Uncanny

« Ghostly » disaient les nouvelles de la BBC, ce matin. Paris ressemble à une ville fantôme. Est-ce que les 600.000 tickets qui n’ont pas été vendus ne vont pas se voir à la télévision ? s’inquiétait-elle, en outre.

Il était question d’une grande « surprise. On parle aussi de jeux écologiques pour la première fois dans l’histoire, et une autre émission de nouvelles de la BBC expliquait que les champions n’auraient pas droit au fast food, mais à la cuisine Michelin. (Ce qui était annoncé du menu m’a soudainement fait trouver des vertus au MacDo…)

M.Macron et Mme Hidalgo retrouveraient-ils la tradition de MM.Louis XIV et de Gaulle ? Ils veulent faire ces jeux à leur image, divine ? Et changer leur nature (qui est celle de jeux !) ?

L’émission commençait par une Marseillaise étrange. Elle m’a fait penser à la « uncanny valley » dont on parle en robotique : lorsque la ressemblance entre l’homme et le robot est presque parfaite, mais pas tout à fait, le robot prend une allure inquiétante. M.Macron et ses jeux ne s’aventureraient-ils pas dans cette « uncanny valley » ?

(Je ne sais pas traduire « uncanny ». Y a-t-il un équivalent en français ? J’ai l’impression qu’on l’emploie au sens d’inquiétant et peut-être même de surnaturel… Ce qui rend mal à l’aise l’étranger, lorsqu’il rencontre un président français, c’est que celui-ci n’est plus tout à fait humain ?)

Macronite

J’ai toujours tort. Je n’en ai jamais autant conscience que lorsque j’anime un travail de groupe. (Ce qui m’arrive plusieurs fois par semaine.)

L’intelligence collective a quelque-chose de curieux : elle projette l’esprit de l’individu dans « l’inconcevable », dans une sorte d’espace sidéral. Travailler avec un groupe, c’est comprendre ce que veut dire « complexité ». Autrement dit les limites terrifiantes de l’esprit individuel.

Pascal disait que le « malheur des hommes vient de ne pas savoir rester en repos dans une chambre », il me semble surtout qu’il vient de ce qu’ils ne savent pas travailler en équipe. S’ils y parvenaient cela leur apprendrait que les idées qu’ils formulent dans la solitude de leur cerveau sont des illusions minables, et que le monde est infiniment plus merveilleux que celui de Socrate ou de Platon.

Intersubjectivité transcendentale

Après la dissolution, je me suis demandé ce que l’on pensait ailleurs de notre situation.

Paradoxalement, les opinions étaient partout les mêmes.

J’ai fini par croire que nous étions victimes « d’intersubjectivité transcendentale ».

La presse occidentale est aux mains d’un groupe de gens qui ont la même formation, et la même « culture » (au sens anthropologique). Ce groupe ne donne pas de nouvelles, il nous explique sa vision du monde.

C’est un obstacle au changement. Car le changement c’est imaginer « autre chose ». Une « autre chose » qui n’est pas l’opposé du système existant, mais plutôt un « juste milieu » entre lui et son opposé ?

« Low tech » et innovation

Je me souviens d’avoir rencontré un professeur d’entrepreneuriat du MIT, qui disait que seulement 3% des entreprises créées autour du MIT l’étaient pour exploiter de grandes découvertes techniques ou scientifiques. Tout le reste ressortissait au « conventionnel ».

Je me demande s’il ne faudrait pas réhabiliter le « low tech ». Tous les coups de génie que j’ai rencontrés dans ma vie étaient de cet ordre. Ils correspondaient à ce que Paul Watzlawick appelle « changement d’ordre 2 ». Le changement d’ordre 1 consiste à mieux jouer, le changement d’ordre 2 à changer les règles du jeu.

Comme le dit, en substance, une chanson de Boris Vian, ce qui compte dans une bombe n’est pas sa puissance, mais là où elle tombe…

(Au fond, l’innovation ne serait-elle pas un synonyme de « changement » ?)

La Silicon Valley vote Trump ?

Je me demandais comment le vice-président de M.Trump avait pu faire une carrière politique aussi rapide. Eh bien, elle a été financée par un milliardaire de la Silicon Valley.

M.Musk a annoncé de grosses donations à M.Trump.

La Silicon Valley a des idées « socialement avancées » me semblait-il. Que lui arriverait-il ?

En fait, rien. Elle continue à donner beaucoup plus d’argent aux démocrates qu’aux républicains. Seulement, elle n’a pas que des valeurs « d’extrême gauche », elle a aussi des intérêts : elle ne veut pas être contrôlée. Or, M.Biden a conduit une politique jugée hostile. Plus important ? Il n’est plus tabou de s’afficher aux côtés de Trump. (Article.)

La stratégie de diabolisation de M.Trump ferait-elle long feu ? Voterait-on pour M.Trump pour des raisons d’intérêt bien compris ? Or Kamala Harris semble parier sur elle : je l’ai entendu dire qu’en tant qu’ancien procureur, elle savait parler aux gibiers de potence…

Intellocène

Il y a quelques temps j’écoutais une émission de France Culture consacrée à Alexandre Koyré. Philosophe et illustre inconnu. Ce qui m’a ramené à un de mes sujets favoris : la métamorphose de l’intellectuel.

Au siècle dernier, il y avait peu d’intellectuels. Ils dominaient la société. Aujourd’hui, il n’y a plus que des intellectuels. Il suffit de lire ce que disent les réseaux sociaux pour s’en convaincre : quel que soit son niveau d’instruction, chacun se répand en considérations quasi métaphysiques. Chacun est un « penseur ».

