Attrape moi si tu peux

Pourquoi certains n’attrapent-ils pas le coronavirus ? Un article un peu ancien dit que l’on a découvert que des échantillons de sang antérieurs au début de l’épidémie réagissaient au virus. 

La défense contre les virus ne serait pas que par anticorps, qui, d’ailleurs, ont tendance à disparaître. Il y aurait des « cellules T », qui se souviendraient des infections passées. Or, le coronavirus serait une variante du rhume. 

On espérait, que, de ce fait, il n’y aurait pas besoin de vacciner toute la population. Mais, visiblement, ça n’a pas marché. D’après ce que l’on entend, on pourrait être « porteur sain ». 

La morale de l’histoire est peut-être que la dernière ligne de défense est le corps humain. A force d’infections, il apprend à se défendre… Dans ces conditions, le rôle de la médecine serait, peut-être, d’atténuer l’attaque, pour lui simplifier la tâche. 

(L’article pourrait aussi expliquer pourquoi repérer les causes d’infection serait au dessus des capacités de l’intelligence artificielle : « c’est imprévisible, car de nombreuses variables se combinent d’une manière que vous ne pouvez pas comprendre : votre histoire, votre nutrition, comment vous avez été infecté, combien de [virus] vous avez contracté – même l’heure de la journée où vous avez été infecté. Et toutes ces variables se combinent de manière imprévisible« .)

Système immunitaire et agression sociale

Un médecin me disait, au sujet de mon cas, qu’une accumulation de fatigue et de stress affaiblissait le système immunitaire. De ce fait, des virus ordinairement inoffensifs peuvent le traverser et faire de gros dommages. 
Je me suis dit que si la société est capable d’agresser notre système immunitaire, peut être que 68 et le néolibéralisme sont une réaction à cette agression. Leur solution : il faut éliminer la société. Du coup, l’homme se trouve seul et sans défense, en particulier par rapport à ceux qui ont derrière eux la force de ce qui reste de la société. 
Il me semble, en conséquence, qu’il faut renforcer notre système immunitaire social
  1. Il faut créer un réseau de gens de confiance. C’est un travail individuel. 
  2. Il faut aussi préserver les structures sociales dont nous disposons. En particulier notre service public, qui est l’expression de la solidarité collective. Ses intentions sont bonnes. Ce qui ne va pas, c’est leur mise en oeuvre, qui est maladroite. Il faut améliorer, et non réformer. 
(Les dangers de la société pour notre système immunitaire se trouvent aussi ici.)

Système immunitaire collectif

Lorsqu’une fourmi est attaquée par des fungi, ses congénère lui viennent immédiatement en aide, en absorbant une partie des dits fungi.
Cela permettrait à la première fourmi de ramener l’attaque à un niveau que son système immunitaire sait traiter, et cela immuniserait le reste de la colonie. Elle aurait donc une forme de système immunitaire collectif.
Au fond, il en est de même des humains : lorsqu’un individu est attaqué, la société conçoit un vaccin pour protéger les autres. 

Adapter la société à l’innovation ?

La machine (technologie de l’information) semble créer le chômage. J’ai déjà cité le livre qui dit cela. Mais voici une nouvelle façon de voir la question, qui utilise des termes qui me sont familiers :

Nous sommes en face d’un changement. Il faut modifier l’organisation de la société, son « modèle économique », de façon à ce qu’elle tire parti de l’innovation. (Technological unemployment: Race against the machine | The Economist)
Compléments :
  • Curieusement, les années 30 auraient aussi été des années fastes pour l’innovation, accompagnées d’un gros chômage. Il est tentant de se demander s’il n’y a pas des moments où la société utilise les machines contre elle-même et d’autres pour son bénéfice collectif. 

Petraeus et la CIA

 Le général Petraeus devrait prendre la tête de la CIA. Un curieux organisme qui renseigne autant qu’il combat (au moins par le biais de ses drones) et dont la guerre principale est celle du Pakistan.
Les agents de la CIA attendent le général de pied ferme : il a la réputation d’arriver avec des idées préconçues. Si c’est le cas le « système immunitaire » le rejettera. (Article dont je tire mes informations)
C’est aussi ce que dit un de mes livres, avec les mêmes termes. Pour être accepté par une organisation, même si l’on est son chef, il faut être un « donneur d’aide », et pas un donneur de leçons. 

Dictature du court terme ?

Discussion avec des amis consultants. Ils reprochent aux entreprises de mal faire leur travail, de ne s’intéresser qu’à des mesures à court terme, alors qu’eux savent ce qui est bon pour elles. Mon expérience me fait les désapprouver :
  • La première chose que doit faire une personne qui entre dans une organisation est « d’acquérir une légitimité ».   C’est-à-dire de comprendre ce qu’attend d’elle l’organisation et d’y répondre.
  • En ce sens, « traiter le court terme » c’est peut-être passer un test, qui détermine si l’on peut nous faire confiance pour traiter le long terme.

Il y a quelque chose comme cela, je crois, au Japon : les nouveaux embauchés, à commencer par les surdiplômés, doivent faire des tâches stupides, le but étant de vérifier s’ils mettent bien l’intérêt du groupe avant le leur.

