Elliott says Nvidia is in a ‘bubble’ and AI is ‘overhyped’ Hedge fund tells clients many supposed applications of the technology are ‘never going to actually work’
Financial Times du 2 juillet
Ce qui m’intéresse dans la question de l’intelligence artificielle c’est de faire la chronique de ce qui me semble l’histoire d’une bulle spéculative. Je crois constater que, petit à petit, s’immisce le doute. On ne voit pas beaucoup de résultats concrets dit le FT. L’investisseur semble aussi vouloir se rassurer. Par exemple, à chaque fois que j’entends la BBC commenter les résultats meilleurs que prévu de Meta, il est aussitôt affirmé que c’est la démonstration de l’efficacité de l’IA…
Indice de fin de bulle ? La valeur des actions des fournisseurs de matériel, les grands gagnants de l’IA, fait du yoyo.
Mais il y a aussi de l’inertie : les « scientifiques » continuent à publier des travaux montrant que, pour des questions insignifiantes, l’IA fait bien mieux que l’homme. L’IA continue à permettre de capter des financements. Du moins, on n’a pas encore trouvé son remplaçant ?
AI versus cancer ‘Game changing’ technology that can predict how patients will respond to cancer treatment before they receive it is part of a wave of Cambridge research harnessing the power of artificial intelligence in the fight against the disease. The new tool means that vital time can be saved and treatments introduced sooner.
Un jeune homme de 17 ans assassine trois petites filles lors d’une fête, en Angleterre.
Il est issu de l’immigration.
L’incident suscite des manifestations violentes. On casse et on brûle. On soupçonne la main de l’extrême droite.
Curieuse façon de traiter l’événement, me suis-je dit. Comment la BBC l’aurait-elle commenté si l’assassin avait été un natif, et ses victimes des immigrés ? Aurait-elle dénoncé les « casseurs » ou aurait-elle parlé d’une colère légitime ?
Et pourquoi ne s’intéresse-t-elle pas aux raisons qui poussent un jeune homme à détruire sa vie ? Et si les conditions d’existence qui sont offertes aux immigrés méritaient un examen ?
J’en suis arrivé à me poser bien des questions sur la poésie. Ce livre peut-il y répondre ?
Surprise, pour commencer. Je l’ai lu d’une traite. Ce qui doit être la première fois que cela m’arrive. C’est un étonnant grand écart entre la culture la plus exigeante et la langue la plus accessible. Il a l’élégance d’être à la fois extraordinairement savant, et de tout expliquer simplement, et discrètement, si bien que je n’ai pas eu l’impression d’être inculte. J’apprécie aussi le choix des poèmes : pour une fois, je les comprenais !
Pour le reste, c’est à la fois un ouvrage très sérieux, qui examine son sujet sous tous ses angles, et une réflexion (inquiète ?) sur le sens et l’avenir de l’art du poème.
Ce que j’en retire :
J’ai toujours été mal à l’aise avec les « enjambements ». J’ai compris qu’une grande partie de l’art du poème est dans le dit enjambement, dans le « e » non muet, dans la diérèse, et dans la diction, d’une manière générale. (Ce qui fut une révélation.) Et que je passerai probablement toujours à côté de cet art, car il s’apprend, comme la langue, par la pratique, et à haute voix, et non dans les livres.
Au fond, le poème, comme l’art, est un moyen d’exprimer ce qui ne peut l’être par le langage ordinaire, qui est extraordinairement limité. Comme pour les « figures de style », en transgressant les règles, on fait émerger un sens qu’elles « tuaient ».
La « technique » joue un rôle probablement essentiel. Elle contraint le poète à l’humilité, sans laquelle on ne peut rien atteindre de profond. (« L’artiste » moderne est un pantin qui a coupé ses fils ?) Mais, à l’envers, il y a le danger de l’hermétisme (cf. un commentaire du Cimetière marin, qui dévoile que des termes apparemment ordinaires doivent être pris dans leur sens latin ou grec). Le poète est prisonnier de sa culture et de ses codes, c’est l’art pour l’art, dans un autre sens que celui qu’avaient en tête les inventeurs de la formule. (Ce que Paul Watzlawick appelait un « jeu sans fin » ?) Le bateau s’est peut-être affranchi de ses « haleurs », mais, il ne sera jamais autre chose que ce qu’ils ont voulu qu’il soit : un bateau.
