Sablier

Il y a déjà pas mal d’années, The Economist parlait de « sablier ». Avec l’avénement des « nouvelles technologies » la société ressemblerait bientôt à un « sablier ». Il y aurait ceux qui maîtriseraient les dîtes technologies, et les autres, qui les serviraient.

Cela paraissait farfelu. Mais cela avait une signification qui a été ignorée : la disparition « programmée » de la classe moyenne. Elle était rendue inéluctable par le progrès technologique qui, comme chacun sait, est une loi de la nature contre laquelle l’homme ne peut rien faire.

Et si la colère qui s’est emparée de « l’Occident global », comme dit M.Pourtine, venait de la démission de la « politique », au sens premier du terme ?

Révolution industrielle

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Quand on y songe un peu, c’est une expropriation. Le véritable projet de l’IA n’est-il pas que quelques-uns s’emparent du savoir collectif, pour se débarrasser des autres ?

Si l’on remonte aux origines, aux machines à tisser par exemple, n’est-ce pas la même chose ? On parle généralement de la lutte de l’inventeur contre l’obscurantisme. Mais qu’aurait pu faire l’inventeur sans l’accumulation d’expérience qui l’avait précédé, et dont il s’est inspiré pour son automatisation ?

C’est peut être le mécanisme que Marx avait en tête. Son moteur n’est pas l’inventeur ou le programmeur d’IA, c’est le possesseur de capitaux, qui rêve de se débarrasser de tous, y compris des inventeurs, et de partir sur mars avec la caisse.

Ruse de l’histoire ? C’est ce ménage à 3, capitaliste, inventeur et exploité qui propulse la société ?

Président de l’économie

La perspective de voir le pays du « Choose France » entrer dans une période d’instabilité politique prolongée a ruiné dix ans d’efforts pour restaurer son image à l’étranger.

L’oeil de l’éco de Philippe Mabille, la Tribune, hier

Je constate que la Tribune partage mes inquiétudes : la France a de grandes chances de s’enfoncer dans une période d’instabilité politique, qui va provoquer une crise économique, qui pourrait être sans précédent.

Paradoxe de l’action d’un président qui voulait réconcilier notre pays avec le capitalisme globalisé. L’hybris de l’apprenti-sorcier.

Philippe Mabille voit un parallèle entre M.Macron dissolvant l’assemblée nationale et Louis XVI convoquant les états généraux. Mais, alors, il y avait une forme de consensus, en France : le pays a tenu tête à l’Europe coalisée pendant 25 ans. Ce n’est plus le cas.

Que faudra-t-il pour qu’il prenne conscience qu’il ne peut plus se payer le luxe de luttes fratricides ?

Paris et le désert français

Paris, îlot de résistance au vote Rassemblement national

Le Monde du 27 juin

L’association des interpreneurs m’a fait rencontrer le Parlement rural, qui essaie de faire entendre la voix de la ruralité depuis plus d’une décennie. Il m’a fait découvrir ce que je ne connaissais pas : l’état, préoccupant, de nos « territoires ». Et entendre l’inquiétude de ses élus modérés. A chaque élection le vote FN monte, il est désormais majoritaire. En quoi sont-ils encore représentatifs de leur population, se demandent-ils ? Devraient-ils démissionner ?

Ce qu’ils disent aussi, depuis des années, c’est qu’entre l’élite politique et le citoyen de province, personne de bon sens qui n’a rien d’un extrémiste inquiétant, il y a incommunicabilité totale. Elle vit sur une autre planète. Ilot parisien ?

Emergence du langage

Surprenant. Le langage apparaîtrait en deux générations.

Que ce soit l’animal ou l’homme, il a naturellement la capacité à « s’exprimer ». Il fait des gestes, émet des sons, etc. Mais c’est incohérent. Seulement, si vous exposez des jeunes à cette incohérence, ils finissent par la structurer. Il en résulte un langage ! (Et, apparemment, tous les langages ont plus ou moins les mêmes structures.)

On tire ces conclusions de l’étude d’oiseaux et de sourds-muets remis en société après une phase d’isolement due à un régime totalitaire.

Une autre émission de Nature bang, de la BBC.

Une fois de plus, j’ai pensé que le simplisme de la société de mon enfance et de l’enseignement que j’ai reçu est criminel.

Minute papillon

Trump hait les Allemands, et il veut signer la reddition de l’Ukraine. Voir l’état pitoyable dans lequel se trouve l’intellect de Joe Biden les a, en conséquence, consternés. (Politico Berlin Bulletin.)

Et l’on ne parle pas de la France.

Grande leçon de changement ? Tout va bien, et, on ne sait pourquoi, pour un caprice ? brutalement le monde bascule.

