La TPE : avenir de la France ?

Voici une rareté : un rapport concernant la TPE. Qu’en dire ?

Le sujet demande un travail préliminaire de définition. Car, il faut distinguer la TPE de la micro entreprise. Cette dernière a été créée par une loi de 2008, et a fait de la France une championne mondiale de la création d’entreprise. Malheureusement, il n’y a pas corrélation entre création d’entreprise et performance économique. Les micro entreprises, « dont beaucoup sont très éphémères et n’ont pas d’activité réelle » semblent avant tout le visage de « l’ubérisation » (un moyen habile de masquer la réalité du chômage ?).

La TPE est une entreprise qui emploie entre une et neuf personnes. Là aussi, il y a une grosse diversité. Restaurant, cabinet médical, artisan, etc. un grand nombre de TPE atteignent quasi immédiatement leur taille adulte. Globalement elles ne fournissent qu’un cinquième de l’emploi. Seulement, elles sont présentes partout. Et, alors que les grandes entreprises détruisent l’emploi, elles en sont les créatrices les plus efficaces ! (Quant aux fameuses gazelles, qu’aime tant notre gouvernement, leur contribution à la création d’emplois est modeste, 75.000 en 8 ans, selon une étude de l’INSEE – surtout lorsqu’on la met en regard de ce qu’elles coûtent à l’Etat ?)

Comment expliquer ce paradoxe ? En grossissant, elles changent de catégorie, et finissent par se faire acheter par des entreprises qui vont les rationaliser, et détruire de l’emploi !

La TPE serait-elle une solution à la désertification du pays et au chômage ? En tous cas, elle présente une caractéristique curieuse : favoriser son développement n’est pas une question de milliards, mais de conditions locales, « d’écosystème ». Etre entourée d’amis lui facilite la vie.

Jugement premier

A l’époque où j’enseignais, je me suis rendu compte que je terrifiais certaines promotions. Curieux.

J’ai fini par comprendre qu’elles me jugeaient par rapport à ce qu’elles avaient vécu jusque-là. Et qu’avec une telle interprétation ce que je disais était d’autant plus effrayant que c’était sans précédent…

(J’inquiète aussi les journalistes, et l’élite…)

C’est probablement une règle générale. Contrairement à ce dont nous sommes convaincus, nous ne jugeons pas une personne pour son propre compte, mais par rapport à notre expérience passée.

Ce qui n’est pas une bonne idée. Une seule erreur peut être fatale. Je m’en rends compte quasiment tous les jours en travaillant avec des start-up.

Solution ? Il faut commencer par le doute cartésien. Pas simple. La nature revient au galop. Et que dire des conventions sociales ? Le problème ensuite est de pouvoir reconstituer assez rapidement une image correcte et efficace de la personne.

Sélection naturelle

Tous ceux qui ont gagné ont joué, dit la loterie nationale.

L’homme rationnel ne joue pas à la loterie, car il sait qu’il a de grandes chances de perdre son argent. Celui qui ne l’est pas va jouer. En règle générale, il va perdre. Mais il peut aussi gagner. Alors, il sera le maître du monde.

N’est-ce pas une loi de la nature ? Et si la nature sélectionnait des intellects limités et surtout l’optimisme ?

En fait, c’est vérifié : l’homme tend à être optimiste, c’est à dire à avoir une idée excessive de ses chances de succès. Et le milliardaire de la silicon valley a le profil voulu.

Mais, comme souvent, le monde est complexe. Hegel pourrait avoir vu juste. En nous asservissant, le maître du monde nous force à travailler, et, en travaillant, on fait des découvertes. Elles rendent obsolètes les maîtres du monde, et surtout leur progéniture devenue « aristocratie » ou « élite ». Arbeit macht frei, comme on disait, un temps.

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.

Mots et changement

Une expérience m’a marqué. Le hasard m’a amené très tôt à m’occuper de la stratégie d’une « start up » (maintenant dans la CAC40). Eh bien, je me suis immédiatement rendu compte que mes raisonnements imparables ne convainquaient personne. Puis j’ai découvert qu’en modifiant mon vocabulaire, tout changeait. Mais trouver ce « bon » vocabulaire demandait un gros travail, façon mouche contre vitre. Il s’agissait de présenter mes idées et de récolter les objections qu’elles suscitaient. Elles venaient d’une méprise. Mes mots avaient une signification qui n’était pas la mienne. Cette signification était liée à l’expérience de mon interlocuteur. Au bout de la discussion, on découvrait que, au fond, on parlait de la même chose. Et que ma proposition, avec quelques aménagements mineurs, était bonne. Après quelques échanges de ce type, tout le monde était d’accord.

J’ai retrouvé ce phénomène à l’époque où je faisais des études de marché.

