Le temps des crises

Un changement s’est produit il y a quelque temps : nous sommes entrés dans une période de crises. Gilets jaunes, Covid, Ukraine, inflation ?, dissolution, Trump. Quelle sera la prochaine ? Taïwan ?

Au fond, nous vivons la globalisation poussée à son absurde : l’Occident a vendu la corde pour se faire pendre. Sa logique est retournée contre elle.

Quelle en sera la conséquence ? Certains annoncent la guerre, façon Ukraine. Une crise économique ne serait-elle pas plus vraisemblable ? Les faibles, les perdants de la globalisation, se retrouveraient dans une poubelle ? On en avait perdu l’habitude.

France dissolue

Pour la France, ce fut l’année de la dissolution. La défaite en rase campagne de De Gaulle. Le retour victorieux de la 3ème République. Celui de la démocratie.

Ce qui est surprenant est que certains s’intéressent à la politique. Elle n’est que « bruit et fureur ». On ne peut qu’attendre que la poussière retombe.

Pour le moment, j’en retiens deux faits. On n’est plus en 3ème République. Il y a, tout de même, recherche de consensus. On n’a plus assez de convictions pour faire sauter le gouvernement pour une idée. Ce qui est un bien. En revanche, le type de solutions recherchées, le prélèvement, accélère le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons. Nous faisons des trous dans la coque pour alléger le navire. Et la technique des députés est toujours la même, celle de Trump : liquider ce qui ne résiste pas. Mais en plus subtil : en masquant la manoeuvre. C’est pourquoi tous les lobbys sont arc-boutés sur leurs « avantages acquis ».

Cohésion sociale

Valeur travail, beaucoup en parlent, peu pratiquent. Pas surprenant : il n’est pas facile de travailler : je sors épuisé de cette année. J’ai interrogé, aidé des entrepreneurs, et, même, rencontré quelques élus. Et surtout, ce fut un casse tête. Il est extraordinairement difficile de comprendre ce que l’on voit. Mon inertie intellectuelle est phénoménale. Qu’ai-je appris ?

L’innovation que constatent les interpreneurs n’est pas celle dont on parle. Pourquoi ? La « globalisation » a évacué les « contingences terrestres » pour des « innovations de rupture », super intelligence, conquête du système solaire, élimination de la mort, etc. Aujourd’hui, les « contingences terrestres » se rappellent à nous. Ce sont elles auxquelles répondent nos entreprises. Notre situation ressemble à celle de l’après guerre : notre économie est à (re) construire. Comment faire ? La démarche du Conseil National de la Résistance est appropriée.

Pour reprendre le vocabulaire de la classe politique, nous devons avoir l’ambition de la « cohésion sociale ». Nous en avons les moyens : PME et territoires ont un potentiel ignoré ; ce qui leur manque pour l’exploiter, personnels qui sortent des grandes entreprises et capitaux privés, cherchent ce type d’opportunité !

Ce programme est apolitique. Il doit faire l’unanimité. Surtout : le CNR parlait « d’esprit de Valmy ». Chacun doit prendre son sort en main, avec une belle motivation. Après guerre, cette motivation était le « progrès », la certitude que la société était dans la voie de la raison, que la condition de l’humanité allait se transformer. Pourquoi ne serait-ce pas aussi la nôtre ?

Passion et raison

Descartes et Spinoza opposent raison et passion. Avec Trump, la raison est d’actualité.

J’en suis venu à penser que la passion était le propre de l’homme, dans son « état naturel », comme auraient dit les philosophes des Lumières. La passion est à la fois bonheur fou et atrocité gratuite. La raison a été inventée par l’homme. Elle a créé des « lois de la nature ». La souffrance, la mort, la pauvreté, la loi du plus fort… sont inacceptables, par exemple.

A-t-elle des avantages concurrentiels sur la passion ? Peut-être moins parce qu’elle sait « prévoir l’avenir » alors que la passion est aveugle, mais parce qu’elle est facteur de cohésion sociale. De ce fait, elle finit par enfermer le passionné dans un asile, ou, par son inertie, le fait disjoncter.

En fait, la raison ne voit que les erreurs manifestes, la découverte « scientifique » est hasard, et ne peut se faire sans passion « aveugle », car le monde n’est pas « raisonnable », il est « complexe ». En conséquence de quoi, l’histoire est probablement oscillations entre raison et passion, une autre manière de parler de Yin et de Yang. Après la folie de la guerre, l’après-guerre fut excessivement raisonnable, ce qui a produit une vague de passion, 68, nouvelle économie, Wokisme, Trump ? La véritable raison serait-elle d’éviter des oscillations trop violentes ?

La loi du milieu

La Chine pourrait attaquer Taïwan dès 2027. Elle cherche le bon moment et sonde les failles de l’Occident. Un Munich ukrainien serait un signal favorable.