Idée fixe

« Macron en est venu à croire que, par sa parole, il pouvait créer des occasions, voire des moments décisifs, et que l’intendance suivrait »

Le Monde du 28 juin

L’hypothèse que j’ai tirée de ce que j’ai lu de M.Macron (dont son livre – programme) me fait penser qu’il est muré dans un rêve. Il a passé son enfance avec sa grand-mère, avec qui il a eu une relation très étroite. Je soupçonne qu’elle lui a transmis ce qu’elle croyait être la France. Une France de petites gens qui lit Jour de France et Paris Match. Et il fut longtemps le bon élève d’un système scolaire désuet. En dépit des difficultés qu’il a eues ensuite, il en a gardé la marque. L’écart entre l’opinion qu’il paraît avoir de ses discours et leur réalité est frappant. Il me semble aussi qu’il s’est imaginé délivrant, à la France et au monde, médusés, des discours immortels et vibrants. Et qu’il n’a pu supporter la réalité.

Notre système politique a mis à sa tête une « pendule arrêtée » ? Encore une fois, c’est un sujet pour théorie de la complexité. Comment se fait-il que, contrairement aux intentions de ceux qui l’ont créé, il ne nous donne pas ce qu’il y a de meilleur ?

En tous cas, M.Macron a réussi l’exploit de faire passer M.Trump pour un homme d’état digne de ce nom, un homme d’état de tout repos.

(Trump se rapproche : M.Biden, de ce que j’ai entendu de leur dernier débat, semble dans un état de sénilité avancé. Remarque de M.Trump : je n’ai rien compris de ce qu’il a dit, et lui non plus.)

Immigration

Immigration, le mot qu’il ne faut pas prononcer. Beaucoup de monde, un peu partout dans le monde, pense que c’est un mal. D’autres estiment que ceux qui ont une telle opinion ne méritent pas de vivre…

J’ai toujours vécu au milieu de l’immigration. Et peut-être plus encore aujourd’hui que dans ma jeunesse. A la dernière coupe du monde de football, dès les quarts de finale, j’étais sûr que la nation d’origine d’un de mes voisins la gagnerait.

Pourquoi est-ce devenu un sujet d’inquiétude ? Il me semble que cela tient à la prospérité. La France de ma jeunesse était conquérante. Tout le monde était susceptible de progresser.

La France moderne est défaite. Beaucoup cherchent un bouc émissaire. Ils trouvent l’immigré. D’autant que, lui-aussi n’ayant pas d’avenir, il a choisi le « communautarisme », de revendiquer son altérité. Et que nos « intellectuels », à la recherche d’une noble cause, ont monté une partie de la France contre l’autre ? (Et, peut-être bien, toute contre eux.)

Changement chez les mésanges

La culture au sens anthropologique du terme n’est pas propre à l’homme. La culture est liée à la vie en société. Ce sont des règles partagées par le groupe.

Une utilité ? C’est grâce à elle, par la vie en société, qu’un individu apprend un comportement.

Mais la culture n’est-elle pas aussi un danger ? Car si le groupe prend une mauvaise habitude, les forces sociales tendent à empêcher qu’elle ne change !

On a fait une expérience sur les mésanges qui donne le résultat suivant :

Si le groupe reste entre lui, il ne change pas. Mais si l’on introduit des individus extérieurs, il découvre ses erreurs. Le phénomène est contre-intuitif. Car ce n’est pas l’extérieur qui trouve, mais l’intérieur. En effet, les membres du groupe initial, de temps en temps, découvrent la bonne solution. Mais ils sont ramenés dans le troupeau. En revanche, les nouveaux, eux, voient l’intérêt de l’innovation. Quand ils commencent à en profiter, les autres les suivent. (Great tits and group think, Naturebang de la BBC)

Curieusement, tous les changements que j’ai menés ressemblaient à cela. J’ai identifié quelqu’un qui avait trouvé la « bonne solution », et j’en ai fait une stratégie globale. Mais je n’étais pas toujours étranger au groupe. D’ailleurs, quand je suis parti de mon premier emploi, un de mes collègues m’a dit me regretter car j’étais le seul « à descendre de la bicyclette pour regarder les autres pédaler » !

(Théorie du leader et du manager de John Kotter ?)

https://wordpress.com/post/antichiant.home.blog/13568

Communautarisme

La gauche a constitué un bloc solide à l’intérieur mais qui peut être répulsif pour l’extérieur – et cet extérieur est déterminant dans un second tour –, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès.

Le Monde du 27 juin

A regarder les titres du Monde, je vois que Serge Klarsfeld préfère le FN à la gauche et qu’il en est de même pour beaucoup de dirigeants d’entreprise (qui représentent, tout de même, plusieurs millions de votants).

Si l’on en croit ce qu’on lit depuis 40 ans, c’est à une manoeuvre de gauche à laquelle le FN doit le début de ses succès. Puis, elle l’a « diabolisé ». Maintenant, elle se prépare à être le rempart des forces du bien contre l’axe du mal ? Le jour de gloire est arrivé ?

Voilà ce que Paul Watzlawick aurait appelé un « jeu sans fin » ?

Affaiblir ses adversaires pour se renforcer. Trouver un moyen de les diviser. En fin stratège, François Mitterrand a eu recours à cette tactique en 1985, alors que sa cote de popularité était au plus bas. Pour disperser les forces de la droite, pourquoi ne pas favoriser l’essor du Front national ? A l’époque, le mouvement d’extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen ne pèse quasiment rien. Mais il apparaît comme un moyen efficace de tourmenter la droite…

Le Parisien, 2015