La mission du poème est d’atteindre à l’universel, est il dit. Il n’appartient pas au poète. Mais il me semble, au moins dans sa version moderne, être devenu une arme de combat. Les fleurs du mal, sont, par exemple, le manifeste du « bourgeois bohème » aussi bien du 19ème que du 21ème siècle. On en revient peut-être à l’importance de la technique et de l’humilité ? Ronsard et Villon étaient des hommes avant d’être des artistes ?
Finalement, j’ai appris que notre langue avait produit une poésie unique (« La mélodie du français est très subtile, c’est le produit rare et délicieux d’une terre avare, le fruit d’une très patiente et très savante culture« ). Or, notre monde « post moderne », et sa culture matérialiste de masse, lui a été fatal. Peut-elle renaître ? Lorsque je regarde ce que produisent les USA, exemple type de ce que nous sommes devenus, j’ai peu d’espoir. Mais, il y a peut-être des miracles : après tout, on a bien été capables de ressusciter les Grecs. Peut-être que, dans deux mille ans, un esprit éclairé découvrira ce livre ?
L’Education nationale a été qualifiée de « fabrique du crétin ». Les Ecoles de production seraient-elles la « fabrique de l’homme bien » ?
Un moment, les Ecoles de production semblaient avoir pour mission de donner un métier à l’un des 100.000 « décrocheurs » de l’Education nationale. Or, à la surprise générale, on a constaté que non seulement ce que la société considérait comme futur gibier de potence devenait un « professionnel », mais aussi quelqu’un de passionné, de digne, connaissant sa place dans la société.
La devise des Ecoles de production est « faire pour apprendre ». La raison du miracle ? La science sans conscience corromprait-elle ?
(« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » Proudhon.)
Un conservateur du British museum a volé une quantité de pièces anciennes (des milliers ?). Il les revendait à bas prix sur eBay. Apparemment, sa culpabilité ne pourrait pas être établie, car les pièces n’étaient pas recensées.
Peut-être s’est-il dit qu’il fallait libérer ces objets des caves du musée ? Qu’ils méritaient d’être admirés ? D’ailleurs, ils semblent avoir été produits en grande quantité par les Romains et les Grecs, était-ce une telle rareté, qu’ils méritent d’être ainsi conservés ?
A moins que le musée soit là pour que les archéologues de demain puissent y faire des recherches dont on n’a aucune idée ?
Présentation des applications de l’intelligence artificielle par un expert israélien (qui dit mieux ?).
Qu’en retiens-je ? Open AI, ce n’est que du matériel, de la capacité de calcul. Tous les investissements actuellement vont dans « l’infrastructure ». « Aucune grande entreprise n’a mis en oeuvre l’IA générative » ! Aucune application n’a fait la démonstration qu’elle pouvait « créer de la valeur » !
L’IA générative c’est, surtout, beaucoup de travail pour celui qui l’utilise. « Il faut beaucoup tester ». Elle est soumise (comme l’a immédiatement vu ce blog) à « l’hallucination ». Mais aussi au « drift ». C’est à dire à des dérives multiples. Ce qui demande de l’entraîner en permanence, et de contrôler ses résultats. Autrement dit, elle n’est rien sans l’homme !
