Que demande le peuple ?

Baromètre Ipsos BVA la Tribune. Que désire le peuple ? Dans la mesure où l’on peut le déduire de quelques indicateurs quantitatifs : pouvoir d’achat, modèle social, déficit. Devant insécurité et immigration. Ce qui m’a surpris. Décidément, j’ai toujours tort.

Je rapproche cela d’une étude qui corrélait le vote extrême avec le changement du modèle social (qui est désormais celui de la « performance »), mais aussi avec ce que je vois de la France : nombre de jeunes trouvent des emplois précaires, d’autres, de milieux favorisés, semblent avoir perdu tous repères. Au milieu, il y a les enfants des couples unis, appartenant à une forme « d’élite intellectuelle » qui a refusé la lutte pour le pouvoir.

Et si l’électeur désirait un retour au modèle de la France d’après guerre, avec ses emplois dignes et sa classe dirigeante modeste (et bonne gestionnaire du bien commun) ?

Dernière ligne droite

On lit que, pour M.Macron, c’est la « dernière ligne droite ». L’année prochaine auront lieu les élections présidentielles.

Vu le spectacle que donnent les partis politiques traditionnels, et l’invraisemblable floraison d’ambitions, l’hypothèse d’une finale RN, LFI semble probable. Qu’arriverait-il si le RN gagnait ? Comme aux USA, on constaterait avec surprise qu’il attire beaucoup de collaborateurs ? Mais que ceux-ci ne sont ni de très bon conseil, ni très favorables à l’intérêt de l’électeur ?

Le RN pourrait-il commettre quelqu’erreur qui inquiéterait les marchés à la façon de ce qu’ont connu les Anglais ? Il semble le parti du repli sur soi, quelle sera sa politique étrangère ?…

Comme pour le réchauffement climatique, ne faudrait-il pas se préparer à ses conséquences, plutôt que de parler « d’urgence » et de s’attendre à un sursaut populaire ?

Le coût du care

Rencontre de la présidente du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne. Son idée : la « fête au village », c’est la vie, et pourtant, il est de plus en plus difficile de l’organiser :

La possibilité pour les jeunes de prendre des initiatives et d’organiser des choses en rural se réduit au fur et à mesure que la bureaucratie augmente : déclaration en mairie et demande d’autorisation, selon les routes qui peuvent être bloquées, demandes à l’intercommunalité, au service du département ou à la préfecture, demande d’assurance, responsabilité de la sécurité avec de plus en plus souvent l’obligation de recourir à des agences de sécurité privée, sous contrat, déclaration à la SACEM, pour la musique, autorisation de buvette, s’il y en a une, etc.

Nos élus ont été pris d’une curieuse maladie. Ici comme ailleurs, ils n’arrêtent pas de produire de nouvelles lois. Leur « indicateur de performance » est même devenu le nombre de textes ou d’amendements proposés.

Plus surprenant, peut-être, est le nombre de disciples français de Trump. Pour eux, il faut faire table rase de la loi.

Est-ce une bonne idée ? Car ces lois ne sont-elles pas la manifestation de notre souci des « droits de l’homme » ? Ce que nous avons peut-être de plus précieux ? Certes, il a été quelque peu dévoyé, car l’esprit de notre constitution est la liberté individuelle ! Mais ne pourrait-on pas le retrouver, cet esprit ? Selon la technique de France simplification : en partant de ce qui coince, en réunissant les « services concernés », et en cherchant ensemble comment satisfaire l’intérêt général ?

Massacre

La même histoire, une nouvelle fois. Une carrière passée à redresser des entreprises d’un groupe industriel, la plupart du temps à l’étranger. Des succès remarquables. Je suis admiratif. Et tout ceci se termine par un licenciement : il n’y a plus de place pour vous ! Et cela dit par une entreprise que je connais bien, pour laquelle j’ai travaillé et qui m’avait fait grande impression !

Comment ne pas voir la valeur de telles personnes me demandé-je ? Des usines à redresser, il y en aura toujours ! Sans compter qu’elles ne font d’ombre à personne.

Mais peut-être que l’entreprise « financiarisée » moderne obéit à une autre logique ? Tout n’est que politique ? On ne comprend plus rien au « métier » ? Et, partant, à la finance ?

Essorage Ponzi

La France subit un phénomène de concentration du pouvoir économique. Certes, direz-vous. Mais soupçonnons-nous sa nature et ses implications ? La franchise est une concentration, par exemple. Maisons de retraite, santé, éducation supérieure… la concentration est partout, à commencer par ce qui était jadis public.

Cette concentration éloigne les centres de décision des territoires et peut-être du territoire. Elle résulte d’une croissance effrénée par acquisitions et endettement massif favorisé par des taux bas, une politique agressive de création monétaire et les encouragements des Etats. D’où gigantesques fortunes, qui auraient quelque-chose de Ponzi… La France, une fois n’est pas coutume, serait à la pointe de ce phénomène.

