Scénario

Dans un précédent billet, je disais que mon art de la stratégie en environnement incertain était en défaut.

En fait, un scénario d’avenir possible semble se dégager. « L’enfoncement du centre ». M.Macron avait absorbé les forces politiques du centre. La dissolution a fait renaître les extrêmes. Nous en sommes revenus aux affrontements d’avant-guerre ! La période la plus glorieuse de notre histoire ! (Heureusement que l’Ukraine s’interpose entre nous et les Panzerdivisionen de M.Poutine ?) La victoire de l’individualisme sur l’intérêt général.

Il y a certainement un sujet à étudier pour les historiens. En un mouvement, tout l’édifice qu’a créé de Gaulle s’est effondré. Et toutes les théories des beaux esprits des Lumières se sont révélées d’une invraisemblable stupidité : ce que l’élection démocratique nous offre n’est pas le choix entre le meilleur, mais entre le pire.

Et ce pire n’est même pas ce que l’on entend par ce mot. Le citoyen avait élu un innocent, afin qu’il fasse le contraire des projets pour lesquels ce dernier pensait avoir été choisi. Le jour où il a pris conscience de sa méprise, il a fait exploser le système.

Les spécialistes de la complexité ou de la systémique n’imaginaient certainement pas à quel point leurs théories sont justes ! Notre esprit organisateur produit naturellement le chaos.

La France vue d’Angleterre

Emission de la BBC sur le « pari » d’Emmanuel Macron.

Annonce : enjeux énormes, nationaux et internationaux.

Je m’attendais à une analyse lumineuse. C’est raté.

Je retiens que M.Macron aurait voulu prendre les devants d’une rentrée qui s’annonçait difficile. C’est un homme qui aime être le maître des événements. Ironie britannique ? Quant à l’après élection : rien. D’après les experts de la politique françaises présents dans l’émission, le FN ne devrait pas pouvoir avoir une majorité à l’assemblée. Si c’est le cas, quelle sera sa politique ? Sa conséquence pour l’Ukraine ? Rien. (Certes, M.Macron ces derniers temps était le leader du front anti-Poutine…) Le cas italien, un parti nationaliste se révélant modéré, ne serait pas à prendre en compte. La France n’est pas l’Italie.

Je constate une fois de plus que nos analystes politiques sont bien meilleurs que les Anglais. « Every cloud has a silver lining » dit l’Anglais.

Stratégie en environnement incertain

J’ai longtemps enseigné la « stratégie en environnement incertain ».

Dans le cas présent, je mesure les limites de ma science. Comment prévoir de quoi demain sera fait ? Et même les « scénarios » qui pourraient survenir (une des bases de la technique) ?

Le FN au pouvoir ? Mais il n’a jamais gouverné… Quelle va être la réaction de la gauche, qui a toujours rêvé d’affronter le mal ? Grève générale ? Des marchés financiers ?…

L’Allemagne est faible, Trump aux portes de la maison blanche, Poutine pourrait-il balayer l’Ukraine ? A moins que l’on ait une présidentielle ?

En fait, ce que l’on apprend des crises, c’est, surtout, qu’elles révèlent des fragilités insoupçonnées. On est toujours surpris par ce qui casse. Et par l’effet de dominos qui en résulte.

(Quant à la stratégie en environnement incertain, elle propose soit de modifier l’avenir à son avantage, ce qui est généralement difficile, soit d’avoir des capacités de réaction, des moyens excédentaires, soit « l’option », d’acquérir des compétences utiles « au cas où », par exemple survivre grâce au marché noir.)

Hold up

J’aide pas mal d’entrepreneurs à lever des fonds. Quand on s’intéresse à cette question, on découvre qu’il y a des gens qui ont beaucoup d’argent, et d’autres qui n’en ont pas. Plus exactement, en quelques décennies il y a eu un grand déplacement de la masse monétaire d’une partie de la population à une autre.

Une fois de plus, je n’ai rien compris. Dans ma jeunesse, les journaux de management disaient tous qu’il fallait sortir l’argent de l’entreprise pour le donner au marché, car il était parfaitement efficace. Cela paraissait ridicule. Mais c’est ce qui s’est passé. Les dirigeants, les fonds d’investissement et quelques investisseurs ont siphonné les entreprises, et procédé à des licenciements massifs.

A cela il faut ajouter l’innovation qui a valu le prix Nobel à Ben Bernanke : la banque centrale américaine s’est mise à injecter de l’argent dans l’économie américaine pour éviter les éclatements de bulles spéculatives. Tout cela est allé dans quelques poches. Poches essentiellement de diplômés de quelques « grandes écoles ». En fait, le « marché », c’était eux !

Un milliardaire aujourd’hui est 10 ou 20 fois plus riche qu’il l’était à la fin des années 90. Le reste de la société n’a pas vu sa fortune bouger. Au pire elle s’est retrouvée au chômage. Il n’y a pas eu d’inflation, parce que l’INSEE évite de mesurer ce type de phénomène. Elle s’intéresse au prix des carottes, mais pas à celui des appartements ou des actions. C’est moins dangereux.

