Femme fatale (suite)

En lisant des polars, je découvre la logique ignorée de la femme fatale. Une femme fatale est une femme qui a découvert qu’elle avait un pouvoir sur les hommes. Et elle en abuse.

Je me suis demandé pourquoi le féminisme n’en avait pas fait une héroïne.

En fait, il l’a fait. Dans le film La fiancée du pirate, une sorte de manifeste de l’esprit de 68, on assiste justement à la libération de la femme par la prostitution (car, comme chacun sait, l’homme est un obsédé sexuel).

Visiblement, l’idée a fait long feu. Une théorie de plus qui n’a pas résisté à l’expérience ? Un fantasme en moins ? Malheureusement ?

Femme fatale

Qu’est devenue la femme fatale ? Je relis un recueil de traductions de polars américains des années 50, et je me demande en quoi un roman reflète une société.

Qui a déjà rencontré une femme fatale ? N’est-elle pas un fantasme ? Un fantasme d’une époque coincée ? La contrepartie de l’idéal de fidélité conjugale d’après guerre ? Le fantasme évite de passer à l’acte ?

Mais, aussi, le polar est un « genre ». Un genre est une invention de la société. Peut-être part-il d’un besoin. Mais, très vite, il l’enferme dans des rites. Le consommateur ne veut pas être surpris. Le créateur devient un tâcheron.

Pour autant, le « genre » peut aussi avoir une influence sur la société. Car celui qui en respecte les règles peut lui faire dire beaucoup de choses, par exemple orienter le drame romantique vers le suicide. D’ailleurs, ce qui m’a fait renoncer au cinéma, c’est d’y distinguer aussi nettement les intentions, moralisatrices et manipulatrices, du réalisateur.

Innovateur, tâcheron, manipulateur ? L’art suivrait-il le cycle du changement selon Hegel : en soi, pour soi, en soi et pour soi ?

Celebrity murder case

Witness history de la BBC racontait l’histoire de Bertrand Cantat et Marie Trintignant.

Que s’est-il passé ? A quel degré Bertrand Cantat était-il coupable ? La mère de ses enfants, qui s’est ensuite suicidée, semble avoir cherché à masquer la violence de son caractère, lors de son procès, a-t-elle eu tort ? L’aurait-elle payé de sa vie ?… C’est aussi une histoire de drogue et d’instabilité chronique, Marie Trintignant, ai-je découvert, ayant eu 4 enfants par 4 compagnons différents…

Je me suis demandé s’il n’y avait pas une autre cause à ce drame. C’est ce à quoi m’a aussi fait penser la triste histoire de l’actrice américaine Jayne Mansfield que je lisais récemment. Est-ce que, arrivé un peu haut dans la société, on ne manque pas de contre-poids ? Quand tout est possible, la crise existentielle n’est pas loin ?

(« Anomie » de Durkheim ?)

Du diplôme

Le diplôme sanctionne-t-il une quelconque supériorité ou n’est-il là que pour imposer une division artificielle de la société ? Apporter une légitimité au dominant ?

Curieusement, c’est la question que je me pose en écoutant les histoires policières de la BBC. Dans la hiérarchie des mérites, les policiers ne sont pas loin d’être considérés comme la lie de la société, et pourtant, ils font des miracles. Et sans eux il n’y aurait pas de société…

D’ailleurs la plupart des grands artistes d’après guerre ont eu un physique, avant d’avoir un talent. Désormais pour jouer la comédie ou réaliser un film, il faut être diplômé. Qu’y avons nous gagné ?

La « pénurie RH » du moment a fait prendre conscience au recruteur que ce qui comptait était la motivation : quand on veut, on peut, en quelque-sorte.

(Pour le reste, il est possible que ce que le diplôme apportait jadis d’avantages se soit diffusé dans la société, via l’enseignement pour tous, aussi mauvais qu’il soit, la littérature, Internet…)

Bord du volcan

France has no government, Germany’s coalition is fighting itself, Giorgia Meloni’s Italy is an outcast on the EU stage, and the looming U.S. election could rip Europe’s protective blanket away. ()

“It’s a perfect moment if you wanted to do something sort of difficult for the West,” said Guntram Wolff, senior fellow at the Bruegel think tank. () “The real question is whether China, which has done lots of military exercises around Taiwan, will go one step further and start something that resembles more of a direct attack on some critical infrastructure,” () This would fully occupy Washington, leaving Europe exposed to deal with Russia more or less alone.

Politico.eu du 22 août

L’article explique que, en outre, rien ne va plus à Bruxelles.

La rançon de l’individualisme de l’Occident ? Ce n’est qu’en danger qu’il peut retrouver un peu de bon sens ?

Rendements décroissants ?

Tech industry taps old power stations to expand AI infrastructure

Financial Times, 22 août

L’Intelligence artificielle serait-elle un leurre ? Elle nous fait croire qu’elle va nous remplacer, pour cela, elle a besoin de plus en plus d’énergie. Et, encore, en dehors d’actions publicitaires, elle ne fait encore rien. Imaginons qu’elle soit réellement employée, elle mettrait les ressources terrestres à plat !