Compléments :

Changement et entreprise : un bilan

Qu’il s’agisse de mon expérience personnelle ou de celle des (nombreux) consultants que je rencontre, je vois des thèmes récurrents quant aux problèmes que le changement pose à l’entreprise :

Souffrance

Ce qui était inattendu est que ce que l’on dit de France Télécom se retrouve quasiment partout, aussi bien dans le public que dans le privé. Avec des manifestations qui se répètent : employés stressés, perdus ; managers qui « ne communiquent pas » ; syndicats qui revendiquent ; dirigeants agacés, interloqués et inquiets de ces manifestations menaçantes…

Paradoxalement, alors que les entreprises semblent tétanisées, incapables d’initiative et d’innovation, beaucoup de gens me parlent de dirigeants qui, incompréhensiblement, se désintéressent des sujets de survie essentiels, qui ne savent pas trancher, et qui pourtant ont une fièvre d’activité, donnant sans arrêt des ordres contradictoires, chacun devant être accompagné d’une mise en œuvre immédiate et dans des conditions irréalistes…

On me dit aussi que les organisations n’ont que la peau sur les os : les courroies de transmission internes ont disparu. Il devient quasiment impossible de réaliser des changements sans ressources externes.

Pourquoi les changements échouent

Ces derniers temps, je rencontrais surtout de grands changements stratégiques. Je n’avais pas compris à quel point l’entreprise était parcourue de changements organisationnels. En fait, elle semble effectuer un reengineering permanent de ses procédures. On retrouve partout des caractéristiques similaires :

  • Une excellente méthodologie de gestion de projet qui cale très vite du fait d’une sous-estimation de la complexité du changement. Ce qui fait échouer le changement n’est pas tant la résistance de l’organisation que la nouvelle procédure que l’on veut mettre en place qui n’est pas au point (sous estimation de la complexité des procédures à remplacer d’où système d’information mal paramétré, bugs, etc.). D’où retards (généralement +50 à 100%), dysfonctionnements, malaises sociaux, action syndicale, etc. Quand la procédure finit par marcher, on ne se souvient plus que du calvaire qu’a été le changement.
  • Un manque de courage terrifiant. Tous ces projets, qui coûtent très cher, ont pour but des gains de productivité : faire la même chose avec moins de personnel. Mais, on a peur d’un « mouvement social », on ne le dit donc pas. D’où deux effets redoutablement pervers :
  1. l’organisation se rend compte du danger, et contribue le moins possible à son succès, or, c’est elle qui a le savoir qui permettrait de détecter et de corriger rapidement ce que les nouvelles procédures ont d’irréaliste ;
  2. les gains n’étant pas annoncés, ils ne sont pas réalisés : les ressources qui devaient être dégagées sont souterrainement captées par d’autres besoins.

La gestion de projet immobilise des surdiplômés à gros salaires, il faut des logiciels et des consultants, on doit compenser les surcharges de travail dues aux dysfonctionnements ci-dessus par des embauches d’intérimaires… tout cela pour économiser des salaires de Smicards !… L’argent consommé par ces projets n’aurait-il pas été mieux employé ailleurs ?

Gestes qui sauvent

Que faire ?

  1. Pas possible d’y couper : il faut annoncer à l’organisation le gain de productivité : dans deux ans nous aurons réduit les effectifs dédiés à telle procédure de X%. Or, pour que le projet réussisse, on a besoin que les X% travaillent avec une motivation exceptionnellement grande à éliminer leur emploi ! Pour y parvenir, il faut annoncer clairement ce que l’on attend d’eux, et le processus de « réorientation » qui leur est proposé, et qui demandera leur participation active (qu’il y ait licenciement ou pas). Le succès du projet dépend de si oui ou non l’organisation trouve ce qui lui est proposé crédible et motivant. Le concevoir demande une bonne connaissance de la culture de l’entreprise et de ses personnels, et un peu de talent.
  2. À ce point, le plus gros est fait. On peut alors utiliser l’organisation pour construire un plan d’action de déploiement du projet qui lui évitera l’essentiel des problèmes qu’il aurait eus sinon.

Tous les changements peuvent être rattrapés

Il y a cependant une très bonne nouvelle dans ce bilan : ce que l’entreprise prend pour un échec n’en est pas un.

Les conditions de gestion de projet sont telles que ceux qui en sont responsables sont usés, ils n’ont qu’une hâte : achever le projet. Du coup, ils oublient d’appliquer la méthodologie prévue. Par exemple, les formations ayant été impossibles, il n’est plus question de formation !

Or, même s’il ne s’est pas déroulé comme désiré, le projet a quasiment réussi : les moyens (par exemple système d’information) sont là et fonctionnent ; les personnels les utilisent, mal, mais les utilisent quand même. Il ne reste donc qu’à apporter le petit peu nécessaire à une appropriation définitive. Ce qui signifie, simplement, appliquer les procédures de « conduite du changement » prévues, mais que l’on a oubliées du fait des aléas du projet.

