Piège systémique

Au tournant du siècle dernier, l’église a été prise d’assaut par un courant dit « moderniste ».

Complot ? « l’entente se faisait d’elle-même par l’adoption des mêmes méthodes, sous l’action de principes directeurs analogues« (Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, tome 3).

L’homme croit penser, mais il est victime de tels effets « systémiques ». C’est pourquoi, je m’inquiète toujours lorsque je rencontre des gens qui pensent comme moi : ne serions-nous pas victimes de ce phénomène ?

Art et vie

L’autre jour j’entends parler de l’Oulipo. Création littéraire par la contrainte. Drôle d’idée, car le poème classique n’est que contrainte : quoi de neuf ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que l’Oulipo a bien pu donner à la France ? Pour moi il avait été sans lendemain. Il avait été créé par quelques fantaisistes à l’esprit mathématique. Il avait donné quelques blagues de potache. Fin. Mais j’ai appris qu’il s’était survécu. D’ailleurs, il a produit Les papous dans la tête de France culture, que j’ai longtemps écoutés. Un moment de calme, sans plus, mais c’est si rare aujourd’hui, que ça n’a pas de prix. (Ce qui lui a certainement valu d’être liquidé par France Culture.)

Pourquoi la poésie n’est-elle plus rien en France et existe-t-elle en Angleterre ? Je soupçonne que la différence tient à ce que l’art, dans les pays anglo-saxons, parle de la vie. Le poète parle de lui. Shakespeare parle des passions humaines. De bruit et de fureur. La France, en quelque sorte, a toujours fait de l’art pour l’art. Du noble, du grand sentiment, du décorum pour la galerie et l’histoire. L’abstraction a fini par vider l’art de sa substance, qui est humaine. L’Oulipo en est l’exemple.

Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?

Réalité de la fiction

Un proche disait, en substance, « je sais que ce n’est pas bien, mais je ne peux pas faire autrement ».

Je me demande si notre président ne ressent pas quelque chose de similaire.

Il y a quelques-temps, je lisais qu’il avait nommé Stéphane Séjourné, à la place de Thierry Breton, comme commissaire européen. Raison : la politique internationale est son « domaine réservé ».

Sa dissolution lui a explosé à la figure, il est considéré par tous comme un pantin, mais, voilà, il ne peut pas vivre s’il ne se donne pas en spectacle international ?

Il arrive un moment où l’homme s’évade des contingences quotidiennes pour devenir un personnage de tragédie ?

Nobel de la mode

La lettre d’information de l’Université de Cambridge annonce que trois anciens élèves viennent de recevoir le prix Nobel. Un en physique et deux en chimie, et tous pour des travaux liés à l’intelligence artificielle.

Au fait de leur gloire, Camus et Sartre ont reçu le prix Nobel. Obama a reçu le Nobel anti-Bush… ce qui me frappe à chaque fois que je regarde la raison d’un Nobel, c’est son « actualité ». Il semble que le Nobel récompense un engouement social. Hype ?

Hype

Le mot « hype » est entré, depuis quelques décennies, dans notre vocabulaire. Du moins dans celui d’un petit groupe de gens qui s’occupent de finance et de start-up. Je ne m’étais pas demandé d’où il venait. Eh bien ce serait de « hyperbole ».

Une émission de la BBC (Peak Hype, 2019) faisait remonter le phénomène à la guerre de 14 et à un neveu américain de Freud. Celui-ci avait été employé par le président Wilson pour convaincre les Américains qu’ils devaient entrer en guerre. Puis, après guerre, il prit conscience qu’il pourrait utiliser cette technique à des fins en quelque-sorte pacifiques. Un de ses premiers exploits aurait été d’amener les femmes à fumer. C’était un acte de libération.

Wikipedia dit : « Hype (derived from hyperbole) is promotion, especially promotion consisting of exaggerated claims. » Serait-ce ce qu’un temps on a appelé « propagande » ? Mais, du moins dans l’acception moderne, la technique consiste surtout à créer une « mode ». C’est l’usage de la communication pour créer chez l’homme un phénomène collectif d’enthousiasme irrationnel. Une technique de manipulation des esprits.

