Jeu du solitaire

Si mal comprise, la décision de dissoudre l’Assemblée nationale illustre la gouvernance du chef de l’Etat, consistant à ne faire confiance qu’à lui-même. Après sept années de règne sans partage, il est aujourd’hui lâché par les poids lourds de sa majorité, explique, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au « Monde ».

Le Monde, hier

Il y a certainement une leçon à tirer de cette affaire.

L’électeur pensait être parvenu à contrôler l’instinct dirigiste de M.Macron, en ne lui accordant pas de majorité, et en lui envoyant périodiquement des avertissements. Il avait oublié que M.Macron était susceptible et qu’il possédait le feu nucléaire, à tous les sens du terme. Il aurait fallu le ménager.

De la difficulté pour un groupe de contrôler ses élus.

La question est, maintenant : ce groupe saura-t-il, collectivement, faire preuve de sagesse, aller au delà d’un ressentiment justifié ? Faire preuve d’une responsabilité dont est incapable ceux qui lui proposent de le diriger ?

The Stalin Affair

Hitler attaque Staline. Quel est le moindre des deux maux, se demandent Churchill et Roosevelt ? Ils choisissent Staline. Un Staline qui, un moment, est prostré tant il est pris par surprise.

On l’a oublié, mais les USA ont apporté une énorme quantité de matériel à l’URSS. Aurait-elle pu résister sans cela ?

La BBC consacrait une série d’émissions aux relations personnelles qu’ont eues Staline, Roosevelt et Churchill, et leurs proches. Cela ressemble étonnamment à ce que dit de Gaulle dans ses mémoires. On est en face de simples mortels. Mais, ce que ne dit pas de Gaulle, probablement parce qu’il est trop bien élevé pour cela, est à quel point ils sont en mauvaise santé. Roosevelt est moribond, Churchill, alcoolique, donne des signes de sénilité. Staline, physiquement, a quelque-chose d’un monstre. Mais c’est le plus habile de la bande.

Sa stratégie est celle de Poutine, et des Tsars : s’isoler en asservissant les nations limitrophes. Roosevelt, que l’émission qualifie régulièrement de « naïf », le laisse faire en échange de son appui contre les Japonais (dont il n’aura pas besoin). Churchill comprend qu’il va se retrouver seul face à Staline. C’est la raison pour laquelle il milite pour que la France de De Gaulle retrouve sa place, et pour que l’Allemagne reprenne rapidement forme.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne fait pas preuve d’un rien de perfidie. Comme l’avait vu de Gaulle, il essaie de négocier avec Staline le maintient de l’influence de l’Angleterre sur l’Europe du sud.

L’histoire ne tient pas à grand chose ?

Ara qui rit

La science CQFD (France culture) consacrait une émission au « ara qui rit », au perroquet.

Le perroquet serait un être social, ce qui lui vaudrait un relativement gros cerveau, par rapport à celui des oiseaux. Apparemment, un gros cerveau est rendu nécessaire par la complexité de la vie en société.

Ce qui semble dire que toutes les théories sur la liberté de l’homme, sur le fait qu’il a un jour décidé d’un « contrat social » sont du plus grand fumeux. C’est la société qui a fait l’homme, pas le contraire.

Mais la société a ses ruses, et elle a fait croire à la marionnette qu’elle était sans fil ?

Scénario Truss

J’ai envisagé le scénario Liz Truss, lors des présidentielles. Il était possible que le FN prenne le pouvoir. Or, il n’en a aucune expérience. Et, même avec une certaine expérience, comme celle du PS en 1981, on tend à faire des erreurs coûteuses. Seulement, le pays est tellement endetté, qu’il ne peut plus se les permettre.

Lorsque Liz Truss a voulu imiter Margaret Thatcher, elle a créé une crise extraordinairement violente. Elle a été suscitée par les marchés financiers qui ne voulaient plus de la dette du pays. Son prix a augmenté. Du coup, tous ceux qui possédaient des obligations (fonds de pension…), qui, du coup, ne valaient plus grand chose, sont passés à deux doigts de la faillite. Cela aurait pu entraîner le système financier mondial.

Scénario possible ? Le système britannique a éjecté Liz Truss extrêmement rapidement. Qu’en serait-il en France ?

La crise de 68

Lire de Gaulle, c’est s’interroger sur les raisons de 68.

Une étude traitant de 68 raconte l’histoire suivante. Une jeune fille fait des études et obtient un petit poste de fonctionnaire. Elle réclame son indépendance. Ses parents l’enjoignent de rester dans la famille, et lui apporter son salaire. Crise violente.

L’après-guerre a créé les conditions d’un conflit au sein même des familles.

