La Bourse ou la vie

Le Financial Times (31 octobre) : « Samsung falls short of expectations as chipmaker fails to reap AI benefits ».

Lorsque j’ai commencé à lire la presse américaine, j’ai découvert le terme « mode de management ». En fait je pensais que c’était un effet Panurge. C’est plus fort que cela : lorsqu’un mot est à la mode toute la société fait pression sur l’entreprise, par le biais de la bourse, pour qu’elle le mette à son catalogue.

l’individualisme forcené produit d’étranges effets de masse.

Le retour de la classe moyenne ?

« Bons emplois », « classe moyenne »… Le discours de Kamal Harris dont j’entendais des extraits ce matin m’a surpris. On y parle désormais de « classe moyenne », et de ses problèmes. En particulier de l’inflation, mais aussi, en creusant un peu plus, du fait que beaucoup d’emplois sont réservés à des diplômés de l’enseignement supérieur.

Cela explique peut-être la raison pour laquelle elle semble fuir comme la peste Joe Biden, dont la politique n’a pas été bonne pour cette « classe moyenne ».

Etonnant changement de cap des démocrates ? Ont-ils fini par comprendre qu’une élection ne se gagnait pas par les marges, mais par la majorité ? Et que celle-ci était au centre ? Cela sera-t-il suffisant pour leur valoir la présidence ?

Rendement artificiel ?

Microsoft Cloud revenue rises on AI boom but softer outlook weighs on shares
Warnings of slowing Azure growth and rising data centre costs dampen initial optimism on tech giant’s quarterly earnings

Financial Times, 31 octobre

Marronnier de ce blog : le rendement décroissant de l’intelligence artificielle. Serait-on en train d’y assister ? Il faut de plus en plus de moyens pour obtenir des résultats de plus en plus maigres ?

Ne serait-ce pas le cas, globalement, du « numérique » ? Ce dernier demi siècle, il semble avoir été le maître mot de notre économie. Or, un précédent billet disait qu’elle a accumulé 100.000 milliards de $ de dettes. Cela ne signifie-t-il pas que le numérique n’est pas un bon investissement ?

Dubaï

Etrange Dubaï. Une ville qui n’est pas une ville, disait un invité de Christine Okrent (12 octobre).

Dubaï n’a aucune ressource naturelle, elle tirerait sa fortune de sa position géographique de « plaque tournante », et de la culture de son peuple de commerçants, devenus des « patrons ». Elle vit de l’immigration, immigration de damnés de la terre, qu’elle exploite, et des gagnants de la globalisation, qui lui apportent le meilleur de l’innovation mondiale.

Gérée comme une affaire familiale, c’est une dictature ultra libérale, où tous les trafics sont encouragés.

Pour autant, son instinct aventurier et spéculateur la prédisposerait à la faillite. Mais elle en est sauvée par Abou Dhabi. Les Emirats arabes étant une fédération, apparemment solidaire, où chacun apporte ses particularités au groupe. Un modèle pour l’UE ?

Aucun respect !

Serais-je le fruit de 68 ? Je me rends compte que je n’ai de respect pour rien. En particulier pas pour les grands hommes qui semblaient admirables dans mon enfance. A examiner leur vie, ils semblent fort humains. Et parfois fort stupides.

Qu’est-ce qui a produit ce changement d’avis ? Je suspecte que, jadis, la société était tellement spécialisée que quasiment personne n’avait la formation lui permettant de juger le grand homme. Je pense aussi que lorsqu’une société réussit, elle tend à se considérer comme admirable. Ses membres ont du respect pour leurs concitoyens, parce qu’ils sont à leur image. Cela se voit me semble-t-il clairement dans la société allemande ou chez le polytechnicien, ou encore chez de Gaulle. Hannah Arendt me paraît avancer une théorie similaire : la société romaine admirait ses sénateurs, parce qu’ils étaient porteurs des valeurs qui faisaient son succès.

Peut-être aussi sommes-nous une société dont la religion est l’individualisme ? Par définition nous croyons que nos succès ne peuvent qu’être le fait d’individus ? Alors, nous glorifions l’individu ? « There is no such thing as society », disait Mme Thatcher ?

Insecte électrique

L’insecte étant léger est sensible à l’électricité électrostatique. Si bien qu’il a inventé des moyens pour s’en servir ! Y compris la générer. (Article.)

Invisibly to us, insects and other tiny creatures use static electricity to travel, avoid predators, collect pollen and more.

Géniale nature ?

En tous cas, cela me ramène à une de mes vieilles obsessions : le voyageur de commerce. C’est un problème qui défie les informaticiens. Mais, je le soupçonne, qu’ont résolu les abeilles. Au lieu de vivre dans le vide, comme nous, elles volent dans un espace plein, de type relativiste, dans lequel il suffit de se laisser porter par la pente du terrain pour toucher sa cible, sans effort ?

Garbage Joe

Hier, la BBC se demandait si Joe Biden, en traitant les électeurs de Donald Trump de « garbage », n’avait pas fait perdre les élections à Kamala Harris.

Tout le monde s’attend à ce que l’élection se joue à peu de choses. On parle des « indécis ». Mais vue la différence entre les deux candidats, on peut se demander où peut se jouer l’hésitation. Peut-être aller, ou non, voter.

