Bateau ivre

Le bateau ivre est un curieux poème.

On ne s’en rend pas trop compte aujourd’hui, mais c’est un miracle de complexité technique. Le pire de tout est que le poème est long et qu’il doit être une envolée lyrique, qui ne peut qu’aller en progressant par surprise.

Il raconte, en dépit de ces invraisemblables contraintes, la libération du poète des contingences de la société, et son voyage au sein de « l’horreur » divine. Dernier paradoxe, comme du Bellay, après le voyage d’Ulysse, il rêve de son petit village.

L’existence dont rêvait Rimbaud ? Une parabole ? La société et ses contraintes comme rampe de lancement d’une vie de héros, qui se termine dans la contemplation ?

France libérée ?

tout semble pérenniser la juxtaposition de 35000 petites patries sortes d’États en petit format.

Voilà ce que dit un article consacré au rapport Woerth, concernant le « millefeuille », le dysfonctionnement pathologique de notre Etat.

Si je comprends bien, le rapport conclut que le mal du pays est la réforme, donc qu’il ne faut plus rien réformer.

Cette nouvelle écriture donnera satisfaction aux maires sans répondre aux principales questions : comment faire coexister interdépendance économique et sociale accrue et maintien des périmètres institutionnels supports de légitimité des élus ? Comment avancer en respectant le principe constitutionnel de non tutelle d’une collectivité sur une autre ?

Au fond, n’est-ce pas aussi ce que l’électeur a imposé au sommet de l’Etat : le politique est désormais paralysé. Il n’a plus de pouvoir de nuisance ? Pour le reste on règle ses comptes à la loyale, entre égaux ?

Eponge

Si l’on fait passer une éponge dans une grille, ses cellules se séparent. Mais elles se reconstituent ensuite, en la même éponge ! Et ce même si l’on mélange deux éponges.

Question : est-ce toujours la même éponge ? Et si l’on faisait de même pour un homme ? Par exemple, si on le reconstituait sur Mars, serait-il toujours lui-même ?

J’ai découvert une curieuse émission, sur la BBC (Nature bang). En partant d’observations de la nature, qu’elle étend à l’homme, elle en vient à mettre en cause nos certitudes. Dommage que ces questions ne soient pas évoquées à l’école, cela couperait l’herbe sous le pied des fondamentalismes de tous bords, me suis-je dit. (A tort ?)

Réponse ? Apparemment, ce qui nous fait est notre environnement. L’homme de Mars n’est pas identique à l’homme de terre.

Pour ma part, il me semble que « je » n’a pas vraiment de sens. C’est une convention utile. On ne sait pas très bien ce qu’est un être, et, dans la mesure où on en a une vague idée, « cela » semble en permanence se reconstituer. C’est ainsi qu’il garde une trace de ce qu’il était auparavant et a l’impression d’une permanence.

Ensemble, on va plus loin

« Seul, on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Si je comprends bien, ce serait la devise des « phryges ».

J’ai découvert cette phrase, il y a 5 ans, lorsque j’ai commencé l’étude qui a mené à la création de l’association des interpreneurs. Elle semble dans l’air du temps.

Ce qu’il y a de surprenant est que, pour une devise olympique française, elle est d’une faible qualité littéraire. Aussi, elle ne colle pas trop avec l’esprit des jeux, qui est le chacun pour soi. Que le meilleur gagne ! Et encore moins avec celui de nos gouvernants, « élite » ultra individualiste.

Signe du changement ? L’idée précède l’acte ?

(Et le changement, c’est toujours pour les autres ?)

Complot

Un des marronniers des radios intellectuelles est l’explication des raisons des « théories du complot ». Coup sur coup, émissions de France culture et de la BBC.

Curieuse gloire du complot. Il était connu depuis longtemps, mais il a été remis au goût du jour il y a peu. Généralement, il est associé à « populisme ». L’intérêt pour les « théories du complot » ressortirait-il lui-même de la « théorie du complot » ?

L’émission de la BBC (qui traitait de « l’ignorance », un thème qui plaît à ce blog !) faisait une remarque surprenante : celui qui croit à la théorie du complot est particulièrement bien informé. Il étudie sérieusement son sujet. C’est un expert. D’où le paradoxe : celui qui ne croit pas au complot, ne fait que suivre la pensée collective !

Ce qui me surprend toujours, c’est que l’on ne se demande pas ce qui pourrait expliquer la croyance au complot, sinon quelque maladie du cerveau. Or, que faudrait-il pour que l’on trouve derrière le réchauffement climatique une combinaison malfaisante ? Et le Marxisme et son capitalisme ? Et le père des idées de Marx, Hegel, qui dit que l’humanité est « aliénée » ? Et les « limites à la croissance », ancêtre du « réchauffement climatique », qui affirme qu’elle est aux mains d’un principe fatal (la croissance) ?…

Comment se tire-t-on du complot, au fait ? L’émission de la BBC m’a remémoré une histoire racontée par Daniel Cordier. Daniel Cordier était à la fois résistant et antisémite. Ce qui l’a guéri de son antisémitisme a été l’expérience : voir de pauvres gens porter l’étoile jaune.

Le complotisme serait une pathologie de la raison : la théorie coupée de la réalité ?

