Douce France ?

La France n’est que mécontentement. On est mécontent de l’Etat, d’abord. Mais, si l’on y regarde bien, tout le monde, en fait, a quelque-chose à reprocher à quelqu’un.

Et on découvre aussi que tout ce monde fait « beaucoup de choses ». C’est d’ailleurs pour cela qu’il est très mécontent que l’on prétende lui donner des leçons. Et si, tous, nous faisions de notre mieux ?

Pourquoi, alors, notre pays va-t-il si mal ? Et si cela tenait, simplement, à ce que chacun prend des initiatives sans se préoccuper de ce qui existe autour de lui ? Une conséquence imprévue de notre individualisme ? Et si c’était la cause, en ce qui concerne l’Etat, de ce que l’on nomme le « mille-feuille » ?

Mais, alors, cela ne voudrait-il pas dire que nous avons un « potentiel ignoré » ? Et que, pour le réaliser, il faut retisser des liens entre nous, et entre nous et nos ressources ?

Serait-ce une bonne nouvelle ?

Et pour commencer ? Peut-être nous donner un petit coup de pouce pour nous faire lever le nez du guidon et découvrir que la France n’est pas telle qu’on le dit ?

Paradis artificiel

Dans ma jeunesse, on racontait l’histoire suivante : un dirigeant de l’URSS laisse à son successeur trois lettres. A ouvrir en cas de difficulté. La première dit : « blâmez mon prédécesseur ». La seconde, aussi. La troisième : « écrire trois lettres ».

Je me demande s’il n’en est pas de même avec l’entreprise. Mais avec, comme message : « parlez d’intelligence artificielle ».

C’est ce que me paraît avoir fait Apple. Les ventes de son téléphone ne sont pas brillantes. Alors, la société dit : achetez sa nouvelle version, elle est pleine d’intelligence artificielle. Elle n’est pas encore là, bien sûr, mais quand elle le sera, vous verrez ce que vous verrez !

Cela fait bien plus d’une décennie que l’IA est l’arme absolue de la levée de fonds. Mais, qu’on l’utilise désormais ainsi, dans une offre commerciale, signifie peut-être l’épuisement du miracle. Tim Cook va-t-il bientôt ouvrir la troisième enveloppe ?

Complexité et baffe ?

L’article précédent pose la question de la dérive vers la complexité. Un phénomène qui échappe à la sélection naturelle. Mais n’observe-t-on pas quelque-chose de ce type dans notre vie ?

Par exemple, les gouvernements qui avaient vécu la guerre étaient convaincus que ses horreurs, dont le totalitarisme, résultaient de la crise suscitée par la déréglementation des marchés, et par l’abandon de l’Europe par les USA, qui étaient revenus sur les engagements du président Wilson. Ils avaient mis en place des contre-poisons : Bretton Woods, plan Marshall et sécurité sociale, entre autres. Mais, au premier problème, au lieu de faire évoluer le système, en conservant son esprit, on l’a démantelé.

Il semble qu’il y ait en permanence des vents mauvais qui soufflent sur nos sociétés, et qui encouragent nos bas instincts, en particulier ceux de nos hommes politiques : keynésianisme (dépensez n’importe comment, c’est bon pour l’économie !), « laisser faire » libéral (le politique comme agent de la « destruction créatrice »), « fin du travail » (la doctrine qui nous a valu les 35h), etc.

Surtout, on n’apprend rien à l’école. Les nouvelles générations semblent arriver au pouvoir avec un esprit vierge. (Mais peut-on apprendre autrement que par l’expérience ?)

Complexité ? En tous cas, on voit peut-être ce que signifie « la sélection naturelle » : dans notre cas, c’est la crise. C’est un rappel à l’ordre. Elle n’est pas active, comme chez Darwin, mais passive. La nature ressemble à l’enfant désobéissant qui joue à défier son père ? La sélection par la baffe ?

Sélection naturelle

Apparemment, la nature tendrait à la complexité, complexité qui échapperait plus ou moins à la sélection naturelle. (Article.)

Mais qu’est-ce que la sélection naturelle ? Peut-on dire que l’individu soit soumis à la sélection naturelle ? La société ne l’isole-t-elle pas en grande partie de la pression de son environnement ? N’est-ce pas de même, d’ailleurs, des espèces, qui « chassent en meute » ? Plus généralement ne faut-il pas prendre en compte les écosystèmes ?

Seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ?

L’Europe au crépuscule ?

A l’occasion de la publication d’un rapport de Mario Draghi, Affaires étrangères s’interrogeait sur l’avenir de l’Union européenne. (Samedi dernier.)