D’un côté, une société constipée, de l’autre une jeunesse que l’on porte aux nues, parce qu’elle devait être l’avenir. Mais une jeunesse qui a fait des études, a accès à une situation sociale qui n’est pas celle de ses parents. Ils étaient ouvriers ou paysans, elle sera éduquée, « Monsieur ».

De ce fait, elle ne parle plus leur langue, et elle les méprise. D’ailleurs, elle pense qu’elle doit sa situation à son mérite, alors qu’ils sont convaincus qu’elle est le fruit de leurs efforts, et même de leurs sacrifices.

Le changement a cassé le modèle social, la famille est devenue « lutte des classes ».

Au fond, 68 annonce le conflit actuel de la gauche et du peuple.

Mai Juin 68

Changement vert

How companies are starting to back away from green targets
In the past year, many have dropped or missed goals to cut emissions or to loosen ties with polluting sectors

Financial Times, hier

Transition climatique, une leçon de conduite du changement ?

La façon de mener ce changement illustre la première diapo de la présentation que je fais depuis plus de 20 ans.

Le changement échoue parce qu’on veut l’imposer en force, et que, pour cela, on croit au pouvoir de la persuasion. Seulement, quand le changement rencontre la réalité, les belles paroles se retournent contre leur émetteur.

Ce qu’il faut est, comme le dit notre président, de considérer le citoyen comme responsable. Car aucun changement ne peut réussir sans lui. Voilà ce qui change tout.

Impossible ? Non. Quand on se penche sur la question, on découvre des solutions élégantes. Seulement, pour cela, il faut accepter de se remettre un peu en cause. C’est là que se trouve la réelle difficulté.

« Le pacte vert risque de disparaître peu à peu de l’agenda politique européen »

Tribune du Monde, hier matin

Double tour

La presse étrangère semble penser que le premier tour de nos législatives permet d’exprimer son mécontentement, et le second la raison.

Seulement, il n’y aura plus beaucoup de monde au second tour. En particulier, le parti présidentiel pourrait en être quasiment absent. Le camp « non FN » risque d’être remarquablement hétéroclite.

Alors, le président peut démissionner. Ou, semble-t-il, exercer l’article 16 de la constitution, et prendre les pleins pouvoirs comme lors de la guerre d’Algérie.

Mille-feuille

Mille-feuille, un terme que j’ai découvert récemment. Il concerne la fonction publique. Le législateur crée sans cesse des structures nouvelles, sans éliminer les anciennes. Petit à petit, l’édifice est devenu kafkaïen.

Mais il n’y a pas que l’Etat. Il paraît que partout apparaissent des associations de défense de l’industrie. D’ailleurs, la France est une championne de l’association.

Qu’est-ce que cela donne ? Pour prendre simplement le cas des groupements d’entreprise, on trouve les chambres consulaires (créées par Napoléon), les clusters et pôles de compétivité (dernier quart de siècle), les agences de développement (liées à la réforme des régions), Territoires d’industrie, les syndicats professionnels, divers réseaux d’aide à l’entrepreneur (qui ne font même pas preuve de solidarité interne !)…

Explication ?

Un réflexe culturel semble être que toute idée nous porte à créer une institution nouvelle. Or, nous avons accumulé tout un savoir-faire, qui ne demande qu’à être exploité !

La sociologie de Kafka

Kafka partant du modèle familial a prévu le totalitarisme.

L’homme est essentiellement (totalement ?) le résultat des conditions sociales dans lesquelles il se trouve. L’individualisme est une illusion. Ou lui-même un conditionnement social.

Voilà le sujet que devrait aborder une sociologie digne de ce nom. Elle devrait s’attacher à étudier les « phénomènes » propres aux sociétés.

Bien sûr, il y a eu beaucoup de travaux sur cette question, depuis la nuit des temps. Mais ils ne semblent pas parvenir à coaguler en une véritable science.

Durkheim et ses pathologies sociales sont oubliés. Marx a fait de Hegel une arme de combat. La systémique moderne a subi le même sort. Tant que ces sujets ne seront pas enseignés, ils seront ignorés.

Les « conditions de l’homme moderne », selon l’expression d’Hannah Arendt, s’opposent peut-être à l’émergence d’une telle science ?

Péril touristique

Les Indiens se sont mis à voyager en grand nombre. D’ici quelques années, on prévoit 70 millions de touristes indiens.

Le tourisme fait, déjà, des ravages. Il fait fuir les habitants de certaines villes ou villages. Venise expérimenterait un droit d’entrée.

La transition climatique, apparemment, n’est pas pour demain. L’avion a de très beaux jours devant lui. Et nos écologistes feraient bien de voyager pour comprendre les réalités du monde, et l’inanité du changement qu’ils nous proposent.

(The tourist trap, de BBC 4.)