Changement et dirigeants

Un paradoxe pour finir. Cette année m’a fait rencontrer tous types de populations confrontées au changement : groupes de dirigeants généraux, comités de direction, cadres intermédiaires, employés. L’aptitude au changement d’une personne était à l’exact opposé des a priori. J’avance les hypothèses suivantes :

  1. Les employés sont soumis à des changements permanents (France Télécom traverse des changements majeurs depuis une quinzaine d’années), du coup ils ont appris à changer. Par ailleurs leur niveau d’éducation est beaucoup plus élevé qu’il ne l’était il y a 20 ans, ce qui est très favorable au changement. Enfin, les changements sont souvent informatiques, or Internet est partout. À noter que j’ai rencontré quelques entreprises de culture ancienne, jusque-là protégées, et que je prenais pour des cas désespérés.
  2. Les dirigeants, eux, font un travail qui finalement a peu évolué au cours des décennies : réunions, déjeuners, gestion financière… Le personnel important qui les entoure leur évite souvent d’entrer en contact avec ce qui fait l’ordinaire des changements : ordinateurs, logiciels… Je me demande même si la rupture électronique ne s’est pas faite à l’envers de ce que l’on craignait. Cela explique peut-être pourquoi ils sont aussi mal à l’aise quand le changement les concerne. Leur premier réflexe est de le refuser.

Compléments :

  • En fait, ce billet ne fait que répéter ce que disaient d’autres billets vieux de plus d’un an ! Comme quoi sans l’expérience vécue les mots ne sont que de la théorie. Un article sur l’application du Toyotisme en France, et l’analyse d’un médecin du travail.

Prendre une fonction

Les mésaventures de Barak Obama (billet précédent) me rappellent un problème qui se pose fréquemment : que faire (ou plutôt éviter de faire) quand on prend une fonction ?

Vous venez de l’extérieur de l’organisation et vous voulez y agir. Par exemple, vous êtes son nouveau DRH ou PDG, ou encore un consultant.

  1. L’erreur c’est de vouloir immédiatement faire l’évident, à commencer par le bien de l’organisation. C’est ce que les hommes de marketing appellent « répondre au besoin réel ». C’est peut-être ce que veut faire Barak Obama : à la fois éteindre la crise, et réformer en grand l’Amérique.
  2. Le « geste qui sauve » dans cette situation est de se faire accepter. C’est-à-dire de « répondre au besoin perçu » : qu’est-ce que l’organisation attend de moi ? Une fois qu’elle est satisfaite, et que l’on a fait la preuve de son utilité, on peut faire ce que l’on doit et s’attaquer au besoin réel.

Réforme de la recherche (suite)

Le Monde apporte des témoignages qui donnent une image inattendue de la réforme de l’enseignement :

  1. Ce serait la plus importante réforme de la législature (François Fillon). Mais pourquoi ne pas le dire ? Quels vont en être les bénéfices ? Fin des crises, le plein emploi… ? Pourquoi Barak Obama n’y a-t-il pas pensé ?…
  2. Paradoxalement la réforme répondait aux attentes des universitaires. Laissés pour compte depuis des décennies, mal payés, pas de moyens, des conditions de travail qui se dégradaient, des élèves en surnombre… ils avaient besoin de secours. Oui, il faut « une modulation des services et des carrières », oui « des choses pourraient se régler à l’échelon local » (de l’université). Le gouvernement est parti de là pour accuser l’université des maux qu’elle subissait, et réduire ses effectifs (cause des déficits de la nation ?).
  3. Méconnaissance totale, incompréhensible, du dossier. Le gouvernement parle d’évaluation, alors qu’on apprend que la carrière de l’universitaire français est un parcours du combattant de concours, d’épreuves, d’évaluations ! On lui oppose le modèle anglo-saxon, que l’on ne connaît pas. Et a-t-on la moindre idée de la mission de la recherche ? La pensée gouvernementale est d’une indigence inconcevable : l’objectif du chercheur est de publier ! Pour rendre l’université performante il faut l’évaluer. Performance et évaluation, tout le programme tient en deux mots ! Rien d’étonnant que la recherche et l’université semblent inutiles à notre gouvernement. À quoi sert de chercher quand on connaît la vérité, et qu’elle est aussi simple ? à quoi sert l’éducation nationale, depuis la maternelle ?

Je trouve ici, non la preuve que notre démocratie porte l’idéologie la plus primitive au sommet de l’État, mais l’illustration fascinante d’une problématique importante de conduite du changement.

Les organisations ont une sorte de « système immunitaire », qui fonctionne comme celui du corps. Il rejette tout ce qui lui est étranger. À commencer par celui qui veut les transformer. Quels sont ceux qui le traversent ? Le « donneur d’aide », qui lui est nécessaire pour résoudre ses problèmes, ou le parasite.

Tous les deux sont empathiques. Ils ont compris les maux de l’organisation, et ils lui disent ce qu’elle ne savait même pas formuler. Mais le donneur d’aide a l’intérêt de l’organisation en tête ; le parasite, le sien propre. L’un apporte sa compétence d’aide à la résolution de difficultés, l’autre une solution préconçue.

Complément :