Brexit et Barroso

Et si M.Barroso avait été récompensé pour avoir causé le Brexit ? Et s’il avait été un entriste payé pour faire exploser l’union ? Mon expérience ne m’a pas fait rencontrer souvent des preuves de complot. C’est en voulant faire le bien que l’on fait souvent le plus de dégâts. Il y a différence marquée entre ce que nous disons, et pensons croire, et notre comportement. Et c’est ce dernier qui est la cause de nos problèmes.
 M. Barroso, comme ses collègues gouvernants, était un disciple de Mme Thatcher, et Mme Thatcher disait « there is no such thing as society ». Le marché régule des individus sans loi. Le marché est incompatible avec toute organisation sociale, à commencer par une union, ou une nation d’ailleurs. 
On peut aussi voir la chose sous l’angle de « l’ordre public ». En bousculant l’ordre public, le marché crée des révoltes, des Brexit ?

Barroso chez Goldman

Mais cela ne signifie-t-il pas que M.Barroso a toujours eu les mêmes idées que Goldman Sachs et que ce sont ces idées qui ont gouverné l’UE ? Et que tous les gouvernants de l’époque les partageaient ? Et que ce sont les transformations que ces idées ont apportées à l’Europe qui sont, aujourd’hui, à l’origine de la crise qu’elle traverse ? 
(Fait curieux : M.Barroso aurait été embauché pour aider Goldman à tirer parti du Brexit. Une reconnaissance du succès de son action ?)

L’UE redécouvre le marché unique

Hier j’assistais à une conférence organisée par la CCIP et traitant d’Europe. Michel Barnier y est apparu.
Une confirmation : l’UE n’a jamais bougé aussi vite que ces derniers temps. Il n’y a que la crise qui la fasse avancer. Par ailleurs, son discours serait passé de libéral à social. Mais on ne saurait toujours pas comment faire pour mener autre chose qu’une politique libérale.
En fait, l’UE semble découvrir qu’elle a été victime des belles théories qu’elle prêchait et auxquelles elle était la seule à croire. Bref, elle a cru au père Noël et se réveille en calbute.
Ainsi, elle parle maintenant de « réciprocité ». Le marché européen est parfaitement ouvert, alors que les marchés américains, japonais, indiens, brésiliens et chinois ne le sont vraiment pas. Il va falloir faire quelque chose… D’autant que les Chinois ont de fort méchantes politiques de subvention massive et de dumping qui balaient des pans entiers d’une industrie européenne crédule et incapable de s’unir.
On découvre aussi que le marché unique aurait un gros potentiel de développement. Peut-être pourrait-il même nous sortir de la crise ? Mais, pour cela, encore faudrait-il qu’il soit. L’histoire est curieuse. Si je comprends bien, sous l’impulsion de la délicieuse Madame Thatcher, les nations de l’UE ont à la fois voulu un grand marché et « their money back », i.e. ne pas donner un kopeck à l’Union. Or, pour que le dit marché vive, il faut des routes, un système de brevets uniforme, des dispositions qui favorisent la mobilité… L’énorme paradoxe serait que le libéralisme aurait tué son marché en lui refusant l’investissement qui aurait permis de le construire. Et, que nous haïrions ce marché, alors qu’il n’a jamais existé, et qu’il nous serait bénéfique ! 
Malheureusement, l’UE n’a aucun moyen. Signe des temps, le libéral Barroso se casserait la tête pour chercher à lui en trouver.

Compléments :

  • Ajout postérieur (9 mars) : le parlement vote une taxe sur les mouvements financiers. Cette taxe va-t-elle réellement être adoptée ? Si oui, à quoi va servir ce qu’elle rapporte (200md€) – à fournir des revenus à l’UE ?

Refondation du PS

Le PS souffre des dernières élections européennes. Que va-t-il faire ? Si j’en crois la radio, ce matin, il parle de « refondation », d’union de la gauche, et de débat.

Ne serait-ce pas une manifestation du théorème du marteau (quand on a un marteau on voit des clous partout) ? Il se manifeste toujours quand on est au fond de l’angoisse existentielle, en proie à l’anxiété d’apprentissage. Dans ce cas, le PS, parti de technocrates, produit une solution technocratique. Le problème n’est pas posé. Je suggère une solution beaucoup plus simple :

  1. Chercher à comprendre quels sont les problèmes que rencontrent les Français.
  2. Se demander quelle serait une solution socialiste à ces questions, en revenant à la pensée des pères fondateurs.