Malheureusement, l’UE s’est mise entre les mains de la Chine.

The biggest threat a Chinese invasion poses to Europeans is economic. Taiwan produces nearly 90 percent of the world’s most sophisticated chips used for smartphones and other goods. Taking over the island would put that supply in the hands of Beijing, which already has a stranglehold on critical raw materials and magnets and uses its dominance to punish countries that go against its interests. European industry has already been caught in the middle after China put up export controls on key resources in response to tariffs from the Trump administration.

politico.eu 30 décembre

Le plus intéressant dans cette affaire n’est peut-être pas que nos gouvernements nous aient jetés dans la gueule du loup, l’erreur est humaine, mais l’arrogance avec laquelle ils l’ont fait ?

Année Trump

Cette année fut celle de Trump. Un Trump nouvelle formule. Lors de son premier passage, on le disait un pitre. Cette fois-ci, il est laid, congestionné, et a décidé de se venger.

Je n’avais pas tout à fait tort. Je pensais que ce serait un « stress test ». Effectivement, il a révélé bien des failles de notre système. Il nous a aussi rappelé la nature éternelle des USA, d’ordinaire dissimulée par un bas de soie. « Greed and fear » ? Les USA de la « guerre à ». Aujourd’hui, la guerre au faible ? Mais aussi des USA qui ne comprennent rien à la complexité du monde, et s’y emmêlent les pinceaux ?

Ce qui ne tue pas renforce ? L’utilité de Trump est de nous montrer que nos comportements reposent sur des croyances, et que ces croyances n’ont aucune base. Ce qui est effrayant, au fond.

Et fin d’une ère ? Chant du cygne de la domination américaine ? Les USA deviennent un Etat comme les autres ? Allons nous connaître un monde vivant dans la sorte de paix armée dont rêvait Kant ?

Année Nietzsche ?

Et si Nietzsche avait eu raison ? Et si la morale que l’on nous assène avait pour but de nous couper les ailes ? N’est-il pas bizarre que l’on soit convaincu que la croissance est un mal, qu’il ne faut pas avoir d’enfants, que tout ce que l’on mange est mauvais… ? Nous ne pouvons avoir que des plaisirs coupables ! Ne sommes-nous pas en passe d’en crever ?

Nietzsche aurait dit que cette morale, que l’on doit à Platon, le véritable inventeur du christianisme, serait le moyen des faibles d’enchaîner les forts. Et si lesdits faibles n’étaient pas où nous les croyons ? Et s’ils étaient à la tête de l’Etat ?

Curieusement, ceux qui partagent ce point de vue sont peu sympathiques : ce fut une pensée allemande d’avant guerre, et c’est celle de Trump et de sa clique de mines patibulaires. Eux rejettent tout ce qui entrave leur bon plaisir borné.

N’y aurait-il pas un juste milieu entre tous ces tristes sires ? Une idée de voeu de nouvel an ?

Europe à abattre

Une des conséquences inattendues de l’élection de D.Trump aura été sa déclaration de guerre à l’Europe, et son alignement derrière la Russie. Comme s’il cédait la victoire de la guerre froide contre un paquet de lentilles.

Méfions-nous de nos certitudes ?

How does Moscow view Donald Trump at the end of 2025? One Russian paper today: “The US leader’s philosophy is closer to the values of Russia’s president, not the politicians of the Old World…he sees Europe as a liberal stronghold to be destroyed…” #ReadingRussia youtu.be/7EwZNk6KgHU

Steve Rosenberg (@bbcstever.bsky.social) 2025-12-29T07:44:11.324Z

Incertaine Australie

L’Australie est un îlot occidental fort peu peuplé, face à des monstres plus ou moins belliqueux, qui peuvent la menacer par leur influence ou par leur émigration. (Un tiers des Australiens seraient nés en dehors de l’Australie.) Elle vit de la production de ses mines, qui va, en grande partie, en Chine.

Depuis ses origines, elle a toujours eu peur d’être envahie. Combien de temps durera son bonheur paisible ?

(Réflexions venues d’Affaires étrangères de France culture.)

Europe du nord

Quelle stratégie pour l’Europe ? Celle des petits ? Suisse ou pays du nord ?

Quand ils ne se replient pas sur eux, ce qui menace la Suisse, les petits pays sont intelligents. C’est le seul moyen de compenser leur faiblesse. Ils n’ont pas de complexe de supériorité, le cancer de la France, en particulier. Ils ne dépensent pas plus que leurs moyens. Ils sont agiles et inventifs. Leur force peut venir de leur pouvoir de nuisance, mais aussi, à l’envers, de leur haute morale. (L’un n’empêchant pas l’autre.)