Loi forte des petits nombres : je trouve, coup sur coup, deux opinions convergentes concernant la France, celles d’Alain Touraine et de Fernand Braudel. L’un dit qu’elle « passe à côté de l’histoire ». L’autre explique la raison pour laquelle elle n’a jamais été qu’à sa périphérie : ses côtes maritimes sont tournées vers l’extérieur et le progrès, mais la France de l’intérieur, qui fut jadis gigantesque à l’échelle des transports européens, et sa capitale, regardent leur nombril. La France est une Chine occidentale ?
Emmanuel Macron, dont Alain Touraine, fait le successeur des martyrs qui ont tenté d’éclairer la France, se plaint, lui aussi, de l’esprit gaulois.
Je soupçonne que ces gens ne savent pas ce qu’est la « résistance au changement ». Or, elle est universelle. Et ce pour une raison, évidente ! que rappelle un universitaire : une société est faite pour ne pas changer. C’est ce qu’on lui demande.
J’ai rencontré beaucoup de résistants au changement dans ma vie. Les plus fermes d’entre eux avaient une caractéristique commune : ils étaient imprégnés de la culture profonde de leur entreprise, c’était une sorte de seconde nature. Ils voyaient la nécessité du changement, mais ne trouvaient aucun moyen compatible avec leurs convictions inconscientes de le réaliser. Seulement, le jour où ils y parvenaient, ce qui demandait plusieurs séances (extraordinairement frustrantes) de questions et de réponses, ils en devenaient des champions ! Pourquoi ? Parce qu’ils connaissaient tellement bien les ficelles du système – seconde nature – qu’ils en jouaient en maîtres.
Il est probable que si nous sommes si gaulois, c’est parce que nous sommes particulièrement attachés à des valeurs inconscientes, et peut-être bien plus que d’autres peuples. En conséquence de quoi, nous sommes, en puissance, des champions du changement !