Cet exercice s’apparente à une résolution d’équation, il ne demande aucune conviction personnelle, il est parfaitement adapté à des énarques.

Et il éviterait aux politiques de se ridiculiser. J’entendais la dirigeante du PC dire, ce matin, que le gouvernement n’avait pas à pavoiser, 70% du pays avait voté contre lui. Dans ce cas, 98% a voté contre le PC, qui doit se trouver bien seul. À la prochaine élection, je lui suggère d’appeler à l’abstention, au moins il pourra ainsi entretenir l’illusion qu’il est aimé.

Si l’on ne réfléchit guère en France, ça ne semble pas être le cas en Angleterre, un député britannique propose une explication étonnante aux déconvenues socialistes : les socialistes passent leur temps à accuser Bruxelles d’être une créature du libéralisme (cf. leur campagne contre M.Barroso), les électeurs les ont écoutés, qui ont voté pour des partis conservateurs, nationalistes.

Crise et changement de culture

La presse anglo-saxonne découvre le rôle de la culture dans le changement.

  1. Il penserait que son salaire lui est dû quel que soit l’état des affaires de son entreprise. Justification ? Son diplôme, il possède une licence d’une université prestigieuse. J’observe un glissement de l’idéal américain, de l’entrepreneur au bureaucrate (dont le succès dépend plus de sa fortune que de son talent ?).
  2. La dernière flambée des résultats des banques (comptabilité créative, selon moi) aurait été motivée par le nécessaire maintien des bonus = motivations. Ce qui confirmerait mon intuition qu’il s’agit d’une amélioration sans lendemain.

he has internalized a worldview in which Wall Street is the central pillar of the American economy, the health of the economy depends on the health of a few major Wall Street banks, the importance of those banks justifies virtually any measures to protect them in their current form, large taxpayer subsidies to banks (and to bankers) are a necessary cost of those measures – and anyone who doesn’t understand these principles is a simple populist who just doesn’t understand the way the world really works.

Notre culture est ultralibérale

Il est de bon ton de dénoncer les méfaits de « l’ultralibéralisme ». Mais il y a peu de chances que rien de neuf n’émerge avant longtemps, tout simplement parce que l’ultralibéralisme a semblé avoir fait la démonstration de son efficacité pendant trois décennies, et que les dirigeants mondiaux sont donc issus d’une école ultralibérale. Ainsi Avoir soutenu la guerre en Irak, une voie d’avenir en Europe explique que les postes principaux de l’Europe de demain seront occupés par des pro-Bush (Blair, pour la présidence, Barroso, présidence de la commission, Rasmussen, OTAN) ; L’Etat français, dernier refuge de la « culture du résultat », par Michel Feher, rappelle que si le discours de Nicolas Sarkozy parle du « retour à l’Etat », ses actes sont classiques des convictions ultralibérales. C’est comme cela qu’il faut interpréter l’étonnant silence idéologique des partis d’opposition : ils ne sont pas « d’opposition » ?

Difficulté du changement : renoncer à ce à quoi l’on croit

Et maintenant cours de changement.

  • Problème qui se pose à toute conduite du changement : si le changement est aussi difficile, partout, c’est que ce qui doit changer est au plus profond de ce à quoi croient gouvernants et dirigeants. Plus la culture a vécu un long succès, plus elle demande de temps pour se transformer. Il a fallu plusieurs siècles à la Chine pour secouer ses certitudes, et elle n’est pas au bout du chemin (Chine et Occident : dialogue de sourds).
  • Les paroles, qui sont dirigées par une sorte d’adhésion à « l’opinion publique », contredisent les actes, qui sont dirigés par l’inconscient (un aperçu de la théorie d’Edgar Schein : Changement en Amérique (suite) et Nous sommes tous des hypocrites !).
  • Paradoxe : le dirigeant, dont l’incapacité à changer cause les difficultés de son organisation, les explique par la « résistance au changement » de celle-ci.