Dans ces conditions, c’est le hasard qui va avoir le dernier mot. Et, compte-tenu des singularités des processus de vote américains, et des dispositifs associés, on peut imaginer que l’on va vivre une longue période de contestation de résultats. Heureusement qu’il se passe plusieurs mois entre l’élection et l’intronisation du président.

L’émission rappelait aussi que la situation n’avait rien d’exceptionnel. Ce qui est juste : sauf dans le cas d’Obama, les deux partis semblent faire quasi jeu égal depuis plusieurs décennies. Et, encore, lorsqu’un parti gagne la présidence, il perd le sénat, et de quoi gouverner.

Curieuse situation.

En fait, c’est ce que voulait Montesquieu. Lorsque le pouvoir est paralysé, il ne peut être tyrannique. Pour pouvoir décider, il faut consensus. (Ce qui s’est passé lors des attentats du 11 septembre.)

Changement

J’ai fort mal fait la promotion de mes travaux. J’aurais dû marteler quelques idées contre-intuitives et salvatrices. Je ne l’ai même pas fait dans mes cours. Honte.

Un constat fondamental est que nous faisons une erreur fatale. Et on ne la voit pas mieux qu’actuellement.

Elle consiste à constater que nos hommes politiques sont des bras cassés, et à en déduire qu’ils sont la cause de nos maux. Il en résulte qu’ils doivent être punis, ou, au minimum, qu’ils doivent remettre en ordre ce qu’ils ont démoli. Quant à moi ? Far niente. Confortable.

Erreur : ce n’est pas l’homme qui est fautif, c’est le système. Quand la France et l’Allemagne étaient en guerre, l’Allemand était un ennemi. Ensuite, il est devenu un ami.

Idem. On me rebat les oreilles de ce que les jeunes ne veulent pas travailler, ou de ce que, d’une manière générale, le Français est paresseux. Changez le système et le Français changera ! C’est ce que démontrent les Ecoles de production : elles recrutent des « décrocheurs » déprimés et en font des professionnels bien dans leur peau et dans leur société.

Banalité du mal ?

Hasards des rencontres. J’ai vécu, il y a quelques temps, une journée Gaza.

Cela a commencé avec des amis juifs, et s’est fini avec des amis libanais, dont les villages de montagne font l’objet de frappes israéliennes. Elles tueraient des familles venues de Beyrouth.

La guerre ne tolère pas la modération. Les uns s’étaient convertis à la colonisation, seul moyen de protéger Israël, les autres s’étaient convaincus qu’il faudrait éliminer Israël. Tous estimaient que l’Occident était leur ennemi. Pourquoi condamne-t-il Israël ? Pourquoi livre-t-il des armes à Israël ? D’ailleurs, pourquoi a-t-il exporté son antisémitisme au Moyen-orient, alors que l’on y vivait en bonne entente entre religions ?

La guerre semble une maladie sans coupable, ou plutôt à culpabilité collective. Tout le monde est plus ou moins responsable. Que font les pays des environs pour calmer le conflit ? Pourquoi l’Iran s’est-il engagé dans une guerre avec Israël ? L’Occident, depuis 1989, a pris les commandes du monde, et a fait énormément de bêtises. Mais les guerres finissent comme elles ont commencé. On ne sait pas comment. Souvent par un sursaut de sagesse collective que l’on n’attendait pas.

Banalité du mal ? Et si la raison dont rêvaient les Lumières était là : mettre un terme à la lâcheté qui produit des catastrophes ?

Aveugle justice

Talent anglais ? Spécialité culturelle ? Savons-nous faire les mêmes émissions en France ? La BBC produit des feuilletons concernant la justice. Ils sont passionnants. Cela s’appelle « true crime » et m’amène à m’interroger sur la justice et sa possibilité.

« Inside murder trial ». Drôle d’affaire. Une femme et un enfant disparaissent, pas de corps, sont-ils morts, ou ont-ils fait une fugue ? Un procès écossais jugé 46 ans après les faits. Faits que j’aurais pu connaître : il se trouve que j’étais en Ecosse quelques mois avant…

La série expliquait la marche de la justice. La partie civile cherche à accumuler le maximum de faits curieux, le rôle de la défense est de faire germer le doute dans l’esprit des jurés, car, dans le doute, on s’abstient. Et comment ne pas douter dans ce cas ? D’ailleurs, la mémoire humaine n’est pas du tout fiable.

Comme il semble que ce soit toujours le cas, un procès est une lutte des classes, entre l’intellectuel – avocat, et le policier – homme du peuple. Le policier enquête à l’intuition et au bon sens, ce qui lui fait faire une quantité d’impasses qui fournissent à l’esprit élevé des raisons de douter. Avec un bon avocat, le crime est parfait ?

Je m’apprêtais à douter. Et pourtant, étrangement, ce ne fut pas le cas. L’empilage de faits curieux me donnait une quasi certitude de la culpabilité de l’accusé, et de la complicité de son épouse. Et le jury m’a suivi. Ce faisant l’expédiant en prison pour le reste de ses jours, soit 5 mois.