Et les écologistes, que font-ils ?

(Suite : « AI-powered coding pulls in almost $1bn of funding to claim ‘killer app’ status
Software engineering attracts investors but making money from generative artificial intelligence still eludes many
 » – FT du 23 août.)

Vive la liberté ?

Il y a quelques années, ce blog, avec d’autres, observait que le monde semblait être devenu gaullien : les nations s’étaient donné un exécutif fort.

Aujourd’hui, l’impuissance paraît être la règle du jeu : la France est dissoute, ça ne va pas très bien en Allemagne, Kamala Harris est peu rassurante, d’ailleurs même B. Obama, qui semblait beaucoup plus compétent qu’elle, s’est trouvé paralysé. A tel point que M.Trump sombre dans la banalité.

Mais a-t-on besoin d’un exécutif fort ? Selon Montesquieu, il ne peut pas y avoir de liberté dans ces conditions. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que l’électeur semble lui retirer tout pouvoir.

Et si la force d’une démocratie était la liberté, justement ? Liberté qui rend créatif et fort. Et lorsque la patrie est en danger, étant riche et puissante, elle a les moyens de réagir ? C’est alors qu’elle se donne un chef, et qu’elle lui obéit ?

Loup solitaire

The most successful assassination in history est une émission de la BBC qui relate l’assassinat de Yitzhak Rabin. Effectivement, cet assassinat fut un succès. Il n’est plus question de paix au Moyen-orient depuis.

En fait, cela ne tient peut-être pas qu’à l’assassinat. Shimon Perez était le leader naturel du camp de la paix. Mais, au lieu de profiter de l’émoi suscité par l’assassinat pour constituer une coalition autour de lui, il a voulu être élu pour son propre mérite, et il a perdu. Et M.Netanyaou occupe depuis, quasiment sans discontinuer, le pouvoir. Comme quoi, l’amour propre est parfois bien plus dangereux que les balles ?

Quant au tueur, c’était un loup solitaire. Seulement, en ces temps, M.Rabin avait beaucoup d’ennemis et les défilés où l’on réclamait sa mort se succédaient. Si l’on veut éliminer quelqu’un pas besoin d’engager un tueur à gage ? Il suffit de créer un climat favorable, et il se trouvera toujours un loup solitaire désireux de faire la besogne ?

Qui va gagner ?

J’ai toujours tort. Lorsque les sondages donnaient Trump gagnant, je pensais qu’ils n’étaient pas représentatifs (l’irrationnel système électoral américain rend la prévision difficile), et qu’en dernière minute, il y aurait une réaction anti-Trump. D’ailleurs, Trump n’avait jamais été qu’un président minoritaire.

Puis, en lisant ce qui s’écrivait, j’ai découvert que les électeurs avaient quelques raisons d’intérêt bien compris de voter pour lui.

Et maintenant ? Lorsque Kamala Harris a été nommée vice-présidente, mes amis Américains étaient atterrés. Pour je ne sais pas quelle raison, ils jugeaient que c’était l’incompétence faite femme. Ayant toujours tort, je pensais que cela ne comptait pas : elle avait été choisie pour plaire à l’extrême gauche et Biden serait réélu. Il semble maintenant que l’on ne tarisse plus d’éloges sur elle, et elle aurait choisi un vice-président Trump compatible…

J’écoutais un discours de D. Trump, apparemment célèbre. Il disait « I am your retribution ». On vous a fait des torts, et je suis là pour faire payer les coupables. Ce qui n’est pas loin du discours de Poutine. Et ce qui devrait peut-être nous amener à nous demander s’il n’y a pas un peu de vérité dans ce propos. Seulement, est-ce que c’est une bonne tactique électorale ? Il est possible que les dernières élections françaises montrent que ce n’est pas le cas.

On peut réparer sans condamner ? La recette du succès en politique ?

Histoires tragiques de François de Rosset

La recette du best seller : le fait divers horrifique. Comment se rincer l’oeil en toute bonne conscience. Le film moderne ne fait rien d’autre : un crime et une fin morale.

Il suit aussi des règles obligées, qui, elles, ont disparu. Lorsqu’elles concernent des nobles ou des rois, les histoires ont lieu dans des pays imaginaires, et leurs protagonistes sont des héros dignes des romans de chevalerie.

Mais ce livre n’est pas que cela. Je me demande s’il n’est pas quelque peu subversif. Car l’auteur s’interroge. Le crime n’est pas sans une forme de grandeur. Et le criminel peut avoir du courage. Et s’il avait été victime des circonstances ? De la société ? Et, justement, comment se fait-il qu’après 16 siècles de christianisme cette société soit toujours aussi barbare ?

Ni voyeurisme, ni puritanisme, une oeuvre est durable lorsqu’elle met l’homme en face de la complexité de sa condition ?