Aujourd’hui, je pense que j’ai fait une erreur. Mes livres sur le changement disaient des choses essentielles sur la question. Elles étaient en opposition frontale avec l’enseignement du sujet, en France, et avec une pratique, qui a eu des effets désastreux. Mais je me suis contenté de la satisfaction que doit ressentir l’artiste maudit. Je n’ai pas cherché à trouver les mots qui auraient fait comprendre mes idées.

Rigueur anglaise

Depuis qu’ils ont pris le pouvoir, les travaillistes anglais annoncent que le déficit des comptes publics est bien supérieur à ce qui était dit jusque-là. Les conservateurs leur répondent qu’ils cherchent une excuse pour augmenter les impôts.

Pour ma part, je me demande s’il n’y a pas une troisième hypothèse possible. Les gouvernements travaillistes ont la réputation d’être généreux avec l’argent public. Le discours actuel ne serait-il pas un signal envoyé à leurs supporters ?

Ce qu’il y a de curieux est que cette question, du déficit public, ne paraît pas préoccuper notre pays, alors qu’il ne semble rien avoir à envier au Royaume uni.

Manque d’usines

On se plaint : la France n’a plus d’industrie. Il faut qu’elle construire des usines. Vive la « start-up industrielle » ! Mais le start-up industrielle se plaint, à son tour : elle ne trouve pas d’argent pour financer ses usines ! Alors l’Etat dit qu’il va lui en donner.

Il se trouve que je vis au niveau du plancher et suis directement confronté aux dites start-up. Comme souvent, ma conclusion est diamétralement opposée à celle de l’Etat

En particulier, le fait que nous n’ayons pas d’usines ne vient pas du manque de cash, mais de ce que nous en avons trop (de cash) ! Depuis quelques années, il est devenu relativement facile de trouver des fonds publics dits « d’amorçage ». Du coup, les entrepreneurs développent, pendant 5 parfois dix ans, des projets sans se confronter à la réalité. Quand il faut le faire, ils échouent faute d’expérience ! Car, ils ne savent ni ce qu’est un client, ni ce qu’est une usine ! Leurs réflexes sont faux !

Pour que le changement réussisse il doit partir d’en bas !

Seul on va plus vite…

Je disais que j’entends de plus en plus « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

Au fond cela pourrait être la devise du changement. Une devise que n’a pas comprise l’écologiste, notamment.

Il a voulu nous imposer son changement, en force, par l’argument d’autorité. Résultat ? Rien. Ou peut-être : pire. Car les Chinois se sont saisis du sujet pour assurer leur suprématie mondiale. Ce qui fait que l’Occident va peut-être devoir faire machine arrière s’il ne veut pas être asservi.

Que signifie « ensemble » ? Pas, encore, ce qu’entend l’écologiste, qui veut nous convaincre de ses idées par la « pédagogie » (n’est-il pas tellement plus intelligent que nos pauvres esprits limités ?). Cela veut dire comprendre l’autre et ses problèmes. Et c’est de leur résolution que doit partir le changement. Et, de fil en aiguille, c’est en les résolvant que l’on résoudra les problèmes de la planète. Car, nos problèmes individuels n’en résultent-ils pas ?

Avenir artificiel

L’avenir est merveilleux ! Je viens d’avoir cette révélation.

BBC World Service donnait la parole à un prospectiviste australien (Do we have enough energy to power AI ?- The inquiry). Celui-ci annonçait que l’IA était une « super intelligence » bientôt capable de résoudre tous nos problèmes.

Pourquoi s’inquiète-t-on encore de climat, de guerre, de famine, de misère, de maladie ou de mort ? Que nous sommes donc bêtes !

Mal français

L’association des interpreneurs, à laquelle j’appartiens, conseille l’entrepreneur. En particulier, des « start-upper » lui demandent de « challenger » leur plan de levée de fonds. Nous mettons en face d’eux des investisseurs et des financiers.

Résultat déconcertant. Ils ont « tout faux ». Ils sont victimes d’une quantité invraisembable de préjugés erronés. Le plus surprenant est que, si on ne les avait pas entendu parler, on aurait pu penser, au contraire, qu’ils n’avaient que des atouts. (D’où la difficulté de l’exercice : nous partons avec un préjugé favorable dont il est très difficile de se débarrasser.)

Cause ? Un nom revient avec insistance. Ils sont conseillés par un ancien dirigeant. Et celui-ci semble croire qu’il est une autorité mondiale. Il a tiré des conclusions définitives d’une expérience isolée. (Ou il « rejoue son Vietnam » ?)

A-t-on réfléchi à ce que cela signifie ? Le même entrepreneur, en Allemagne, en Italie, au Portugal ou ailleurs, aurait trouvé un confrère compétent, et il aurait réussi. En France, le conseil est fatal ! Notre tissu économique a franchi un seuil de non retour : il est tellement peu dans le coup qu’il est devenu toxique pour l’innovation !