jusqu’à ce que je comprenne que je suis le client final auquel l’entreprise en question est supposée vendre son produit. Et que non seulement moi et mes semblables, nous ne sommes pas intéressés, mais que tout le circuit de vente n’est pas compatible avec ses idées.

Ce avec quoi il est d’accord. Il va abandonner cette idée après laquelle il semble courir depuis des années.

Je me suis demandé si l’on n’avait pas là une des caractéristiques du dirigeant français dont on m’a tant parlé. Il se fait une idée de ce dont a besoin le marché, et il part dans une croisade à la don Quichotte, jusque, parfois, à faire faillite. Cette croisade a quelque-chose d’éminemment moral, si bien qu’il vit ses difficultés comme des injustices. Ce qui fait qu’il ne songe pas à changer de cap. Il peut entendre raison, seulement il est souvent bien trop seul pour en avoir l’occasion.

Tiré-je trop d’un simple exemple ?

Court circuit

Le séisme à Taïwan rappelle la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en puces électroniques

Le Monde du 6 avril

« Dialectique » dirait peut-être Hegel. Hier la globalisation était l’alpha et l’omega. Aujourd’hui on a l’impression que le sort s’acharne sur la « supply chain ». Epidémies, guerres, accidents…

Enseignement ? Tout ce qui est arrivé était prévisible, et prévu par les gens que lit ce blog. Il y a une science qui marche. Ce qui révèle peut être une des lois d’airain de l’économie de marché : profiter de l’inertie de la société pour lui faire prendre des vessies pour des lanternes. La globalisation fut une belle bulle spéculative ?

Peut-être aussi que, comme dans la dialectique de Hegel, c’est un mal pour un bien. Ce mécanisme pervers empêche l’humanité de s’endormir ? Il la force à avancer ?

TSMC boosts Biden’s AI chip ambitions with US production deal
The world’s biggest chipmaker, Taiwan Semiconductor Manufacturing Co, has agreed to make its most advanced products in Arizona from 2028, in a boost to the Biden administration’s efforts to bring the semiconductor supply chain on to home soil.

Financial Times du 8 avril