Ce n’est pas rose. Alors que la Chine et les USA innovent et se donnent les moyens de leurs ambitions, l’UE réglemente. Et elle est en retard partout. Et chacun suit son petit intérêt particulier, ce qui en fait un pantin de la Chine. D’ailleurs, jamais ses multinationales n’ont autant investi en Chine ! En outre alors que ses adversaires installent partout des dictateurs à leur solde, elle se veut la bienfaitrice de l’humanité. Sa population va bientôt se réduire de deux millions par an. Il lui faudrait s’unir. Mais ce n’est pas demain la veille. En particulier parce que l’Allemagne est incapable de se sevrer du commerce chinois et, toujours grande donneuse de leçons, ne veut pas de dette commune. Et Emmanuel Macron, qui assumait un certain leadership, s’est auto-dissout.

Alors ? J’ai toujours été dans des équipes sportives de tocards. Eh bien, je ne les aurais pas quittées pour tout l’or du monde. Car il n’y a rien de mieux que l’esprit de l’équipe qui veut conquérir les montagnes ! Au minimum, on s’amuse, et, parfois, on les conquiert. Ce que l’UE doit retrouver, c’est l’élan vital. Et ensuite Inch Allah !

Jeux interdits

L’Australie voudrait interdire l’accès des réseaux sociaux aux enfants ? Quel âge ? On parle de 13 ans, 16 ans…

Les informations du matin BBC4, le 12 septembre évoquaient la question et interrogeaient une personne favorable à cette mesure. Elle disait que les réseaux sociaux « volaient » notre enfance. Que les enfants avaient droit à une véritable enfance. C’était une question de droits de l’homme.

Formulation frappante. Cela mériterait débat public et réflexion sur l’enfance et ses droits.

Mais, aussi, inévitable retour de pendule ? Nous avons vécu un grand moment de libéralisme, il fut interdit d’interdire, et Internet était la victoire du libertaire. Tout cela devait conduire au meilleur des mondes. Mais la loi du marché est la loi de la jungle. Et ce n’est peut-être pas la contrainte qui est le problème, après tout ?

La Marche

Magdalénien. Il y a 16000 ans, on dessinait, et surtout on caricaturait, comme aujourd’hui. Et nos ancêtres nous ressemblaient, ce qui n’est peut-être pas surprenant. (La grotte de la Marche ou la naissance du portrait ? de France Culture.)

Voilà ce que l’on a découvert en explorant la grotte de la Marche.

La science est formelle, semble-t-il : ce n’est pas une supercherie.

L’homme changerait-il peu ? Dans les mêmes conditions, il fait la même chose ? Et exagère-t-on l’importance du progrès, et le temps qui lui est nécessaire ?

Fluctuante immigration

Hier, la BBC annonçait que le premier ministre anglais, de gauche, rendait visite à Mme Meloni. Il fait du « benchmarking ». Il compte s’inspirer de la politique qu’elle a adoptée vis-à-vis de l’immigration.

La même émission disait que l’Allemagne n’avait pas pris des mesures de contrôle de l’immigration du fait de la montée de partis extrêmes mais sous la pression populaire. Le fait que des crimes récents aient été commis par des immigrés n’a pas amélioré leur image. Le CDU de Mme Merkel fait de l’immigration le fer de lance de sa reconquête du pouvoir.

Avant-hier, Mme Meloni, descendante directe de Mussolini, était le diable. Et l’immigré un opprimé. Que les discours officiels changent en peu de temps !

Parenthèse enchantée

N’ayant pas eu de télévision dans mon enfance (et, en fait, n’en ayant jamais eu), je me suis habitué à ce que l’on me raconte les films. J’en suis arrivé à préférer cela au film même.

Voilà peut-être pourquoi je ne me suis pas intéressé aux Jeux Olympiques. J’ai attendu qu’on me les raconte.

Que m’en dit-on ? « Parenthèse enchantée » ! La France à son meilleur ? Modeste, avant tout, bien préparée, bien réalisé, et surtout un modèle, inattendu, de « solidarité« . Mais voilà que l’on retombe dans la triste réalité. Rien n’a changé ! Les partis politiques donnent un spectacle déplorable. Et c’est un exemple, malheureusement, qui est suivi. « Tout le monde sauve son bout de fonds de commerce« , me dit-on.

Si rien ne bouge, on me promet « des abstentions record » aux prochaines élections.

La solution : « Quel est le projet ? » « Qu’est-ce qui peut donner envie ? » Une question qui se pose aussi bien à nos élus qu’à nous-mêmes, en particulier aux chefs d’entreprise.

Souvenir de Boeing

Boeing faces cash crunch as machinists’ strike weighs on production
Chief financial officer Brian West tells investors the labour dispute will delay goal to reach 737 Max production target on time

Financial Times, 13 septembre

Il ne fait pas bon s’appeler Boeing. Ses avions tombent, ses véhicules spatiaux ne sont pas fiables, et ses personnels sont en grève.

Ce qu’il y a de terrible dans cette affaire, c’est notre peu de mémoire. Car Boeing ne fait que récolter ce qu’il a semé. Et il n’a été que l’hirondelle d’un changement qui a touché l’économie et le gouvernement des nations occidentales, et, en premier lieu, de notre pays.

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » entend-on souvent ces derniers temps. Peut-être serait-il bien de ne pas se contenter de le dire ?