Voici une raison pour laquelle la crise pourrait durer longtemps : nos dirigeants (et la société dans son ensemble, probablement aussi) s’accrochent à un mode de pensée obsolète. C’est ainsi que le gouvernement américain déploie des trésors d’ingéniosité pour ne rien changer à son système financier (Chronique d’une crise annoncée).

Le renouvellement de ce socle de pensées prendra sûrement des années. Une génération ?

Elections européennes : du nouveau ?

Dans Pauvre Europe, je ne voyais pas ce que l’on pouvait attendre des élections européennes, chaque parti l’utilisant pour placer les « petits copains ». Il semblerait que les choses s’animent un peu.

Du néant émergerait un début d’idée : il faut se débarrasser de José Manuel Barroso.

C’est ce que dit Jacques Delors (Delors tacle Barroso et vote Fillon) et Poul Nyrup Rasmussen, le président du Parti socialiste européen (M. Rasmussen : « Si une autre majorité se dégage, M. Barroso ne pourra pas être reconduit »). Ils reprochent à M.Barroso son inexistence.

Observations :

  1. Il y a peut-être là un moyen de rendre les élections européennes intéressantes : un affrontement entre deux leaders porteurs de vues opposées. Espérons que cela va donner des idées à nos partis politiques qui sont désespérément en panne d’inspiration, au moment où la situation demanderait détermination et courage.
  2. Bizarreries politiques. M.Rassmussen voudrait une politique de relance européenne agressive : que chaque pays y consacre 2% de son PIB comme demandé par le FMI (G20). Étrangement, il a contre lui les socialistes anglais, qui pourtant font, avec les USA, de gros déficits. Mais ils veulent sauver M.Barroso (Changements en Europe, Trafalgar), champion du libéralisme. Parmi ces mêmes étrangetés, The Economist (Those exceptional British) explique que les conservateurs anglais veulent sortir du groupement de partis européens auquel ils appartiennent pour rejoindre un ensemble qui corresponde mieux à leurs idées. Ils sont tentés par l’extrême droite. Le spectre politique anglais semble décalé vers la droite par rapport au nôtre.

Complément :

Trafalgar

Décidément ces Anglais sont admirables.

Exactement comme prévu (Changements en Europe), Gordon Brown vient de se porter au secours de Barroso (Pour Londres, c’est Barroso for ever). Et il va gagner.

L’Anglais nous écrase de sa supériorité intellectuelle : protégé dans son île, par un système financier qu’il manipule comme un Dieu (Dynamique Grande Bretagne), il crée une zone euro à sa main dont il sait tirer tous les profits (Changements en Europe). 

Changements en Europe

The Economist est extrêmement inquiet des transformations possibles de la direction de l’UE (Beware of breaking the single market).

Le danger. De manière incompréhensible, Allemands et Français estiment que la politique de l’UE est d’essence anglo-saxonne, et que le président de la commission Barroso en est le champion. Machination machiavélique : ils proposeraient à Tony Blair la nouvelle présidence de l’UE en échange du remplacement du dit José Manuel Barroso par un candidat moins libéral. Or, l’UE va devoir sauver l’Europe de l’Est, victime de ses illusions ultralibérales : les nouveaux maîtres de l’UE risquent de lui imposer des mesures plus favorables à l’homme qu’au marché (par exemple salaire minimal).

Avec une logique admirable, The Economist se porte au secours de cette Europe si peu libérale et supplie le gouvernement anglais de sacrifier Tony Blair au maintien du président Barroso.

L’Europe change

Interview de Jean-Pierre Jouyet (L’Europe est passée de l’influence à la puissance). Derniers mois mouvementés pour les dirigeants de l’Union Européenne. Ils semblent en sortir épuisés, heureux, et transformés.

Pour une fois que le changement n’est pas une invocation, mais qu’il est un résultat ! Beaucoup de choses semblent avoir changé : les chefs d’états européens ont découvert l’Europe ; ils ont appris à travailler avec la BCE, qui a trouvé une place, une légitimité, et en sort renforcée ; Monsieur Barroso a appris son métier ; et Jean-Pierre Jouyet a changé d’opinion sur de multiples sujets. Nicolas Sarkozy aurait été le catalyseur de ce changement.

Succès sans lendemain ? Y a-t-il du solide, qui soit resté pour assurer les avancées réalisées ? En tout cas, Nicolas Sarkozy ne semble pas prêt à laisser le vide s’installer de nouveau…