Si l’on en parle autant cela tient probablement à ce que c’est un art américain et que la culture américaine est actuellement dominante.

La science des droits de l’homme

Comment faire que le monde respecte les droits de l’homme ?

Etait-ce l’objectif qu’Hegel avait fixé à l’humanité, pour qu’elle finisse son histoire ? En tous cas, à qui pourrait-on faire appel pour résoudre la question ?

A Montesquieu ? Pour lui, la liberté résulte d’un équilibre de forces. C’est sur ce principe qu’ont été montés les USA. Ce que l’édifice américain a de curieux, c’est qu’il donne une fort mauvaise impression à l’extérieur, mais qu’il est d’une redoutable efficacité. Puissance motrice de l’individu laissé à lui-même ? Peut-être aussi faut-il y voir la main invisible du protestantisme, culture d’une société d’individus ? Quant aux droits de l’homme ? Le petit tend à se faire écraser par le gros, mais généralement il vend cher sa peau. (Sauf lorsqu’elle est noire ou rouge ?)

Il semble que, dans un monde où tout donne son contraire, la science des droits de l’homme, dont le but est, probablement, « aime et fais ce que tu veux », doive jouer de l’effet paradoxal. La liberté est une lutte. L’homme libre doit être armé. Comment ? Je soupçonne que les existentialistes ont raison : on ne naît pas, on devient. Il est immanquable que l’on naisse d’un lavage de cerveau. La vie est un réveil. L’individu doit avoir de quoi s’accrocher autour de lui. D’une part, la connaissance de l’humanité en « open source » et, d’autre part, des hommes aux réseaux desquels il puisse se rattacher. C’est le « milieu » qui fait la force, la capacité à agir sur la société. Le tout est peut-être de ne pas être démoli à la naissance. Tout le secret de l’Amérique ?

Camargue

La Camargue a peur de la montée des eaux. On la fuit. Il en serait de même de beaucoup de zones côtières.

Curieux, je me souviens de mon temps au sein de la bulle internet. Tout le monde savait que c’était une bulle, mais ne faisait rien pour la fuir. Succès de nos écologistes ?

Or, le raisonnement d’alors n’était pas faux : tant que ça n’éclate pas, on peut faire des affaires. Dans notre cas, les terres côtières ne doivent plus avoir de valeur, alors que ce n’est pas le cas des locations.

Comme d’habitude, l’incertitude crée l’opportunité pour l’homme riche ?

Sauver la France

Je vois passer un billet d’un ancien président du MEDEF disant : non aux impôts, MM les politiques rationalisez l’Etat.

S’est-il rendu compte de la situation dans laquelle est le pays ? Le gouvernement ne tient qu’à un fil, les partis politiques sont en embuscade pour lui faire un mauvais coup. Il est à deux doigts de partir en vrille à la façon de l’Angleterre de Liz Truss. Quand on habite une maison de verre, on ne lance pas de pierres.

Curieux, d’ailleurs, que notre chef d’entreprise ne le sache pas. Le redressement d’entreprise ne commence pas par une réforme de fond, mais en mendiant auprès des banquiers de quoi payer les salaires des employés pendant quelques semaines. (En veillant à éviter qu’ils ne se saisissent des outils de production.)

En tous cas si M.Barnier saute, il n’y aura pas beaucoup de volontaires pour prendre sa place, et notre homme aura l’occasion de me prouver que j’ai toujours tort !

Ponzi français

La question de l’immigration pose une question dont on n’entend pas beaucoup parler.

La logique de nos économies occidentales est celle d’un accroissement constant de la population. Les nouveaux travaillent pour les anciens, qui se la coulent douce ? Pyramide de Ponzi ? Cela nous permet de vivre au dessus de nos moyens ?

Mais est-ce durable ? Pourrons-nous éternellement voler leurs ressortissants à d’autres nations ?

Et si l’on réfléchissait à ce que signifie une société qui vit de ses propres ressources humaines ? (Le Japon ?)