Phryges

Je viens de découvrir un nouveau nom : Phryges (au pluriel, apparemment). C’est un néologisme qui viendrait de « bonnet phrygien ». C’est le nom des mascottes des Jeux Olympiques de Paris.

D’après Wikipédia, elles seraient une évocation plus ou moins subliminale du clitoris, en réaction au symbole phallique de la tour Eiffel, et seraient fabriquées en Chine.

Toute la France en un symbole ?

La force des démocraties

Max Weber prévoyait un avenir « désenchanté » car rationnel. L’humanité, grâce à la science, a trouvé la seule voie possible.

Je me demande, au contraire, si le seul Etat durable n’est pas une sorte de chaos créatif. Cela tient à une considération quelque-peu rationnelle, tout de même : si, contrairement à l’hypothèse implicite de Max Weber, l’on part du principe que l’avenir est incertain, la « bonne stratégie » est la résilience apportée par la capacité d’adaptation.

Cela semble être la force des démocraties, lorsqu’elles sont en bonne forme. Elles font énormément d’erreurs, mais elles créent tellement de richesses que tout leur est pardonné, parce qu’elles ont ce que l’on appelle en franco-américain la capacité à « pivoter » ?

Mais pour cela, elles doivent être, contrairement à M.Poutine et à notre « élite » de bonnets de nuit moralisateurs, « anti chiantes » ?

Se diriger dans l’incertain

Exogiinocène

Notre temps est celui de la prise de conscience. Nous découvrons que nos pères ont commis des erreurs fatales, que, dans le meilleur des cas, nos enfants vont devoir payer.

Il est beaucoup question du climat, mais il y a peut-être pire. Sideways, de BBC4, étudie l’éthique de la conquête spatiale. L’émission se demandait : s’il y a de la vie partout, pourquoi n’en voyons-nous pas la lumière ? Réponse : parce que la vie est un danger pour la vie. Pour vivre heureux, les autres vivants vivent cachés ?

Et nous ? Trop tard ! Nous produisons quantités d’émissions depuis des siècles. Bientôt, l’humain sera-t-il sous la coupe d’Elon Musk extra-terrestres ? Il coupera la lumière, et règlera la crise climatique ?

De l’utilité du chef d’orchestre

Pendant longtemps, la Belgique n’a pas eu de gouvernement, et elle s’en est très bien portée, me disait un ami. Et s’il en était de même de la France ? Notre classe politique ne semble plus préoccupée que d’elle-même. De même que notre président. Mais la France continue à travailler comme si de rien n’était.

Notre situation actuelle met au grand jour ce que je constatais dans mon dernier livre : l’Etat est tellement pris dans ses contradictions que l’on ne peut rien en attendre. A nous de prendre notre sort en main.

Mauvaise nouvelle ?

Heidegger à la radio

De l’utilité d’une émission de vulgarisation pour connaître un philosophe ? En l’occurence, il s’agit de Heidegger et des Chemins de la philosophie de France Culture.

Premier constat. Tentation regrettable : ramener le philosophe à nos préoccupations quotidiennes. Or, Heidegger est supposé avoir renversé cul par dessus tête la pensée occidentale !

Ensuite, on ne peut comprendre une personne, si l’on ne comprend son milieu : Heidegger appartient a la phénoménologie. Son sujet, « l’être », en est un exercice. Dès que la phénoménologie se penche sur quelque-chose, c’est pour dire qu’il a été mal pensé jusque-là.

Du coup, cela pose la question de savoir en quoi notre conception de « l’être » peut changer notre façon de concevoir le monde, nos actions, et le cours de l’histoire. En quoi Socrate (ou Platon), qui est l’inventeur de notre pensée moderne, a été un révolutionnaire, et pourquoi, peut-être, nous a-t-il fait commettre une erreur systémique, dont nous pourrions être en train de nous mordre les doigts.

Je n’ai pas eu de réponse.

Elle tient peut être à ce que Socrate croit comprendre le monde. Les idées sont à l’intérieur de nous, il suffit de les chercher dans la solitude de sa chambre. Pour Heidegger, le monde « en tant que tel », se révèle, au contraire, lorsque l’on abandonne les illusions qui sont notre quotidien. La réalité sort de la prise de conscience du néant, c’est-à-dire, peut-être, de la découverte que ce à quoi nous croyons ne tient pas debout. La raison d’être de l’être, c’est de chercher ce sens. (Ce en quoi il s’oppose à Socrate et à Pascal, qui croient qu’ils l’ont trouvé.)

(On notera au passage que le « monde en tant que tel » ne signifie pas nécessairement qu’il existe une réalité ultime accessible à nos sens. Pour le phénoménologue, le monde est le fruit de l’intersubjectivité transcendantale. Autrement dit, il résulte d’un travail d’interprétation fait en commun. On peut donc voir le changement proposé par Heidegger comme passage d’une interprétation du monde qui ne donne pas de bons résultats, à une autre, plus efficace.

Application pratique ? En ce moment, notre humanité traverse une phase d’angoisse existentielle. Elle comprend avec horreur que ses fondations sont malsaines. Et si c’était une bonne nouvelle ? Le signe qu’il faut partir à l’aventure à la recherche d’un « monde vrai » ?)

La phénoménologie de Husserl pour les nuls