Injustice ? Ou plutôt évolution naturelle des sociétés, forces contre lesquelles on ne peut pas lutter ? En tous cas, il serait intéressant d’inventer une « science des théories » : chercher, à chaque-fois qu’une nouvelle surgit, ce qu’elle annonce, quel intérêt elle sert.

Erik Orsenna

Erik Orsenna était l’invité d’une émission de France Culture (A voix nue). Enregistrement ancien.

Difficile de juger un homme, me suis-je dit.

J’ai appris que c’était un économiste. Et qu’il pensait que raconter des histoires servait mieux l’économie que l’équation. En quoi je l’approuve.

Il fut de l’équipe des jeunes économistes de gauche qui ont préparé l’avénement de François Mitterrand. Il s’est fait de puissants amis. Comme quoi, le militantisme, au bon moment, peut être un bon calcul.

Puis il a été la plume de François Mitterrand. Emploi de sans-grade, apparemment. Mais qui lui a valu un poste au conseil d’Etat. Népotisme ?

Fut-il ingrat ? Il a publié un livre sur cette expérience, qui n’a pas plu au président Mitterrand. Il aurait été d’autant plus irrité que, lui qui s’était toujours piqué de littérature, était critiqué par un prix Goncourt.

Quant aux idées d’Erik Orsenna, elles semblent avoir évolué, à l’envers de celles de Platon, et comme souvent, des hauteurs éthérées de l’abstraction, au bon sens de la réalité.

Présidentielles

For many allies and former supporters, Macron’s extraordinary self-belief is now turning into a denial of reality that’s making him blind to the antipathy he generates. 

Politico.eu du 12 juin

Ce qui me semble confirmer ce que je soupçonnais.

En revanche, ce que je ne soupçonnais pas, est qu’il va y avoir un ras de marée du Front National. Et que des gens mieux informés que moi le savent depuis longtemps. Alors que l’on ne lui demandait rien, et que la 5ème République a été conçue pour éviter l’instabilité parlementaire, M.Macron a commis un suicide.

Il a transformé cette élection en un référendum le concernant, comme de Gaulle, il devra partir s’il le perd. Il est difficile d’ailleurs de voir comment il pourrait se maintenir, avec un parti réduit à rien, et surtout après une telle bourde. Le ridicule tue.

Mal français

Je me suis lancé dans une sorte d’étude anthropologique de la France. Elle procède à la manière de la « dialectique ». Elle me fait découvrir que chaque réalité semble avoir deux faces.

Récemment, j’en suis arrivé au « mille-feuille ». Il résulte de l’usage culturel qui nous est propre de vouloir sans arrêt partir de zéro. Notre pays est le cimetière des idées sans lendemain. L’Etat en est un exemple. Consternant.

Paradoxalement, le coupable est aussi une victime. Son effort est méritant, mais pas reconnu.

Que lui reste-t-il à découvrir ? Que la reconnaissance passe par l’autre ?

Haine de France

Pourquoi, nous, Français, sommes-nous haïs ?

Un billet de ce blog fait écho à des nouvelles du Mali, dont nos troupes se sont retirées. Ce pays semble très mécontent de la France non pas tant du fait de son passé, qu’à cause de l’impuissance de son armée. A tel point qu’il a fini par croire au complot. La France voulait lui nuire. Les USA sont, eux-aussi, ridicules. Mais ils sont puissants. C’est pour cela qu’on les aime ? Nous ne sommes que des pitres ?

Pourquoi les Américains n’ont jamais aimé la France ? se demandait In our time de la BBC. Pourtant la France les a aidés à se libérer de leur colonisateur. Ce qui, d’ailleurs, a ruiné la France et provoqué la révolution. Son explication : l’Amérique est allée vers son intérêt.

Il y a quelque chose comme cela chez Romain Gary. D’une anecdote, il tire l’enseignement qu’il faut toujours avoir dans ses poches un bonbon. C’est le moyen de se faire des amis.

L’intérêt est premier. Il crée le lien. Plus si affinités ? C’est ce que nous n’avons pas compris ?

Psychologie du chef

Un vieux compagnon de route d’Emmanuel Macron se montrait hier définitif via messagerie cryptée : “En vérité, c’est le geste délirant d’un homme confronté à la défaite.”

Politico.fr, hier

Plusieurs billets de ce blog traitent du caractère incendiaire d’Emmanuel Macron. Lorsque j’ai lu qu’il avait dissout l’assemblée, j’ai pensé au suicide. Depuis, contrairement à ce qui m’arrive souvent, je n’ai pas changé d’avis.

Il est certainement caractéristique qu’il en appelle à la « responsabilité », en donnant le spectacle de la plus grande irresponsabilité.

Le Brexit, le Covid, Poutine, Trump, Macron : ce qui ne tue pas renforce ?