« De l’ordre de 100 000 sociétés sont en fait des filiales des 7 000 principaux groupes. Ceux-ci ne représentent que 0,15 % des 4,5 millions d’entreprises françaises, mais 54 % des emplois privés. Ils assurent les deux tiers des chiffres d’affaires et 58 % des valeurs ajoutées. Ils portent l’essentiel de l’export, de la R&D, de l’investissement. »

Antidote ? « La structuration d’écosystèmes territoriaux bien organisés, avec un capital-investissement régional puissant, des réseaux d’entreprises solidaires, me semble seule en mesure de tempérer les mouvements de concentration et de financiarisation actuels. »

Mais en attendant ? Edifice précaire en des temps incertains ? Combien de temps encore ces conglomérats auront-il envie de faire travailler le Français ? Plus curieux, peut-être : leur principe ne serait-il pas « d’extraire la valeur » de notre pays pour l’envoyer « ailleurs » ?…

Passionnante étude de Nicolas Portier pour la Banque des Territoires.

Tous misérables ?

Mona Ozouf juge les Misérables de Victor Hugo.

J’apprends à cette occasion qu’ils ont été mal reçus par la presse de tous bords. J’avais déjà lu que Flaubert et Baudelaire en avaient la plus mauvaise opinion.

Il semblerait que, comme ce que j’avais noté pour Notre dame de Paris, les Misérables est avant tout une réflexion sur la condition humaine et l’évolution de la société, qui est aussi celle de Victor Hugo, dont la vie a été, quasiment un passage, par étapes, d’un extrême à l’autre.

Cambrone serait le héros de Waterloo. Il symbolise la transformation du monde. A l’ère du surhomme succède celle du sans grade, du misérable. Il n’y a d’ailleurs pas de modèle, de héros de roman, dans les Misérables. Chacun est bien et mal. Et, comme pour Candide, sa vie peut-être aventures extraordinaires, comme celle de Jean Valjean, mais, elle se termine misérablement, à cultiver son jardin, et encore au mieux. Quand à la société, elle passe aussi par des phases dont chacune a ses bons et ses mauvais côtés, qui sont peut-être nécessaires. Pour autant, il n’y a pas de fatalité. Le libre arbitre existe. Et chacun, quoi que misérable, a la responsabilité de pousser l’histoire dans la bonne direction, celle montrée par la Révolution ?

Modèle français

On n’aime pas le dire, mais la France est à l’origine de bien des idées qui secouent le monde. C’est en France que le Bobo a son origine, c’est aussi elle qui a théorisé la liberté par le marché. Aujourd’hui, les Américains semblent découvrir qu’ils se comportent comme nous sous l’occupation.

“The Sorrow and the Pity,” a four-hour documentary from 1969 about Nazi-occupied France, chronicles the way that many ordinary citizens simply lived their lives as if nothing had changed—and the film is more relevant than ever, @dgraham.bsky.social argues. theatln.tc/tzsVJihW📸: Everett Collection

The Atlantic (@theatlantic.com) 2026-04-26T00:15:05Z

Hannah Arent a proposé une explication simple de ce phénomène : la « banalité du mal ». Au fond, c’est une propriété de la raison. Elle nous convainc que l’on minimise ses tourments en collaborant avec la dictature. C’est ainsi qu’Hannah Arendt expliquait que la coopération des Juifs avait permis aux Allemands de les transporter sans difficulté dans des camps d’extermination.

Réformer l’Etat

L’autre jour, un entrepreneur qui avait dû lever des fonds me racontait le parcours kafakaïen auquel l’avait soumis l’Etat et l’Europe, en pure perte.

Ce à quoi je lui ai répondu que l’on ne pouvait rien y faire. Et que chaque pays avait ses maux. Aux USA, il n’aurait pas pu espérer de subventions, par exemple. Il m’a alors appris qu’il avait cherché, en désespoir de cause, de l’argent aux USA et que c’était ce qui lui avait été fatal : un fonds n’avait pas tenu ses engagements.

Pour autant, le dysfonctionnement de l’Etat nous coûte cher. Ne pourrait-on pas le corriger ?

La première chose à faire, selon moi, serait de mettre en place des « boucles de rétroaction » pour quelques « fonctions » importantes de l’Etat. Il s’agirait simplement d’observer ce qui se passe et de chercher comment faire mieux « avec les moyens du bord ». En particulier, je constate qu’un acteur intelligent, par exemple un pôle de compétitivité, « bien dirigé », peut manoeuvrer efficacement l’Etat.

C’est d’ailleurs le principe de France simplification.

Démocratie française

Notre République ne pourrait-elle pas s’inspirer de la SCOP ?

La SCOP semble, en effet, idéale pour canaliser Jupiter. Elle est dirigée par un conseil d’administration d’égaux dont les membres ont le sentiment d’être responsables de l’entreprise, dont ils sont en partie propriétaires. Les idées brillantes, le fléau de notre nation, doivent, pour s’imposer, répondre aux questions de mise en oeuvre qu’on leur oppose.

En outre cela réglerait la question de l’opacité de nos politiques, Jupiter et les siens étant convaincus qu’ils doivent nous cacher leurs manoeuvres pour éviter la « résistance au changement » d’esprits arriérés. D’où une course en avant d’erreurs toujours plus lourdes – chacune devant masquer la précédente.

Qu’est-ce que cela signifie ? Elire un groupe de gens qui ont fait la preuve de leur bon sens et de leur attachement au pays, et représentant une diversité d’expériences ? Ce qui n’exclut pas un leader « tout fou », apportant à ce groupe de sages l’énergie, la créativité et l’inconscience de la jeunesse ?

PS. La SCOP :

Et 

https://antichiant.home.blog/2026/04/17/culture-scop/