Je me demande si l’intellocène n’a pas une caractéristique qui lui est propre : la manipulation des esprits. L’intellectuel est une sorte de pervers narcissique, qui utilise les « réseaux sociaux » (au sens non numérique du terme) à son avantage ? Si bien que l’on découvre un jour que, sans avoir compris comment, on est le dindon de la farce ? Ce qui provoque des réactions déplorables, comme l’invasion de M.Poutine ?

Hegel pense que l’histoire de l’humanité est celle de la raison. Et qu’elle se fait de manière « dialectique », par succession d’états opposés. Il est logique, si l’on croit à cette théorie, que l’on soit passé par une phase du « tout à l’intellect ». Maintenant, il s’agit de parvenir à en maîtriser les vices. A la fois faire entrer dans le droit le « crime en col blanc » de la manipulation des esprits et nous apprendre à éviter ses effets, pour réduire les risques de réaction violente du mauvais coucheur ?

Ticket

Je dois acheter des tickets de train pour me rendre à Paris. Curieusement, la SNCF a démonté ses machines, si bien qu’il n’en reste plus qu’une en fonctionnement. En vertu de quoi, je dois faire la queue, et vois passer les trains. Ce qui n’est pas grave : je prends toujours beaucoup d’avance, pour pallier les aléas devenus usuels de la SNCF. Toujours est-il que cela m’a fait prendre conscience d’une source de mécontentement populaire : la dégradation des services publics. J’en étais là de mes réflexions, lorsque j’ai prêté l’oreille à ce que l’on disait dans la file d’attente.

Avant moi, trois femmes, l’une essaie de comprendre comment fonctionne la machine, l’autre regarde de temps en temps par dessus son épaule. Elle se révèle être une parente de la première. Une troisième est une jeune et très grande femme voilée, très blanche, caractéristiques que mes préjugés racistes certainement n’associent pas à la femme voilée. 10€ pour aller à Paris ! s’exclame la seconde. Elle explique à la femme voilée que c’est sa belle-soeur qui achète les tickets, car c’est une retraitée de la SNCF et qu’elle ne paie pas le train. La femme voilée, avec une voie d’intellectuelle, lui répond que c’est une contrepartie des faibles salaires de la fonction publique. A quoi son interlocutrice répond : elle gagne 3000€, deux fois ma retraite, alors que ma vie a été bien plus dure que la sienne : j’étais dans la restauration, et je travaillais 12h par jour. Ce sur quoi la femme voilée a observé qu’effectivement son mari, employé d’EDF, avait beaucoup d’avantages.

Nos hommes politiques feraient-il bien d’acheter des tickets de train ?

Les Varais de Jacques Chardonne

Histoire d’un domaine de Charente et de ses propriétaire, à la fin du 19ème siècle.

Jacques Chardonne est un des rares écrivains s’intéressant à l’entreprise. Dans son oeuvre, il faut de la folie et du génie pour être entrepreneur, un génie qui s’apparente à celui, incompréhensible, de l’artiste. Mais cela ne suffit pas. Les revers de fortunes, tout aussi incompréhensibles, sont la règle.

Il en est d’ailleurs de même des relations entre être humains et de leur vie. Du jour au lendemain elles peuvent changer totalement, basculer de l’amour à la haine, de dominant à dominé, par exemple. Un monde absurde, que les personnages vivent comme une fatalité.

Une nouvelle plutôt qu’un roman ? Une phrase et des chapitres courts, un livre remarquablement bien écrit.

Elections

M.Biden se retire des élections américaines. Qui va gagner ?

Il avait un atout : il appartenait à l’ancienne école démocrate, celle dont l’électeur était le « petit blanc ». Celui qui, désormais, vote Trump, et il tenait à distance « l’extrême gauche », qui est un repoussoir. Le prochain candidat pourra-t-il réussir ce grand écart ?

Qu’est-ce qui détermine le résultat d’une élection ? La seule étude qui me semble traiter de la question dit que l’on reconduit un candidat qui a amélioré la situation économique du pays. Conclusions ? On va avoir deux « nouveaux » candidats, comment appliquer cette règle ? Et, la situation des USA s’est-elle améliorée ? D’après ce que j’ai lu, elle se serait plutôt dégradée pour certaine catégories de citoyens. Faut-il se méfier des moyennes ?

Je soupçonne d’ailleurs qu’une élection tient aux mouvements d’une minorité : la plupart des électeurs votent toujours pour le même parti. Si c’est le cas, les candidats devraient concentrer leur séduction sur ces personnes. (La question ne mériterait-elle pas une étude scientifique ?)

C’est peut-être pour cela que la personnalité du candidat compte. J’ai découvert que MM.de Gaulle et Pompidou avaient une très haute opinion de M.Nixon, et que les jugements portant sur la politique et les compétences de M.Kennedy étaient plutôt négatifs. Or, c’est apparemment un débat entre ces deux personnes qui a amené Kennedy au pouvoir, d’un cheveu : Nixon n’avait pas fait bonne impression.

Elections en Grande Bretagne

les élections de 2024 au Royaume-Uni représentent un rejet du gouvernement en place plutôt qu’un choix distinctif d’une alternative () Le résultat reflète la méfiance persistante de la population à l’égard de la politique et des hommes politiques, ainsi que de leur capacité à tenir leurs promesses et à les réaliser. Bien que le nouveau gouvernement travailliste dispose d’une majorité massive () il entre en fonction dans la période la plus difficile depuis 1945 () Mais il ne fait aucun doute que l’atmosphère politique en Grande-Bretagne est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’a été depuis un certain temps. On peut espérer qu’elle représente une première étape dans le rétablissement de la confiance des citoyens dans les partis politiques britanniques et les processus politiques associés.

Article

Peut-on espérer qu’il en soit partout pareil ? Une situation difficile, mais un retour à la raison ?