Son utilité ? Apparemment, elle permet de gagner un temps fou dans des types de tâches qui demandent de récupérer des masses de données sur Internet, ou ailleurs, et de les remettre en ordre. En vertu de quoi cela pourrait permettre à des gens peu qualifiés de remplacer des gens qui le sont beaucoup plus. Seulement, l’intelligence artificielle utilisant les connaissances humaines, si l’homme ne sait plus rien, ne risque-t-elle pas de devoir se nourrir d’elle-même, et d’halluciner ? La présentation ne le disait pas. De mon expérience de la traduction, je pense que, au contraire, l’IA demande une très haute qualification, car elle doit être contrôlée, et que ses erreurs sont rares et subtiles. (Un cauchemar à vérifier.) En outre, pour avoir comparé le travail d’une personne qui utilisait l’IA avec celui d’un groupe qui ne l’utilisait pas, je constate que l’on est étonné au début par l’IA, mais ses résultats ne résistent pas à un examen sérieux. D’ailleurs, j’ai découvert qu’une nouvelle science émergeait, celle de « prompt engineer » : on a constaté que le système était d’autant plus efficace qu’on lui posait des questions intelligentes…
En tous cas, même s’il y a des gains de productivité notables, leur coût semble l’être aussi : l’IA a besoin de beaucoup de matériel et d’une quantité d’énergie considérable. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Conclusion ? Si ce que je dis est juste, c’est effrayant. Car toute l’économie mondiale, toutes les politiques ne sont que du vent. La raison en est claire : « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ». Notre société est dépouillée de tout sens critique. Exemple, Cédric Villani déclarait, pour nous convaincre de nous engager dans un programme d’IA, que, si nous ne le faisions pas nous allions être dépassés par les Chinois ! Et c’est avec ce type de raisonnement que l’on obtient la médaille Fields ?
China deploys censors to create socialist AI Chinese government officials are testing artificial intelligence companies’ large language models to ensure their systems “embody core socialist values”, in the latest expansion of the country’s censorship regime.
Kamala accuse Donald d’être un gibier de potence, et Donald lui répond qu’elle est une Bobo contre nature.
« Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape la souris » aurait dit Deng Xiaoping. Pourquoi font-ils comme nous lors de nos dernières élections, et ne parlent-ils pas de leurs programmes, et de leurs conséquences possibles ?
Nos politiques seraient-ils convaincus que nous ne pouvons pas entendre la raison ? Ils se croient tellement supérieurs à nous ? A moins que l’électeur ne demande du spectacle ? Faute d’avoir du pain, au moins ayons des jeux ? Nouvelle ruse de la raison ?
« Société de la connaissance ». L’intellectuel gouverne le monde. Pourquoi est-il, ce monde, en si mauvaise forme ?
Pour mon père, avoir eu la possibilité de faire des études avait été un miracle. Il avait eu accès à la culture et au savoir. Je suis étonné du nombre de Que sais-je ? qu’il m’a laissés. Il s’est intéressé à tout. D’ailleurs, il avait emmené je ne sais plus quel recueil de la Pléiade dans l’hôpital où il est mort.
Pour l’intellectuel moderne, au contraire, le diplôme est la garantie d’un statut social. L’école ne lui apprend rien, elle n’est que sélection ? « Elite » à tête vide ?
Mon père a appris, toute sa vie, parce qu’il ne savait rien. « L’élite » moderne est omnisciente. Elle conduit sans regarder la route ?
On ne s’en rend pas trop compte aujourd’hui, mais c’est un miracle de complexité technique. Le pire de tout est que le poème est long et qu’il doit être une envolée lyrique, qui ne peut qu’aller en progressant par surprise.
Il raconte, en dépit de ces invraisemblables contraintes, la libération du poète des contingences de la société, et son voyage au sein de « l’horreur » divine. Dernier paradoxe, comme du Bellay, après le voyage d’Ulysse, il rêve de son petit village.
L’existence dont rêvait Rimbaud ? Une parabole ? La société et ses contraintes comme rampe de lancement d’une vie de héros, qui se termine dans la contemplation ?
tout semble pérenniser la juxtaposition de 35000 petites patries sortes d’États en petit format.
Voilà ce que dit un article consacré au rapport Woerth, concernant le « millefeuille », le dysfonctionnement pathologique de notre Etat.
Si je comprends bien, le rapport conclut que le mal du pays est la réforme, donc qu’il ne faut plus rien réformer.
Cette nouvelle écriture donnera satisfaction aux maires sans répondre aux principales questions : comment faire coexister interdépendance économique et sociale accrue et maintien des périmètres institutionnels supports de légitimité des élus ? Comment avancer en respectant le principe constitutionnel de non tutelle d’une collectivité sur une autre ?
Au fond, n’est-ce pas aussi ce que l’électeur a imposé au sommet de l’Etat : le politique est désormais paralysé. Il n’a plus de pouvoir de nuisance ? Pour le reste on règle ses comptes à la loyale, entre égaux ?